‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 257 sur 354 · LIVRE XIV. — LE BUREAU DE POLICE GÉNÉRALE eOS · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LE BUREAU DE POLICE GÉNÉRALE eOS

plainte des abus de pouvoir du citoyen Favre, dcli^gué des reprr- , •

sentants du peuple Milhaud et Soubrany, lequel, avec les manières d’un intendant de l’ancien régime, avait exigé qu’on apportât chez lui les registres des délibérations de la société, il fit aussitôt mander le citoyen Favre à Paris (1). Un individu se disant président de la commune d’Exmes, dans le département de l’Orne, avait écrit au comité pour demander si les croix portées au cou par les femmes devaient être assimilées aux signes extérieurs des cultes, tels que croix et images dont certaines municipalités avaient ordonné la destruction, Robespierre renvoie au commissaire de police générale la lettre de l’homme en question pour s’informer si c’est un sot ou un fripon. Je laisse pour mémoire une foule d’ordres de mise en liberté, et j’arrive à l’arrestation des membres du comité révolutionnaire de la section de V Indivisibilité, à cette arrestation famense citée par les collègues de Robespierre comme la preuve la plus évidente de sa tyrannie.

A la séance du 9 Thermidor, Billaud-Varenne lui reprocha pardessus toutes choses d’avoir défpndu Danton , et fait arrêter le meilleur comité révolutionnaire de Paris; et le vieux Vadier, arrivant ensuite, lui imputa à crime d’abord de s’être porté ouvertement le défenseur de Bazire, de Chabot et de Camille Desmoulins, et d’avoir ordonné l’incarcération du comité révolutionnaire le plus pur de Paris. Le comité que les ennemis de Robespierre prenaient si chaleureusement sous leur garde, c’était celui de V Indivisibilité. Quelle faute avaient donc commise les membres de ce comité? Étaient-ils des continuateurs de Danton? Non, assurément, car ils n’eussent pas trouvé un si ardent avocat dans la personne de Billaud-Varenne. Je supposais bien que ce devaient être quelques disciples de Jacques Roux ou d’Hébert; mais, n’en ayant aucune preuve, j’étais fort perplexe, lorsqu’en fouillant dans les papiers encore inexplorés du bureau de police générale, j'ai été assez heureux pour découvrir les motifs très-graves de l’arrestation de ce comité. Elle eut lieu sur la dénonciation formelle du citoyen Perrier, employé à la bibliothèque de l’Instruction publique, et président de la section même de l'Indivisibilité, ce qui ajoutait un poids énorme à la dénonciation. Pour la troisième fois, à la date du 1" messidor, il venait dénoncer les membres du comité révolutionnaire de cette section. Mais laissons ici la parole au dénonciateur : « Leur promotion est le fruit de leurs intrigues. Depuis qu’ils sont en place, on a remarqué une progression dans leurs

(1) SI prairial (9 juin 1794). Arehivet, F, 7, 4437.

facultés pécuniaires. Ils se donnent des rejias splendides. Hyvert a étouffé constamment la voix de ses concitoyens dans les assemblées générales. Despote dans ses actes, il a porté les citoyens é s’entr'égorger à la porte d’un boucher. Le fait est constaté par procèsverbal. Grosler a dit hautement que les assemblées sectionnaires étoient au-dessus de la Convention. Il a rétabli sous les scellés des flambeaux d’argent qu’on l’accusoit d’avoir soustraits. Grosler a été prédicateur de l’athéisme. Il a dit à Testard et à Guérin que Robespierre, malgré son foutu décret sur l’Étre suprême, seroit guillotiné... Viard a mis des riches à contribution, il a insulté des gens qu’il mettoit en arrestation. Lainé a été persécuteur d’un Anglais qui s’est donné la mort pour échapper à sa rage ; Allemain, commissaire de police, est dépo.sitaire d’une lettre de lui... Fournier a traité les représcntans de scélérats, d’intrigans qui seroient guillotinés... » En marge de cette dénonciation on lit de la main de Robespierre : « Mettre en état d’arrestation tous les individus désignés dans l’article (1). » Nous n’avons point trouvé la minute du mandat d’arrêt, laquelle était probablement revêtue des signatures de ceux-là mêmes qui se sont fait une arme contre Robespierre de cette arrestation si parfaitement motivée. On voit en effet maintenant ce que Billaud-Varenne et Vadier entendaient par le comité révolutionnaire le meilleur et le plus pur de Paris.

Ainsi, dans toutes nos révélations se manifeste la pensée si claire de Robespierre : réprimer les excès de la Terreur sans compromettre les destinées de la République et sans ouvrir la porte à la contrerévolution. A partir du 12 messidor, — je précise la date, — il devint complètement étranger au bureau de police générale. Au reste, les Thermidoriens ont, involontairement bien entendu, rendu plus d’une fois à leur victime une justice éclatante. Quoi de plus significatif que ce passage d’un Mémoire de Billaud-Varenne où, après avoir établi la légalité de l’établissement d’un bureau de haute police au sein du comité de Salut public, il s’écrie : « Si, depuis, Robespierre, marchant à la dictature par la compression et la terreur, avec F intention peut-être de trouver moins de résistance au dénouement par une clémence momentanée, et en rejetant tout Todieux de ses excès sur ceux qu’il aurait immolés, a dénaturé l’attribution de ce bureau, c’est une de ces usurpations de pouvoir qui ont servi et îi réaliser ses crimes et à l’en convaincre. » Ses crimes, ce fut sa résolution bien arrêtée et trop bien devinée puises collègues d’opposer une digue à la Terreur aveugle et brutale, et

(1) 1" messidor (19 juin). Archives, 1', 7, U, 77.

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