‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 263 sur 354 · LIVRE XIV. — EXPLICATION AinC JACOBINS G · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — EXPLICATION AinC JACOBINS G

D'impurs libelles le dépeignaient, lui Maximilien, comme l'assassin des honnêtes gens, comme l’organisateur du tribunal révolutionnaire, comme l'oppreseurde la représentation nationale, calomnies qui se sont audacieusement propagées après Thermidor, tout absurdes et insoutenables qu’elles soient. Comment! n' allait-on pas jusqu'à prétendre, en parlant de la petite Renault, qu'il y avait sans doute une amourette là-dessous et qu'il fallait bien croire qu’il eût fait guillotiner son amant? « C'est ainsi, » ajoutait-il, v que l'on absout les tyrans en atteignant un patriote isolé qui n’a pour lui que son courage et sa vertu. — Robespierre, s’écria en ce moment un citoyen des tribunes, tu as tous les Français pour toi. » — Et lui de répondre: « La vérité est mon seul asile contre le crime ; je ne veux ni de partisans ni d'éloges ; ma défense est dans ma conscience. » Hélas ! le bouclier de l’homme de bien n’est pas une garantie contre les méchants et les pervers. Dans la douloureuse alternative où se trouvaient placés les amis de la liberté, de trahir la patrie ou d’être traités de tyrans et d’oppresseurs s’ils avaient le courage de remplir leurs devoirs, il n’hésita pas, sachant bien pourtant qu’il ne pourrait défendre la cause de la justice sans être appelé despote, ni invoquer l’opinion publique sans être désigné comme dictateur.

La crainte de Robespierre était que les calomnies des tyrans et de leurs stipendiés ne finissent par jeter le découragement dans l’âme des patriotes ; mais il engageait ses concitoyens à se fier à la vertu de la Convention, au patriotisme et à la fermeté des membres du comité de Salut public et de Sûreté générale. Et comme ses paroles étaient accueillies par des applaudissements réitérés ; Ah ! s’écria ce flatteur du peuple, ce qu’il faut pour sauver la liberté, ce ne sont ni des applaudissements ni des éloges, mais une vigilance infatigable. Il promit de s’expliquer plus au long quand les circonstances se développeraient , car aucune puissance au monde n’était capable de l’empêcher de s’épancher, de déposer la vérité dans le sein de la Convention ou dans le cœur des républicains, et il n’était pas au pouvoir des tyrans ou de leurs valets de faire échouer son courage. « Qu’on répande des libelles contre moi, » dit-il en terminant, « je n’en serai pas moins toujours le même , et je défendrai la liberté et l’égalité avec la même ardeur. Si l’on me forçait de renoncer à une partie des fonctions dont je suis chargé, il me resterait encore ma qualité de représentant du peuple, et je ferais une guerre à mort aux tyrans et aux conspirateurs (1 ). » Donc, à cette époque Robespierre ne considérait pas encore la rupture

(1) Vojoz ce discuars dans le Moniteur du 17 messidor an It (5 juillet 1794).

HISTOIRE UE ROBESPIERRE

avec ses collègues du comité de Salut public, ni même avec les membres du comité de Sûreté générale, comme une chose accomplie. 11 sentait bien qu’on s’efforçait de le perdre dans l’esprit de ( es comités, mais il avait encore confiance dans la vertu et la fermeté de leurs membres, et sans doute il ne désespérait pas de les ramener à sa politique à la fois énergique et modérée. Une preuve assez manifeste que la scission n'eaistait pas encore, au moins dans le comité de Salut public, c’est que vers cette époque (iS messidor] Couthon fut investi d’une mission de confiance près les armées du Midi, et chargé de prendre dans tous les départements qu’il parcourrait les mesures les plus utiles aux intérêts du peuple et au bonheur public (1). Quelques jours après (19 messidor), un nouvel arrêté du comité de Salut public l’invitait à se rendre, en passant, à la Rochelle, où un certain nombre de patriotes avaient été incarcérés, et à Bordeaux, afin d’y prendre toutes les mesures de salut public que les circonstances pourraient rendre nécessaires (2). Le même jour Carnot et Robert Lindet écrivaient à Bourbotte, alors à Nantes ; o Notre collègue Couthon, qui doit partir incessamment pour Bordeaux, passera à la Rochelle pour t’y relever. Tu vois que ton séjour y sera de peu de durée ; mais il est urgent que tu t’y rendes promptement. Le comité se repose sur ton zèle et sur ton énergie pour mettre fin à ces actes oppressifs (3). » En confiant à Couthon une importante mission, tes collègues de Robespierre eurent-ils l’intention d’éloigner de lui un de ses plus ardents amis ? On le supposerait à tort ; ils n’avaient pas encore de parti pris. D’ailleurs Maximilien et Sainl-Just, revenu depuis peu de l'armée du Nord après une participation glorieuse à la bataille de Fleurus et à la prise de Charleroi {i), n’avaient-ils pas approuvé eux-mêmes la mission confiée à leur ami ? Si Couthon difi'éra son départ, ce fut sans doute parce que de jour en jour la conjuration

(1) Séance du eoniiié de Salut public du I.S messidor (3 juillet 179é). Étaient présents : Barëre, Caniot, CoHot d’Hcrbois, Couthon, C.-A. Prieur, Biilaud-Vareone, Saint- Just, Robespierre, Robert LindeL (Registre des délibérationt et arrètéa.) L'arréié eat aigné, pour extrait, de Carnot, Coilot d'Herbois, Billaud-VareDoe et C.-A. Prieur. Archiva^ A F, II, 58.

(2) Séance du comité du 19 messidor (7 juillet 1794); présents : Barère, Carnot, Coilot d’Hei bois, BillBud-Varenne , Robespierre, C.-A. Prieur, Couthon, Saini'Just, Robert Lindot. (Registre des délibérations, etc.). Arrêté signé, pour extrait, de Jean- Bon Saint-André, Billaud-Vareooe, Coilot d'Herbois. Archivât A F, U, 58.

^3) L'original de celle lettre est aux Architet, A F, II, 37.

^4) Nous avons, dans notre histoire de Saint-Just, signalé l'erreurcapitale des historiens qui, comme MU. Thiers et Lamartine, ont fait revenir Saint-Just la veille même du 9 Thermidor. (Voy. notre Histoire de SainUJust, liv. V, ch. v.)

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