‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 245 sur 354 · I.IVRE XIV. — PRÉTE.MUIES LISTES DE l-ROSCRITS · texte numérisé non relu

I.IVRE XIV. — PRÉTE.MUIES LISTES DE l-ROSCRITS

cüliii-ci ne s’eii serait pas moins écrié : «Ce Robespierre est insatiable! Parce qu’on ne fait pas tout ce qu’il voudroit, il faut qu’il rompe la glace avec nous. S’il nous parloil de Thuriol, Gufl'roy, Rovère, Lecointre, Panis, Caïubon, de ce Monestier qui a vexé toute ma famille, et de toute la séquelle danloniste, nous nous entendrions; qu'il demande encore Tallicn, Rourdon (de l'Oise), Legendre, Fréron, à la bonne heure... Mais Duval, mais Audoin, mais Léonard Bourdon, Vadier,VouIland, il estimpos.sibled’yconsentir(l). » Qu’eu l’an III Yilate se soit si bien rappelé les paroles de Barère, c'est au moins douteux. Dans les Mémoires de ce dernier il n’y a trace de cette scène mélodramatique; Barère iiarle seulement d'une liste que les purtmms de Ruhespierre famiienl courir, liste de dix-huit députés que ce dernier, dit-il, «voulait mettre en état d’arrestation pour avoir outre-passé leur mandat et exercé la tyrannie dans les départements où ils avaient été eu mission. » Et il cite Tallien, Fréron, Barras, Alquier, Dubois-Crancé, Monestier (du Puy de Dôme), Prieur, Cavaignac (2). Au reste, Vilate et Barère ne méritent, comme ou sait, pas [dus de confiance l’un que l’autre (5).

La vérité est que des listes couraient, dressées non point [lar les partisans de Robespierre, mais par ses plus acharnés ennemis. En mettant sur ces listes les noms des Voulland, des Yadier, des Panis, on entraîna sans peine le comité de Sûreté générale, dont les membres, à l’exception de deux ou trois, avons-nous dit déjà, étaient dep)uis longtemps fort mal disposés envers Robespierre; maison n’eut pas si facilement raison du comité de Salut public, qui continua de surveiller les conjurés pendant tout le courant de messidor, comme nous en avons la preuve par les rapports de police, où nous

(1) Coûtes secrètes de la rivolution du 9 au 10 par Vilale, p. 3U et 40.

(2) Alc^moires de Barère, I. II, p. 210.

l3) Créature de Barère, Vilate avait, dès le premier momciU, inspiré une sorte de répulsion à Uobespierre. a Quel cat ce jeune homme? vait demandé .Maaxiniilien à Uarèreen voyant un jour Vilate au comité de «Salut public. — Il est des nôirea, avait répondu Barère, c’est Semprouius Gracebus — Yilate s’était affublé de ceti deux ooros.— * « Sempronius Gracchus des nôtres ! dît Bobespierre, vous n’avez donc pus lu le traité des Ofjires? L’aristocrate Cicéron, ulîn de rendre odieux le projet îles deux Gracques, exalte les vertus du père et traite les enfants de séditieux . ■ (Causer secrètes, p. 12.)

J'ai, dans mon Histoire de Saint-Jusi (p. 269 de la édition), acnisé Vilate, sur la foi de Barère, d’avoir, étant juré, dénoncé en plein tribunal un artiste distingué nommé Hermann, et de l'avoir fait arrêter séance tenante. Cet artiste se recomoianda de Durère. qui le lendemain le fit sortir de prison. Voilà du moins ce qu'assure Barère dans scs Mémoires (p. 190 . Vilate, au contraire, affirme que ce fut lui qui obtint de Fouquier* Tinviile la liberté d’Hcrmaon, qu'il avait vu chez Barère, et qui, dénoncé a l’audience, avait été arrêté comme conspirateur. 'Catuer secrètes, p.37.j Lequel croire ici de Barère

de Vilate?

trouvons le compte rendu des allées et venues des Bourdon (de l'Oise), Tallien et autres. Le prétendu espionnage organisé par Robespierre est, nous le démontrerons bientôt, une fable odieuse et ridicule inventée par les Thermidoriens. Malgré les divisions nées dans les derniers jours de prairial entre Maximilien et ses collègues du comité, ceux-ci hésitèrent longtemps, jusqu’à la fin de messidor, à l'abandonner; un secret pressentiment semblait les avertir qu’en le livrant à ses ennemis, ils livraient la République elle-même. Ils ne consentirent à le sacrifier que lorsqu’ils le virent décidé à mettre fin à la Terreur exercée comme elle l’était, et à en poursuivre les criminels agents. A Fouché revient l’honneur infâme d’avoir triomphé de leurs hésitations. A la séance du 9 Thermidor, Collotd'Herbois prétendit qu’il était resté deux mois sans voir Fouché (1). Mais c’était là une allégation mensongère, comme le prouvent ces lignes de Fouché lui-même, qui ici n’avait aucun intérêt h déguiser la vérité : « J’allai droit à ceux qui partageaient le gouvernement de la Terreur avec Robespierre, et que je savais être envieux et craintifs de son iniinense popularité. Je révélai à Collot d’Herbois, à Carnot, à Billaud de Varenne les desseins du moderne Appius (2). » Les démarches du futur duc d’Otrante réusirent au delà de ses espérances, car le 30 messidor il pouvait écrire à son beau-frère, à Nantes : « Soyez tranquille sur l’effet des calomnies atroces lancées contre moi ; je n’ai rien à dire contre leurs autheurs, ils m’ont fermé la bouche. Mais le gouvernement prononcera bientôt entre eux et moi. Comptez sur la vertu de sa justice (3). » Que le futur duc d’Otrante ait trouvé dans Billaud-Varenne et dans Carnot des envieux de l’immense popularité de Robespierre, cela est hors de doute; mais dans Collot d’Herbois il rencontrait un complice, c’était mieux. En entendant Maximilien demander compte à Fouché de l’eflusion de sang répandu par le crime, Collot se crut sans doute menacé lui-même, et il conclut un pacte avec son complice de Lyon ; il y avait entre eux la solidarité du sang versé.

Que reprocha surtout Robespierre à .ses ennemis? Ce fut d’avoir multiplié les actes d’oppression pour étendre le système de ter-

(I) Jfom'Icur du lî thermidor (30 juillet IT'Jt).

(i) Mémoirtsde Fauché, p. æ.

(3) Lettre saisie h Nantes par le représentant BA, et envoyée au comité de Salut public, auquel elle ne parvint qu'au leudemain de Thermidor. L’original est aui Archivei.

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