LIVRE XIV. — TRAMES COSTRE ROBESI'IERRK
avons dit comment, ayant négligemment demandé un jour à Duplay ce qu’il avait fait au tribunal, et son hôte lui ayant répondu : « Maximilien, je ne vous demande jamais ce que vous faites au comité de Salut public, » il lui avait étroitement serré la main, en signe d'estimeet d'adhésiou.
Quand les conjurés virent Robespierre fermement décidé à arrêter le débordement des excès, ils imaginèrent de retourner contre lui l'arme même dont il entendait se servir, et de le présenter partout comme l'auteur des actes d'oppression qu'ils multipliaient à dessein Tous ceux qui avaient une mauvaise conscience, tous ceux qui s’étaient souillés de rapines ou baignés dans le sang à plaisir, les Bourdon, les Carrier, les Guffroy, les Tallien, les Rovère, les Dumont, les Vadier, s'associèrent à ce plan où se devine si bien la main de l'odieux Fouché. D'impurs émissaires répandus dans tons les lieux publics, dans les assemblées de sections, dans les sociétés populaires, étaient chargés de propager la calomnie. Mais laissons ici Robespierre dévoiler lui-même les effroyables trames dont il fut victime : « Pour moi, je frémis quand je songe que des ennemis de la Révolution, que d'anciens professeurs de royalisme, que des exnobles, que des émigrés peut-être, se sont tout à coup faits révolutionnaires et transformés en commis du comité de Sûreté générale, pour se venger sur les amis de la patrie de la naissance et des succès de la République... A ces puissants motifs qui m’avaient déjà déterminé à dénoncer ces hommes, mais inutilement, j’en joins un autre qui tient à la trame que j’avais commencé à développer : nous sommes instruits qu’ils sont payés par les ennemis de la Révolution pour déshonorer le gouvernement révolutionnaire en lui-même et pour calomnier les représentants du peuple dont les tyrans ont ordonné la perte. Par exemple, quand les victimes de leur perversité se plaignent, ils s’excusent en leur disant : C'est Robespierre qui le veut: nous ne pouvons pas nous en dMperwer... Jusquesàquand l’honneur des citoyens et la dignité de la Convention nationale seront-ils à la merci de ces hommes-là? Mais le trait que je viens de citer n’est qu’une branche du système de persécution plus vaste dont je suis l’objet. En développant cette accusation de dictature mise à l’ordre du jour par les tyrans, on s’c.st attaché à me charger de toutes leurs iniquités, de tous les torts de la fortune, ou de toutes les rigueurs commandées par le salut de la patrie. On disait
aux nobles : c'est lui seul qui vous a proscrits ; on disait en même tem])S aux jiatriotes : il veut sauver les nobles ; on disait aux prêtres : c'est lui seul qui vous poursuit, sans lui vous seriez paisibles et triomphants; on disait aux fanatiques : c'est lui qui détruit la religion ; on disait aux patriotes persécutés ; c'est lui qui f a ordonné ou qui ne veut pas l' empêcher. On me renvoyait toutes les plaintes dont je ne pouvais faire cesser les causes, en disant : Votre sort dépend de lui seul. Des hommes apostés dans les lieuif publics propageaient chaque jour ce système ; il y en avait dans le lieu des séances du tribunal révolutionnaire, dans les lieux où les ennemis de la patrie expient leurs forfaits ; ils disaient : Voilà des malheureux condamnés; qui est-ce qui en est la cause? Robespierre... Ce cri retentissait dans toutes les prisons; le plan de proscription était exécuté à la fuis dans tous les départements par les émissaires de la tyrannie... Comme on voulait me perdre surtout dans l'opinion de la Convention nationale, on prétendit que moi seul avais osé croire qu’elle pouvait renfermer dans son sein quelques hommes indignes d’elle. On dit h chaque député revenu d’une mission dans les départements que moi seul avais provoqué son rappel; je fus accusé, par des hommes très-officieux et très-insinuants, de tout le bien et de tout le mal qui avait été fait. On rapportait fidèlement à mes collègues et tout ce que j’avais dit, et surtout ce que je n’avais pas dit. On écartait avec soin le soupçon qu’on eût contribué à un acte qui pût déplaire à quelqu’un ; j’avais tout fait, tout exigé, tout commandé, car il ne faut pas oublier mon titre de dictateur... Ce que je puis affirmer positivement, c’est que parmi les auteurs de cette trame sont les agents de ce système de corruption et d’extravagance, le plus puissant de tous les moyens inventés par l’étranger pour perdre la Republique... (4). »
Il n’est pas jusqu’à son immense popularité qui ne servît merveilleusement les projets de ses ennemis. L'opinion se figurait son influence sur les alfaires du gouvernement beaucoup plus considérable qu’elle ne l’était en réalité. N’entendons-nous pas aujourd’hui encore une foule de gens témoigner un étonnement assurément bien naïf de ce qu’il ait abandonné sa part de dictature au lieu de s’opposer à la recrudescence de terreur infligée au pays dans les quatre décades qui précédèrent sa chute? Nous avons prouvé, au contraire, qu’il lutta énergiquement au sein du comité de Salut public pour refréner la Terreur, cette Terreur déchaînée par ses
(1) Discours du 8 thermidor, p. 20, 2t, 22. 23. — Et toili ce que d'areugles éerirains, comme MM. Michelet et Qoinet, appellent le jcaitmenl populaire.