LIVRE XIV. — LA FAMILLE DE SAIST-AMARAXTDE
Y eut-il préméditation de la part du comité de Sûreté générale, et voulut-il, en effet, comme le prétend un historien de nos jours (1), placer ces femmes royalistes au milieu des assassins de Robespierre « pour que leur exécution l'assassinût moralement », je ne saurais le dire ; mais ce qu’il est impossible d’admettre, c’est qu’Élie Lacoste ail obéi au môme sentiment en impliquant dans son rapport comme complices de de Batz les quatre administrateurs de police Froidure, Dangé, Soûlés et Marino, compromis depuis longtemps déjà, et qui se trouvaient en prison depuis le 9 germinal (29 mars 1794) quand Fouquier-Tinville les joignit aux accusés renvoyés devant le Tribunal révolutionnaire sur le rapport de Lacoste. Plus tard, dans le procès de Fouquier, Réal, le futur préfet de police impérial, prétendit que Froidure avait été guillo- . tiné comme complice du prétendu assassinat de Robespierre (2), mais c'était là un mensonge de Réal ; il y a, au contraire, une distinction fondamentale établie par le décret de renvoi des accusés devant le Tribunal révolutionnaire entre Ladmiral et Cécile Renault et leurs coaccusés; c’est à quoi les historiens en général n’ont pas pris as.sez garde. Marino, Soûlés, Froidure et Dangé n’étaient pas à coup sûr innocents de tous les faits relevés à leur charge, et il est tout à fait ridicule de supposer, comme le fait M. Michelet par exemple, qu’on les plaça à la queue de la liste parce qu’ils étaient les ennemis personnels de Robespierre. Pourquoi de Robespierre plutôt que de Billaud-Varenne, qui écrivit de sa main le mandat d’arrestation des trois derniers? que de Barère, de Collot d’Hcrbois, de G. -A. Prieur et de Couthon, qui le signèrent avec Maximilien (3)? Ah! quand donc cessera-t-on d’écrire l’histoire à coups de préventions !
A la suite du rapport d’Élie Lacoste, la Convention nationale
(1) Michelet, Histoire de la A^eotulion, t. VIT. p. 358.
(2) Déposition de Réel dans le procès de Fouquier. Voy. VHistoire parlementaire ^ t. XXXIV, p,385.
(3) itrrèirer, A F II, 57. ~ M. Michelet commet ici une de ces déplorables erreurs qui lui sont, hélas, si familières. Il suppose que Marino semblait périr comme tndulgent parce quMl ayait été membre de la commission temporaire de Lyon, dont Ro~ bespierre ne perdait pas une occasion de dénoncer la mollesse (p. 300). D’abord la commission dont Robespierre dénonça la mollesse n'était nullement celle qui fut établie par Fouché et par Collot d’Herbois, ce qui est bien différent, comme on le Terra. A celle*ci, au contraire, il reprocha Teffusion du sang rersé par le crime. Ensuite, la dénonciation à laquelle fait allusion M. Michelet ayant en lieu en messidor, c’est-à-dire après l’exécution de Marino, il est érident qu’elle ne put aToir aucune inOuence sur le sort de l'ex-oHicier de police, qui aTsit été une première fois traduit deyant le tribunal révolutionnaire pour avoir fait arrêter illégalement le représentant du peuple Pons (de Verdun).
HISTOIRE DE RüUESPIERRE
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rhargea par un décret l’accusateur public de rechercher tous les coiuidices de la consjiiration de de Batz ou de l’étranger qui pourraient être disséminés dans les maisons d’arrêt de Paris ou sur les différents points de la République. Voilà le décret qui donna lieu aux grandes fournées de messidor, qui permit à certaines gens de multiplier les actes d’oppression qu’on essayera de mettre à la charge de Robespierre, et contre le.squels nous l’entendrons s’élever avec tant d’indignation.
Si l’affaire des chemisi’s rouyex ne fut pas positivement dirigée contre Robespierre, on n’en saurait dire autant de celle dont le lendemain, 27 prairial (15 juin 17tU), Vadier vint présenter le l’apport à la Convention nationale.
Parce qu’un jour, aux Jacobins, Maximilien avait invoqué le nom de la Providence, parce qu’il avait dénoncé coniinc impolitiques d’abord, et puis comme souverainement injustes, les persécutions dirigées contre les prêtres en général et les attentats contre la liberté des cultes, les Girondins, ou s’eu souvient, l’avaient poursuivi de leurs épigrammes les plus mordantes, et s’étaient ingéniés pour faire de ce propre lils de Rousseau et du rationalisme... un V prêtre. On a dit il y a longtemps que le ridicule lue en France,
cl l’on espérait tuer par le ridicule celui dont la vie privée et la vie publique étaient au-dessus de toute attaque. Copistes et plagiaires des Girondins, les Thermidoriens imaginèrent de transformer en une sorte de messie d’une secte d’illuminés l’homme qui, réagissant avec tant de courage contre l’intolérance des indévols, venait à la face de l’Europe de faire proclamer par la Convention la reconnaissance de l’Ètre suprême et consacrer de nouveau la liberté des cultes (1).
Il y avait alors, dans un coin retiré de Paris, une vieille femme
(1) Dans le chapitre tieson Hidoirc consacré à Catherine Théol, M.Micheletprocèdeà la fois (les Girondins et des Thermidoriens. Ilnous montre d'abord Robespierre tenant sur les fonts de baptême renfanld'unjaro&tn ca//to/tçue, et obligé de promettre quercofant serait catholique. (P. 365). Ici M. Michelet né se trompe que de deux ans et demi ; il s’agit, en effet, de l'enfant de Deschamps, dont Robespierre fut parrain en janvier 179:2. (Voyei notre précédent volume.) Parce que, dans une lettre en date du 30 prairial, un vieillard de quatre-vingt-sept ans écrit à Robespierre qu'il le regarde comme le Messie promis par l'Élre éternel pour réformer toute chose (numéro XII, à la suite du rapport de Courtois), M. Michelet assure que plusieurs leUres lui venaient qui le déclaraient «n meisie. Puis il nous parle d'une foule de femmes ayuul chez elles son por-