‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 250 sur 354 · LIVRE XIV. — AFFAIRE DE CATRERINE TRÉOT · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — AFFAIRE DE CATRERINE TRÉOT

Robespierre occupait encore le fauteuil quand Vadier prit la parole au nom des comités de Sûreté générale et de Salut public. Magistrat de l'ancien régime, Vadier avait toutes les ruses d’un vieux procureur. Cet implacable ennemi de Maximilien, mettait une sorte de point d'honneur à obtenir des condamnations. Il y a à cet égard des lettres de lui à Fouquiei^Tinville où il recommande nombre d’accusés, et qui font vraiment frémir (1). On a attribué fort gratuitement à Barére la rédaction du rapport de Vadier dans l’affaire de Cathernie Théot, je n’y reconnais pas la manière emphatique de ce membre du comité de Salut public, et j’y trouve au contraire toutes les roueries qui caractérisent le talent procédurier de l’ancien magistrat criminel (2). Tout d’abord, Vadier dérida l’Assemblée par force plaisanteries sur les prêtres et sur la religion; puis il amusa ses collègues aux dépens de la vieille Catherine, dont, par une substitution qu’il crut sans doute trèsingénieuse, il changea le nom de Théot en celui de Théos, qui en grec signifie Dieu. A chaque instant il était interrompu par des ricanements approbateurs et des applaudissements. Robespierre n’était point nommé dans ce rapport, où le nombre des adeptes de Catherine Théot était grossi à plaisir, mais l’allusion perfide perçait çà et là, et des rires d’intelligence apprenaient au rapporteur qu’il avait été compris. Conformément aux conclusions du rapport, la Convention renvoya devant le tribunal révolutionnaire Catherine Théot, dom Gerle, la veuve Godefroy et la ci-devant marquise de Chastenois, comme coupables de conspiration contre la République, et chargea l’accusateur public de rechercher et de punir tous les complices de cette prétendue conspiration (3).

C’était du délire. Ce que Robespierre ressentit de dégoût en se trouvant condamné à entendre comme président ces plaisanteries de Vadier, sous lesquelles se cachait une grande iniquité, ne peut se dire. Lui-même a dans son dernier discours rendu compte de sa

que Robespierre trait fureté dans les cartons du comité. Voici, en eflet, ce qu'il a écrit an sujet de la duchesse de Bourbon, arec laquelle, tssure-t-il, dom Gerle et Catherine Théot avaient eu des rapporta fréquents : « Il faut savoir aussi que Robespierre s'était emparé des pièces relatives k l'hétel de la princesse de Bourbon ; qu'il les demanda au comité de Sflreté générale longtemps avant que le rassemblement cher la mère de Dieu fit eonnn du comité, qu'il a depuis refusé de les remettre... » (P. 183.) Tout cela est absurde au possible, mais que dire de i'allégation de M. Michelet !!!

(1) Vojei ces lettres k la suite du rapport de Saladin, sous les ndméros XXXIII, XXXIV et XXXV.

(2) C'est Vilate qui, dans ses Kf/elèree de la mtre de Dieu détoiUe, a attribué h Barkré la rédaction de ce rapport. Mais Vilate n'est pas une autorité.

(3) Voyez le rapport de Vadier dans le Moniteur du 29 prairial (17 juin 179é).

IlISTOinE DE ROBESPIERRE

douloureuse impressioir : « La première lenlalive que firent les malvcillaïUs fut de chercher à avilir les grands principes que vous aviez proclamés, et à effacer le souvenir touchant de la fête nationale. Tel fut le but du caractère et de la solennité qu’on donna à l'affaire de Catherine Theot. La malveillance a bien su tirer parti de la conspiration politique cachée sous le nom de quelques dévotes imbéciles, et on ne présenta à l’attention publique qu’une farce mystique et un sujet inépuisable de sarcasmes indécents ou puériles. Les véritables conjurés échappèrent, et l’on faisait retentir Paris et toute la France du nom de la mère de Dieu. Au même instant on vit éclore une’ foule de pamphlets dégoûtants, dignes du Père Duche-sne, dont le but était d’avilir la Convention nationale, le tribunal révolutionnaire, de renouveler les querelles religieuses, d’ouvrir une persécution aussi atroce qu’iinpolitique contre les esprits faibles ou crédules imbus de quelque ressouvenir religieux. En même temps une multitude de citoyens paisibles et même de patriotes ont été arrêtés à l’occasion de cette affaire; et les coupables conspirent encore en liberté, car le plan est de les sauver, de tourmenter le peuple et de multiplier les mécontents. Que n’a-t-on pas fait pour parvenir à ce but? Prédication ouverte de l’athéisme, violences inopinées contre le culte, exactions commises sous les formes les plus indécentes, persécutions dirigées contre le peuple sous prétexte de superstition..., tout tendait à ce but (1).

Robespierre s’épuisa en efforts pour sauver les malheureuses victimes indiquées par Vadier. 11 y eut au comité de Salut public de véhémentes explications. J’ai la conviction que ce fut au sujet de l’affaire de Catherine Théot qu’eut lieu la scène violente dont parlent les anciens membres du comité dans leur réponse à Lccointre, et qu’ils prétendent s’fitre passée à l’occasion de la loi de prairial. D’après un historien assez bien informé, Rillaud- Varenne et Collot d’Herbois auraient résisté aux prétentions de Robespierre, qui voulait étouffer l'affaire ou la réduire k sa juste valeur, c’est-à-dire à peu de chose (2). Billaud se serait montré furieux et prodigue d’injures (3). Quoi qu’il en soit, Robespierre

(1) Discours du 8 tbcriuidor, p. â6.

(â) D'après une IcUrc de Tageut naiional Pajan à Robespierre, ii semble môme que celui-ci ait été chargé de présenter un nouveau rapport surraffairc :n Je crois, citoven, » lui écrivait-il à la date du 9 messidor, « que vous vous occuper dans ce momciU d'uu rapport relatiUà Catherine Théot et aux scélérats qui ont pro6té du décret rendu k ce sujet pour réveiller le fanatisme presque éteint. » Voyez cette lettre dans les Vapien inédits^ t. II, p. 359, et sous le numéro LYl à la suite du rapport de Courtois.

(3) Tissot, tlUtoire de la Bêvolulion^ t. V, p. 237. Tissot était le beau* frère de Goujon, un des martyrs de prairial an lli.

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