LIVUE XIV — EXPLICATION AUX JACOBINS C
meniaires de Maximilien sur la proclamation du duc d'York, le rédacteur du Journal de la Montagne, dont la version se trou\a textuellement reproduite dans le Moniteur, s'exprima en ces termes : « Chaque mot de l'orateur vaut une phrase, chaque phrase un discours, tant il renferme de sens et d'énergie dans tout ce qu'il dit. a Robespierre censura très-vivement cette forme obséquieuse et apologétique indigne du style républicain. « Les flagorneries font douter de la véracité des écrivains, » dilril ; « un écrivain véridique et patriote doit aussi rapporter avec exactitude et littéralement, afin que ce qu'il rapporte puisse éclairer l'opinion publique ou qu'elle juge ce qu'il rapporte (1). » D'autres, à sa place, au lieu de se plaindre, se fussent empressés de remercier le journaliste louangeur.
Retranché dans sa conscience comme dans une fortcres.se impénétrable, isolé, inaccessible à l'intrigue, Robespierre opposait aux coups de ses ennemis, à leurs manœuvres tortueuses, sa conduite si droite, si franche, se contentant de prendre entre eux et lui l'opinion publique pour juge. « 11 est temps peut-être, » dit-il aux Jacobins, dans la séance du i3 messidor, « que la vérité fasse entendre dans cette enceinte des accents aussi mâles et aussi libres que ceux dont cette salle a retenti dans toutes les circonstances où il s'est agi de sauver la patrie. Quand le crime conspire dans l'ombre la ruine de la liberté, est-il pour des hommes libres des moyens plus forts que la vérité et la publicité? Irons-nous, comme des conspirateurs, concerter dans des repaires obscurs les moyens de nous défendre contre leurs efforts perfides? Irons-nous répandre l'or et semer la corruption? Eu un mot, nous servirons-nous contre nos ennemis des mômes armes qu'ils emploient pour nous combattre? Non. Les armes de la liberté et de la tyrannie sont aussi opposées que la liberté et la tyrannie sont opposées. Contre les scélératesses des tyrans et de leurs amis il ne nous reste d'autre ressource que la vérité et le tribunal de l'opinion publique, et d'autre appui que les gens de bien. » Il n'était pas dupe, on le voit, des machinations ourdies contre lui ; il savait bien quel orage dans l'ombre se préparait à fondre sur sa tôle, mais il répugnait à son
cours, il n’a pas été eiécuté. Intité é rédiger son improrisalion , Robespierre n'suia pas eu le temps oa aura négligé de le faire.
(I ) Séance dn 6 messidor (Sé juin IT9é), Motiileur du 9 messidor.
bonni^teté de combattre rinjustice par l'intrigue, et il succombei'a pour n’avoir point voulu s’avilir.
La République était-elle fondée sur des bases durables quand l’innocence tremblait pour elle-même, persécutée par d’audacieuses factions ? On allait cherchant des recrues dans l'aristocratie, dénonçant comme des actes d’injustice et de cruauté les mesures sévères déployées contre les conspirateurs, et en même temps on ne cessait de poursuivre les patriotes. Ah ! disait Robespierre, « l’homme humain est celui qui se dévoue pour la cause de l’humanité et qui poursuit avec rigueur et avec justice celui qui s’en montre l’ennemi ; on le verra toujours tendre une main secourable à la vertu outragée et à l’innocence opprimée. » Mais était-ce se montrer vraiment humain que de favoriser les ennemis de la Révolution aux dépens des républicains? On connaît le mot de Bourdon (de l’Oise) à Durand-Maillane : « Oh ! les braves gens que les gens de la droite ! » Tel était le système des conjurés. Ils recrutaient des alliés parmi tous ceux qui conspiraient en secret la ruine de la République, et qui, tout en estimant dans Robespierre le patriotisme et la probité même, aimèrent mieux le sacrifier à des misérables qu’ils méprisaient que d’assurer, en prenant fait et cause pour lui, le triomphe de la Révolution.
Comme Maximilien sut bien percer à jour les trames de ses ennemis ! Comme il montra à quels périls seraient exposés la liberté et les défenseurs de la République le jour où le gouvernement révolutionnaire tomberait entre les mains des conjurés! Comme il dévoila bien leur plan, trop fidèlement suivi hélas! d’amener les patriotes à se détruire les uns les autres en semant la défiance au milieu d’eux ! Avec quel art on affectait de présenter les travaux de la Convention comme l’œuvre d’un seul individu ! Avec quelle perfidie on avait répandu le bruit qu’en réorganisant le tribunal révolutionnaire, on avait eu pour but d’égorger la Convention elle-même ! Et Robespierre était obligé d’avouer que cette idée avait obtenu beaucoup de consistance. Quant à lui, s’élevant au-dessus des considérations personnelles, il n’en était pas moins résolu, au péril de sa vie et même de sa réputation, à faire connaître au monde les ennemis de la liberté, qui essayaient en vain de lui fermer la bouche par des moyens empruntés aux assassins et aux calomniateurs vomis et soudoyés par l’étranger. On répétait ù Paris les infamies colportées par les feuilles anglaises. Et dans quel lieu! « Vous frémiriez si je vous le disais, » s’écriait Robespierre. Il s’agissait sans doute du comité de Sûreté générale, dont un des membres, Louis (du Bas-Rhin), présidait en ce moment même la société des Jacobins.
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