LIVRE XI. — VOLONTÉ liSE KOY.VI.ISTE OU RÉPUKLICAINE 7i
Rotiospiorre écrivait h retto époque : « Il faut une volonté une. 11. faut ([u’elle soit républicaine ou royaliste. Pour qu’elle soit républicaine, il faut fies ministres républicains, des papiers républicains, des députés républicains, un gouvernement l'épublicain. » Des premiers mots de cette note, h laquelle les Thermidoriens ont, avec cette mauvaise foi dont ils ne se sont jamais départis, assigné une date voisine du 9 Thermidor, on a inféré que Robespierre « aspirait an gouvernement d’un seul (1). » Il est clair comme le jour que, dans la pensée de Robespierre, c’est la volonté nationale qui doit être wnc, c’est-ÎHlire républicaine ou royaliste, comme cela résulte d’ailleurs des trois dernières lignes de la note î « Les affaires étrangères? — .\lliance avec les petites puissances, mais impossible aussi longtemps que nous n’aurons point une volonté nationale. » Rientôl, d’ailleurs, nous le verrons combattre énergiquement tout ce qui était de nature à donner au gouvernement une allure dictatoriale, comme il s’était toujours montré radicalement opposé à l’idée favorite de Marat de donner ii la France un dictateur temporaire.
« La guerre étrangère, » ])oursuivait-il dans la note en question,
« est une maladie mortelle, tant que le corps politique est malade de la révolution et de la division des volontés. » Quoi de plus vrai? Dans ses grands discours sur la guerre, dont sans doute on a gardé le souvenir, n’avait-il pas, hélas! trop bien prévu toutes les complications dans lesquelles la guerre étrangère, impolitiquement prêchée par les Girondins, jetterait fatalement la Révolution, déjîi déchirée à l’intérieur par tant de factions diverses? Or, ces dangers du dedans, ils ne venaient plus seulement des royalistes enragés, des Constitutionnels, des Feuillants, ils venaient de celte portion bourgeoise aveuglée qui de toutes parts se soulevait li la voix des Girondins. Ceux-ci ne s’en allaient-ils pas partout présentant leurs
(1) Page 33 du rapport. « Ce seul écrit. » dit le rapporteur, « sufSt pour prouver que Robespierre aspirait au gouTeruement d'un seul, n El procédoot, suivant sa coutume, par suppressions et transpositions, il ajoute : « Il faut que l'insurrection continue,» au lieu de o il faut que l’insurrection aciueUe continue Jusqu'à ce que les mesures nécessaires pour sauver la Bépublique aient été prises. » Et plus bas il écrit et : Il faut que la Convention se serve du peuple. » Ce qui donne lieu de sa part il cette réflexion :
« Ainsi ce factieux réduit le peuple au rôle d’un vil instrumeiil; o (P. 31) tandis qu'il y avait dans le texte : « Il faut que le peuple s'allie à la Convention et que la Couvention sc serve du peuple. • Eoflo U n’y avait pas à se méprendre sur la date précise de cette note, puisqu’il y est dit : u Custine ; — à surveiller par des commissaires nouveaux bien sûrs, • et que ce fut dans la séance du 24 juillet 1793 que Dubem et Lesage-Senault, commissaires près l'armée du Nord commandée par Custine, furent rappelés et remplacés par de nouveaux commissaires. Aussi Courtois a-t-il eu soin de supprimer dans son rapport cette ligne : o Custine, etc... » car elle eût levé tous les doutes»
HISTOIRE DE HUBESIMKRDE
adversaires, suivant le tempérament des localités, ici cuiuiuc des royalistes, IJi comme des prédicateurs de meurtres et des spoliateurs? N'ctait-ce pas un appel aux plus viles passions, celles de la peur et de l'égoïsme, que cette phrase de l'adresse rédigée par la commission girondo-royaliste qui à Lyon organisait la révolte : « Ne souffrez pas qu’on vienne ravir vos propriétés?» .Stratagème d'autant plus odieux que ceux qui eu usaient savaient parfaitement que les hommes de la Montagne avaient comme eux le respect de la propriété. C’est pourquoi, dans cette note contideiitielle, dans celte sorte de memuranduvi où il consignait ses craintes, ses appréhensions, les arguments à développer à lu tribune de la Convention ou à celle des Jacobins, Maximilien écrivait encore ; « Les dangers intérieurs viennent dos bourgeois; pour vaincre les bourgeois, il faut rallier le peuple. Tout était disposé pour mettre le peuple sous le joug bourgeois et faire périr les défenseurs de la République sur l’échafaud. » — On n’a point oublié les cris ; Robespierre, Danton à la guillotine! — « Us ont triomphé il Marseille, à Bordeaux, à Lyon; ils auraient triomphé ù Paris sans l’insurrection actuelle. » — L’insurrection du 31 mai. — «Il faut que l’insurrection actuelle continue jusqu’à ce que les mesures nécessaires pour sauver la République aient été prises. Il faut que le peuple s’allie à la Convention et que la Convention se serve du peuple. Il faut que l’insurrection .s’étende de proche en proche sur le même plan ; que les sans-culottes .soient payés et restent dans les villes. Il faut leur procurer des armes, les colérer, les éclairer. Il faut exalter l’enthousiasme républicain par tous les moyens possibles. » Et, en effet, si l’on ex.amine de près la situation, on reste convaincu qu’il n’y avait pas d’autre voie de salut pour la République. A de suprêmes dangers il fallait de suprêmes efforts. La F rance était |)erdue, a dit avec raison un éminent écrivain, si .ses ennemis eussent eu la centième partie du génie et de la vigueur déployés par le comité de Salut public (I).
« Si les députés sont renvoyés, » ajoutait Robespierre, « la République est perdue; ils continueront d’égarer les départements, et leurs suppléants ne vaudront pas mieux (î). » On avait proposé à la Convention de considérer comme ayant volontairement abdiqué leurs fonctions tous les représentants suspects d’attachement à la Gironde qui, absents par congé ou par commission, et qui, rappelés
(I) Louis blanc. Hùtoire de la itètoLulion Voj. le cliap. intitulé ; La coalition e'acance, t. iX, p. 130.
(2j Loriginal de celte note est aux Archives, A K 4436. Elle figuic sous It numéro XLIV, p. 181, à la suite du rapport de Courtois.