‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 246 sur 354 · LIVBE XIV. — AFFAIRE DES CHEMISES ROUGES · texte numérisé non relu

LIVBE XIV. — AFFAIRE DES CHEMISES ROUGES

reuretde calomnie (1). Ils ne reculèrent devant aucun excès afin d’en rejeter la responsabilité sur celui dont ils avaient juré la perte. L’idée de rattacher l’affaire de Ladmiral et de Cécile Renault à un complot de l’étranger et de livrer l’assassin et la jeune royaliste au tribunal révolutionnaire en compagnie d’une foule de gens avec lesquels ils n’avaient jamais eu aucun rapport fut très-probablement le résultat d’une noire intrigue. S’il faut en croire l’espion Senar, ‘cette idée aurait été mise en avant par Louis (du Bas-Rhin), lequel se serait exprimé en ces termes : a Je pense que l’attentat contre Robespierre et celui contre Collot doivent être présentés comme venant d’un complot de l’étranger; nos collègues en paraîtront plus recommandables, et les membres des deux comités du gouvernement acquerront plus de force dans l’opinion (2). » Chargé de rédiger le rapport de cette affaire, Élie Lacoste, un des plus violents ennemis de Robespierre, s’efforça de rattacher la faction nouvelle aux factions de Chabot et de Julien de Toulouse), d’Hébert et de Danton. On aurait tort du reste de croire que l’accusation était dénuée de fondement à l’égard de la plupart des accusés ; méfionsnous de la sensiblerie affectée de ces écrivains qui réservent toutes leurs larmes pour les victimes de la Révolution et se montrent impitoyables pour les milliers de malheureux de tout ftge et de tout sexe immolés par le despotisme. Ni Devaux, commissaire de la section Bonne-Nouvelle et secrétaire du fameux de Batz, le conspirateur émérite et insaisissable, ni l’épicier Cortey, ni Michonis n’étaient innocents. Étaient-ils moins coupables, ceux qui furent signalés par Lacoste comme ayant cherché à miner la fortune publique par des falsific,ations d’assignats? Il se trouva qu'un des principaux agents du baron de Batz, nommé Roussel, était lié avec Ladmiral. Cette circonstance permit à Élie Lacoste de présenter Ladmiral et la jeune Renault comme les instruments dont s’étaient servis Pitt et l’étranger pour frapper certains représentants du peuple. Le père, un des frères et une tante de Cécile ïlcnault furent enveloppés dans la fournée, parce qu’en faisant une perquisition chez eux, on avait découvert les portraits de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Un instituteur du nom de Cardinal, un chirurgien nommé Saintanax et plusieurs autres personnes arrêtées pour s'étre exprimées en termes calomnieux et menaçants sur le compte de Collot d’Herbois et de Robespierre, furent impliqués dans l’affaire avec la famille

(i) Discoure <ln 8 thermidor, (î) Mimoire de Senar, p. 10*.

IIISTOIRK DE ROBESPIERRE

Saint-Aniaranthe et quelques personnages de l’ancien régime.

Robespierre resta aussi étranger que possible à cet affreux amalgame et à la mise en état d'accusation de la famille Renault, cela est clair comme la lumière du jour. 11 y a mieux, un autre frère de la jeune Renault, quartier-maître dans le deuxième bataillon de Paris, ayant été incarcéré, à qui s’adressa-t-il pour échapper à la proscription de sa famille?... A Maximilien. « A qui avoir recours? » lui écrivit-il, « A toi, Robespierre! toi qui dois avoir eu horreur toute ma génération si tu n’étais pas généreux... Sois mon avocat...» Ce jeune homme ne fut pas livré au tribunal révolutionnaire (1). Fut-ce gnVee à Robespierre, dont l’inflence, hélas! était déjà bien précaire à cette époque, je ne saurais le dire; mais, comme il ne sortit de prison que trois semaines après le 9 Thermidor, on ne dira pas sans doute que s’il ne recouvra point tout de suite sa liberté ce fut par la volonté de Maximilien. Il faut avoir toute la mauvaise foi des ennemis de Robespierre, de ceux qui, par exemple, ne craigneni pas d’écrire qu’j/s’mi'cnta un axsa/isin, pour lui donner un rôle quelconque dans ce lugubre drame de» chemises routes, ainsi nommé parce qu’il plut au comité de Sûreté générale de revêtir tous les condamnés de chemises rouges, comme des parricides, poûr les mener au supplice. C’était là de la part du comité un coup de maître, ont supposé quelques écrivains; on voulait semer à la fois l’indignation et la pitié : voilà bien des malheureux immolés pour Robespierre î ne manquerait-on pas de s’écrier. — Pourquoi pas pour Collot d'Herbois? — Ce qu’il y a seulement de certain, c’est que les conjurés faisaienf circuler çà et là dans les groupes des propo.s atroixîs au sujet de la fdle Renault. C’était, sans doute, insinuait-on, une affaire d’amourette, et elle n’avait voulu attenter aux jours du dictateur que parce qu’il avait fait guillotiner son amant (2). Ah ! les Thermidoriens connaissaient, comme les Girondins, la sinistre puissance de la calomnie !

Une des plus atroces calomnies inventées par les écrivains de la réaction est à coup sûr celle à laquelle a donné lieu le supplice de la famille de Saint-Amaranthe, comprise tout entière dans le procès des chemises rouges. Le malheur de ces écrivains sans pudeur et sans foi est de ne'pouvoir pas même s’entendre. Lesunsonl attribué à Saint-J ust la mort de cette famille. Nous avons démontré ailleurs la fausseté et l’infamie de cette allégation (3). Les autres en ont rejeté

(1) Vo;ez celle lettre de Renault k Robespierre, en date du 15 incssiiior, don citée par Courlois, dans les Papiers taddilr, l. i, p. 196.

(â) Discours de Robespierre a la séauce du 13 messidor aus Jacobins » Moniteur du 17 messidor (5 juillet 1794).

(3) Voyez notre Histoire de SoûU-Just, liv. V, ch. ii.

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