RAPPORTS AVEC FOUQCIER-TINVILLE
man lui avait fourni tant de preuves, il lui fallut quoi? le triomphe des assassins de Robespierre. Il n'y a pas à demander s'il se montra fidèle au système des Courtois, des Bourdon de l’Oise, des Tallien, des Fréron, et autres prescripteurs ; peut-être en avait-il reçu des leçons. Tous les agents de la Terreur se transformèrent dans sa bouche en agents de Robespierre. Quant à Herman, oh! celui-ci avait commis un crime impardonnable, et son ancien commis ne lui ménagea pas son fait ; prenant en considération les besoins de la République, il avait réduit de cinq mille à quatre mille livres le traitement de plusieurs chefs, au nombre desquels il était lui, Thierriet-Grandpré, et cela afin, sans doute, de faire place à des pères de famille de la classe indigente (1). Quel scélérat! Au reste, Herman était si peu l'homme de Robespierre, et il songea si peu à s’associer à sa destinée dans la tragique journée de Thermidor, qu'il s’empressa d’enjoindre à ses agents de mettre à exécution le décret de la Convention qui mettait Hanriot, son état-major et plusieurs autres individus en état d’arrestation (2).
Quoi qu’il en soit, Herman, sans être lié d’amitié avec Robespierre, avait mérité d’être apprécié de lui, et il professait pour le caractère de ce grand citoyen la plus profonde estime. Tout au contraire, Maximilien semblait avoir pour la personne de Fouquier-Tinville une secrète répulsion. On ne pourrait citer un mot d’éloge tombé de sa bouche ou de sa plume sur ce farouche et sanglant magistrat, dont la réaction d'ailleurs ne s’est pas priiléc d’assombrir encore la sombre figure. Fouquier s’asseyait à la table de Laurent Lecointre en compagnie de Merlin (de Thionville], comme on l’a vu plus haut; il avait des relations de inonde avec les députés Morisson, Cochon de Lapparent, Goupilleau (de Fontenay) et bien d’autres (3); mais
(1) Voyez la seconde déposition de Thierriet-Grandpré dans le procès de Fouquier- TioTitle. {Hitioire parltmentaire , (. XXXIV, p. 4SI à 438.) Ce misérable déposa en effet deuz fois. La première fois, le 17 germinal an III (6 avril 1795). Sa déposition ne comprend pas moins de dix>huit pages de l'tfw/oire parUmentairey t. XXXIV, p. 421 h 438. La réponse de Fouquier en occupe une. Tbierriet-Grandpré fut entendu nne seconde fois le 26 germinal (15 avril 1795)» après la mise en cause d'Herman et de Lannes. Cette nouvelle déposition tient douze pages tout entières. {Histoire parlementair«t t. XXXV, p. 45 à 57. Quant à la réfutation, voici ce qu'en donne le compte rendu : « Les accusés Herman et Lannes ont expliqué ou nié les faits qui leur sont reprochés. a Et c'est tout, à peine une ligne et demie! Voilà comment, après Thermidor, on était revenu au règne de la jus^tice, de l'impartialité et de la modération. Herman et Lannes ne sont pas les moins regrettables victimes de la contre-révolution, qui a tué en eux la probité rigide et le patriotisme le plus pur.
(2) Voyex à cet égard le rapport du lieutenant de gendarmerie Degesne, cité par Courtois h 1a suite de son rapport sur les événements dn 9 Thermidor, sous le numéro XIX, p. 119.
(3) Mémoire de Fouqnier-Tinville dans VHistoire parlementaire ^ t. XXXIV, p. iUl.
HISTOIRE DE ROBESPIERHE
RoNispierrp, il ne le voyait jamais en dehors du comité de Salut publie; une seule fois il alla chez lui, ce fut le jour de l'attentat de Ladmiral, comme ce jour-là il se rendit également chez Collot d'Herbois (1). Il ne se gênait même point pour manifester son antipathie contre lui (2) : un jour, ayant reçu la visite du représentant Martel, député de l'Ailier à la Convention, il lui en parla dans les termes les plus hostiles, en l'engageant à se liguer avec lui, afin, disait-il, de sauver leurs têtes (3). Fouquier-Tinville était-il de la conjuration? On pourrait le croire. Il recevait de fréquentes visites d'Amar, de Vadier, de Voulland et de Jagot, — quatre des plus violents ennemis de Robespierre, — qui venaient lui recommander de mettre en jugement tel ou tel qu'ils désignaient (4). On sait avec quel empressement il vint, dans la matinée du iO thermidor, offrir ses services à la Convention nationale ; on sait aussi comment le lendemain, à la séance du soir, Barère, au nom des comités de Salut public et de Sûreté générale, parla du tribunal révolutionnaire, « de cette institution salutaire » qui détruisait les ennemis de la République, purgeait le sol de la liberté, pesait aux aristocrates et nuisait aux ambitieux; comment enfin il proposa de maintenir au poste d'accusateur public... Fouquier-Tinville (3). Ce n'était donc pas le tribunal de Robespierre, bien que dans la matinée du iO, quelques-uns des calomniateurs jurés de Robespierre, Élie Lacoste, Thnriot, Bréard, eussent demandé la suppression de ce tribunal comme étant composé de créatures de Maximilien. Mais admire/, les contradictions de ces sanguinaires Thermidoriens, le soir môme Barére annonçait que les conjurés avaient formé le projet de faire fusiller le tribunal révolutionnaire j(6).
La vérité est que Robespierre blâmait et voulait arrêter les excès auxquels ce tribunal était en quelque sorte forcément entraîné par les manœuvres odieuses de certains membres du gouvernement. Quant à son inlluencc sur les décisions du tribunal révolutionnaire, elle était nulle, absolument nulle; mais en eût-il eu la moindre sur quelques-uns de ses membres, qu'il lui eût répugné d'en user. Nous
(1) Mémoire de Fouquier, suprà^ p. ^9. ^
(^] On se demande cororoeni M. Villiaumé a pu, sans la moindre preure, préi^enter Fouquier-Tinyille comme dévoué à Robespierre. (T. 111, p. !265 de l'édition Lacroix.) Tout prouve au contraire qu'il ne lui était rien moins que dévoué.
(3) lifémoire de Fouquier, ubi suprd, p. S47 , corroboré ici par la déposition de Mar* tel. (i/ùtotre parlementaire ^ t. \XW, p. 16.)
(4) Déposition d’Étienne Masson , ex -greffier au tribunal révolutionnaire, dans le procès de Fouquier, {üiitoire parlementaire, t. XXXV, p. 89.)
(ft) Voy. U Honileur du 14 tbermidur an 11 (l*» août 1794;.
(6) Ibid.