LIVRE XI. — LA CONVENTIO.N SATIO.NALE ET l’i.ISTRLCTION PLHLIQUE 6!l
effet, avaient été rais en avant. Lacroix, tout en acceptant l’éducation commune comme une dette nationale, ayant combattu, lui aussi, le principe de l’obligation, Robespierre pria la Con\cntioii d’examiner d’abord si l'instruction publique serait forcée ou volontaire, et de décider tout de suite jusqu’à quel point la volonté particulière devait céder à la volonté générale, laquelle n’avait pour but que le bonheur commun (I).
La Convention nationale n’osa aller aussi loin que l’aurait voulu Maximilien; mais en décrétant séance tenante qu’il y aurait des établissements nationaux où les enfants seraient élevés et instruits en commun, et que les familles qui voudraient conserver leurs enfants dans la maison paternelle auraient la faculté de les envoyer dans des classes instituées à cet elTet, elle avançait d’un grand pas dans la voie du progrès et donnait au monde un noble exemple. A quel degré de civilisation ne serions-nous point parvenus aujourd’hui si tous ses décrets avaient été ponctuellement exécutés! Et que d’admirables institutions vinrent se grouper autour de ces fondements de l’instruction publique, nées anssi au souffle puis.santde la raison et de la philosophie! C’est Voltaire, c’est Rousseau, c’est Diderot, qui triomphent, grâce à leurs élèves immortels. Nous n’avons pas à insister là-dessus; il importe seulement de dire que, comme membre du comité d’instruction publique, Robespierre a sa part de gloire dans les grandes choses décrétées sur le rapport de ce comité. Mais à lui surtout, répétons-le, revient l’honneur d’avoir fait inscrire dans la constitution française l’instruction comme une dette de la société. Après avoir posé en principe que celle-ci était tenue de fournir à tous du travail et du pain, il comprit ciu’elle ne pouvait se dispenser de donner également à tous la nourriture intellectuelle, non moins nécessaire et non moins précieuse. Eh bien ! après Thermidor, un homme osa lui reprocher d’avoir voulu empêcher l’inslruclion publique (2), comme Courtois, dans son indigne rapport, l’accusa d’avoir été l’ennemi des écrivains et des artistes. Mais, cette fois, c’était un honnête homme, Lequinio, qui, après avoir été l’un des plus fervents admirateurs de Robespierre (3), venait jeter la pierre au vaincu et se mêler à la tourbe de ses calomniateurs. Ce serait à n’y pas croire, en vérité, si l’on ne savait ce qu’il y a de lâchetés parmi les hommes, si l’on ignorait quel trouble moral les réactions jettent
(1) Voj. le Moniteur du 15 août 1793.
(2) Moniteur du 29 thermidor an II (16 août 1794), séance des Jacobius du 17 thermidor.
(3) Voj. notammeot, h ce sujet, le Moniteur floréal an II (10 mars 1794).
HISTdIRK HOIIKSI-IKHKI'.
iiiiiis les meilleuces iialures, (le|)uis le iviiriiiciMiieiil de Simon l!arjiint! jus(ju'ii celui de laiil d'amis el d'admlLUteurs de Ridiespicrre qui, non contents de le renier après sa chute el de conrlier la tète en silence devant les insultes dont sa mémoire était l'objet, ont euxinéines apporté un appoint à la calomnie pour expier leur amitié et leur admiration.
Du iTcitde ces luttes |iacifu|ues, auxquelles la (donvenlion, calme au milieu du feu, se livrait au bruit du canon de la coalition qui s'avangait, — elle discutait également alors et volait les premiers articles du Code civil, — il nous faut passer au r('cit de scènes terribles et violentes, mais d'une incomparable grandeur. l)i' jour en jour la situation s'as.sombrissail. L'assassinat de Marat, avons-nous dit. avait été doublement funeste ; d'abord il tuait les Girondins, et (mis il l'aLsait surgir une foule d'imitateurs (jui, sans avoir le ]>alriolisme morne et sincère de l'Ami du (ieu[de, exagérèrent encore sesexagi*ralious et causèiaml nu mal infini. Sur la scène de la Révolution nous allons en effet voir ap[iaraître au |)remier plan des énergumènes d’un nouveau genre, lesquels, |iar de.' folies encore inconnues, soulèveront gratuitement contre le gouvernemeut ri'publicain des millions de consciences.
D'autre part, la Républit(ue meinnaiil de périr étoulïï'e entre les dé(jartements insurgés et rEuro|ie, (|ui la cernait de tous côU'îs. Tout le Midi était sons les armes; encore quelques .semaines, et Toulon, en se livrant aux Anglais, allait commettre le (dus mur des crimes dont une (mpulation se |»ui.sse rendre coiqiable. A Lyon, la terreur, inaugurée [lar la Gironde, fonctionnait avec une violence inouïe contre les [latrioles; Chalier périssait, horriblement mutilé par la guillotine, et les Girondins, servant, sans le vouloir |)eut-ètre, de manteau aux royalistes, dounaient au royaliste Perrin, ci-devant comte de Précy, le commandement des trou(ies lyonnaises, comme dans le Calvados ils avaient mis il la tète des forces insurrectionnelles le royaliste \Viui[d'en.
En présence de tels dangers, la Convention n'eut [las un seul instant d'hésitation ; son énergie senddait crinlre avec ses (lérils. Comment n'e pas admirer sans restriction l'héroïsme de tous ceux i(ui dans ces suj)rênies circonstanc(*s surent la maintenir îi la hauteur de la situation! Dans une de ces notes dont nous avons déjii (uirlé, et sur un d(- ces chiffons de (>a(iier mis au jour (lar les Therniidoriens,