‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 253 sur 354 · LIVRE XIV. — QUE ROBESPIERRE flE DÉSERTA POl^T LE COMITÉ · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — QUE ROBESPIERRE flE DÉSERTA POl^T LE COMITÉ

somme de 3,000 livres au littérateur Dcmaillot et celle de 1,500 livres au citoyen Tourville, l'un et l’autre agents du comité (t). Quelques jours après, il signait avec Billaud-Varcnne l’ordre de mise en liberté de Desrozier, acteur du théâtre de l’Égalité (2), et, avec Carnot, l’ordre de mise en liberté de l’agent national de Romainville (3). Le 18, il signe encore, avec Couthon, Barère et Billaud-Varenne, un arrêté qui réintégrait dans leurs fonctions les citoyens Thoulouse, Pavin, Maginet et Blachère, administrateurs du département de l’Ardèche, destitués par le représentant du peuple Reynaud (1). Au bas d’un arrêté en date du 19 messidor, par lequel le comité de Salut public prévient les citoyens que toutes leurs pétitions, demandes et observations relatives aux affaires publiques doivent être adressées au comité, et non individuellement aux membres qui le composent, je lis sa signature à côté des signatures de Carnot, de C.-A. Prieur, de Couthon, de Collot d’Herbois, de Barère et de Billaud-Varenne (5). Le 16, il écrivait de sa main aux représentants en mission le billet suivant : O Citoïen collègue, le comité de Salut public désire d’être instruit sans délai s’il existe ou a existé dans les départemens sur lesquels s’étend ta mission quelques tribunaux ou commissions populaires. Il t’invite à lui en faire parvenir sur-le-champ l’état actuel avec la désignation du lieu et de l’époque de leur établissement. » Robert Lindct, Billaud-Varenne, C.-A. Prieur, Carnot, Barère, Couthon et Collot d’Herbois signaient avec lui (6). Le 28, rappel de Dubois- Crancé, alors en mission à Rennes, par un arrêté du comité de Salut public signé ; Robespierre, Carnot, Barère, Collot d’Herbois, Billaud-Varenne, C.-A. Prieur, Couthon, Saint-Just et Robert Lindet(7). L’influence de Maximilien est ici manifeste. On sait en efl’et combien ce représentant lui était suspect. Après lui avoir reproché d’avoir trahi à Lyon les intérêts de la République, il l’accusait à présent d’avoir à dessein occasionné h Rennes une fermentation extraordinaire en déclarant qu’il y aurait des chouans tant qu’il existerait un Rreton (8) ! A cette date du 28 messidor, il signe encore avec Collot d’Herbois, C.-A. Prieur, Carnot, Couthon, Barère, Saint-

(1) ArcfcicM, F, 7, 4437.

(S) Ibid.

(3) Ibid.

(4) Ibid.

(5) Archives, A F, II, 37.

(6) Ibid., A, II, 58.

(7) Registre des délibérations et arrütés du comité de Salutpublic, Archives i36,aa'l3.

(8) Note de Robespierre sur dilTéreuta députés. Voy. Papiers inédits, l. II , p. 17, et numéro LI, h la suite du rapport de Courtois.

Jusl, Robert Lindel, le mandat de mise en liberté de trente-trois citoyens détenus dans les prisons de Troyes par les ordres du jeune Rousselin. Enfin, le 7 thermidor, il était présent à la délibération où fut décidée l'arrestation d’un des plus misérables agents du comité de Sûreté générale, de l'espion Seiiar (1), dénoncé quelques jours auparavant, aux Jacobins, par des citoyens victimes de ses actes d'oppression, et dont Couthon avait dit : « S’il est vrai que ce fonctionnaire ait opprimé le patriotisme , il doit être puni. Il existe bien évidemment un système affreux de tuer la liberté par le crime (2). » Nous pourrions multiplier ces citations, mais il n’en faut pas davantage pour démontrer de la façon la plus péremptoire que Robespierre n’a jamais déserté le comité dans le sens réel du mot.

Au reste, ses anciens collègues ont accumulé dans leurs explications évasives et embarrassées juste assez de contradictions pour mettre à nu leurs mensonges. Ainsi, tandis que d’un côté ils s’arment contre lui de sa prétendue absence du comité pendant quatre décades, nous les voyons, d’un autre côté, lui reprocher d’avoir assisté muet aux délibérations concernant les opérations militaires, et de s’être abstenu de voter (3). Dans les derniers temps, lit-on dans des Mémoires sur Carnot, « il trouvait des prétextes pour ne pas signer les instructions militaires, afin sans doute de se ménager, en cas de revers de nos armées, le droit d’accuser Carnot (4). » Donc il assistait aux séances du comité. Mais ce qui lève

il) Registre des délibiretioDS et arrêtés, supri.

(2) Séance des Jacobins du 3 thermidor. Voj. le Moniteur du 9 [ST juillet lT9i).

(3) Hépotue det membres des deux aneiem comiUt, p. 10.

(4) Mdmoiret sur Carnol, par son fils, t. 1, p. 533. Nous nous peu parlé de ces Mémoires, composés d’après des souvenirs Uiermidoriens, et dénués par conséquent de toute valeur historique. On regrette d'; trouver des erreurs et, il Taut bien le dire, des calomnies qu'avec une étude approrondie des choses de la Révolution , M. Carnot fils se serait évité de laisser passer. Le désir de défendre une mémoire justement ckère n’autorise personne k sortir des bornes de nmparüalité et de la justice.

De tons les anciens membres du comiié de Salut public, Carnot, j’ai regret de le dire, est certainement un de ceux qui, après Thermidor, ont calomnié Robespierre avec le plus d’opiniâtreté. Il semble qu’il j ait eu cbei lui de la haine du sabre contre l’idée. Ab ! combien Robespierre avait raison de se méfier de l’engouement de notre nation pour les entreprises militaires !

Dans son discours du vendémiaire an III (23 septembre 179é), Carnot se déchaîna contre la mémoire de Maximilien avec une violence inouïe. U accusa notamment Robespierre de s’étre plaint avec amertume, h la nouvelle de la prise de Niewport, postérieure au 16 messidor, de ce qu’on n'avait pas massacré tonte la garnison. Voy. te Moniteur du é vendémiaire (35 septembre 1T94). Carnot a trop souvent fait fléchir la vérité dans le but de sauvegarder sa mémoire aux dépens d’adversaires qui ne pouvaient répondre, pour que nous ayons foi dans tes paroles. A sa haine invétérée contre Robes-

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