‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 249 sur 354 · LIVRE XIV. — AFFAIRE DF. CATHERItSE TIIÉOT · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — AFFAIRE DF. CATHERItSE TIIÉOT

nommé Catherine Théot, chez laquelle se réunissaient un certain nombre d’illuminés, gens à cervelle étroite, ayant soif de surnaturel, mais ne songeant guère à conspirer contre la République. La réception des élus pouvait prêter à rire : il fallait en premier lieu faire abnégation des plaisirs temporels, puis on se prosternait devant la mère de Dieu, on l'embrassait sept fois , et... l'on était consacré. Il n'y avait vraiment là rien de nature à inquiéter ni les comités ni la Convention, c’étaient de pures monieries dojit la police avait eu le tort de s’occuper jadis , il y avait bien longtemps , quinze ans au moins. La pauvre Catherine avait mémo passé quelque temps à la Bastille et dans une maison de fous. Or, ce qui pouvait se comprendre jusqn’à un certain point dans l’ancien régime, où les consciences étouffaient sous l’arbitraire, était inconcevable en pleine Révolution. Eh bien! le lieutenant de police fut dépassé par le comité de Sûreté générale; les dévots de l’athéisme jugèrent à propos d’attaquer la superstition dans la personne de Catherine Théot, et ils tiansformèrent en crime de contre-révolution les pratiques anticalholiques de quelques illuminés.

Parmi les habitués de la maison de la vieille prophéte.sse figuraient l’ex-chartreux dom Gerle, ancien collègue de Robespierre à l’.4ssemblée constituante, le médecin de la famille d’Orléans, Etienne-Louis Quesvrcmont, surnommé Lamotte, une dame Gode- . froy, et la ci-devant marquise de Chastenois; tels furent les personnages que le comité de Sûreté générale imagina de traduire devant le Tribunal révolutionnaire en compagnie de Catherine Théot. Ils avaient été arrêtés dès la fin de floréal, sur un rapport de l’espion Senar qui était parvenu à s’introduire dans le mystérieux asile de la rue Contrescarpe en sollicitant son initiation dans la secte, et qui, aussitût reçu, avait fait arrêter toute l’assistance par des agents apostés. L’affaire dormait depuis trois semaines quand les conjurés de Thermidor songèrent à en tirer parti, la jugeant un texte excel-

irait appemlu comme image sainie. Il nous montre des généraux, des femmes, portant un petit Robespierre dans leur sein, baisant et priant la mim'a/ure eacrie. Dans tous les cas, cela prouverait qu'on ne regardait guère Maximilien comme un suppôt de la Terreur. Et, entraîné par la fantaisie furieuse qui le possède, M. Michelet nous représente des saintes femmes^ une baronne, une M™* de Cliabbrc, qu'il transforme en agent de police de Robespierre, joignant les mains et disant : « Robespierre, lu es Dieu. » Et de là riiistorien part pour accuser Maximilien d'encourager ces outrages à la raison. (T. VII, p. 366). Comme si, en supposant vraies un moment les plaisanteries de M. Michelet, Robespierre eût été pour quelque chose là dedans. Hélas ! il est triste de le dire, mais, à force d'avoir poursuivi les Jésuites, M. Michelet a 6ni par employer un pen leurs procédés, qu'il a si éloquemment et à si bon droit flétris.

HISTO^E DE ROBESPIEBRE

lent pour détruire l'effet prodigieux produit par la fête du 20 prairial et l’éclat nouveau qui en avait rejailli sur Robespierre. En effet, la vieille Catherine recommandait à ses disciples d’élever leurs cœurs à l’Étre suprême, et cela au moment où la nation ellemême, à la voix de Maximilien, se disposait à en proclamer la reconnaissance. Quel rapprochement ! Et puis on avait saisi chez elle, sous sou matelas, une certaine lettre écrite en son nom à Maximilien, lettre où elle l'appelait son premier prophète, son ministre chéri. Plus de doute, on con.spirait en faveur de Robespierre. La lettre était évidemment fabriquée; Vàdier n’osa même pas y faire allusion dans son rapport à la Convention (1); mais n’importe, la calomnie était lancée. Enfin, dom Gerle, présenté comme le principal agent de la conspiration, était un protégé de Robespierre ; on avait trouvé dans ses papiers un mot de celui-ci attestant son patriotisme, et à l’aide duquel il avait pu obtenir de sa section un certificat de civisme, marque d’intérêt bien naturelle donnée par Maximilien à un ancien collègue dont il estimait les vertus (2). Dom Gerle avait eu, l’on s’en souvient peut-être, la malencontreuse idée de proposer à l’Assemblée constituante d’ériger la religion catholique en religion d’État; le rapporteur du comité de Sûreté générale ne manqua pas de rappeler cette circonstance pour donner à l’affaire une couleur de fanatisme ; mais il n’eut pas la bonne foi d'ajouter qu’éclairé par ses collègues de la gauche, sur les bancs de laquelle il siégeait, dom Gerle s’était empressé, dès le lendemain, de retirer sa proposition, au grand scandale de la noblesse et du clergé (3).

(1) Senar dit dans ses Mémoires : « Une certaine lettre écrite au nom de la mère de Itieu » (p. 178); et Vilate : • Il ne faut pas croire que celte lettre fût de la main de Catherine Tbéut, la vieille béate ne savait même pas signer son nom. n Mystère» de lû mire de Dieu ditoiUt, ch. iv.

(2) Cette attestation de civisme donnée k dom Gerle est» suivant l'espion Senar^ une des pièces maiiriellet des crimes de Robespierre.it (Voy. p. 169.) Quel criminel !

(3) M. Micheleta fait comme Vadier. Voyez son Histoire, t. VII, p. 369. — Croiraiton que M. Michelet, dans son aveugle prévention contre Robespierre, a osé écrire ces

^ lignes : « Dans ses instincts de police » insatiablement curieux de faits contre ses en-

nemis» contre le comité de Sûreté qu'il voulait briser» il furetait volontiers dads les cartons de ce comité. Il y trouva» prit» emporta des papiers relatifs h la duchesse de Bourbon et refusa de les rendre.» (P. 368). Ce n’est pas seulement U une allégation ridicule, c'est une allégation odieuse. VoyeZ'Vous Robespierre allant fureter comme un larron dans les cartons du comité de Sûreté générale! El sur quelle autorité M. Micfae* lei avance'>t-il un tel fait! Sur l'autorité de Senar, dont il dit lui-même : « Senar ne mérite pas la moindre confiance» sauf en deux points peut-être : quelques détails de l’arrestation de la mère de Dieu et ce qu'il dit contre Tallien. Le reste est d'un coquin devenu à moitié fou.» (P. 371.) £b bien,M. Michelet n’a pas craint de surenchérir snr les assertions de ce « coquin devenu h moitié fou », car Senar n'a jamais prétendu

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