‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 264 sur 354 · I.IVBE XIV. — ,\PPEL A LA JUSTICE BT A LA PROBITÉ · texte numérisé non relu

I.IVBE XIV. — ,\PPEL A LA JUSTICE BT A LA PROBITÉ

-devenait plus manifeste et plus menaçante, et que, comme il allait ItientAt le déclarer hautement, il voulait partager les poignards dirigés contre Robespierre (1). »

L'horrenr de Maximilien pour les injustices commises envers les particuliers, son indignation contre ceux qui- se servaient des lois révolutionnaires contre les citoyens non coupables ou simplement égarés, éclatèrent d'une façon toute particulière aux Jacobins dans la séance du, 41 messidor (9 juillet 1794). Rien de plus rare, à son sens, que la défense généreuse des opprimés quand il n'y avait aucun profit à en attendre. Or, si quelqu'un usa sa vie, se dévoua complètement à soutenir la cause des faibles, des déshérités, sans même compter sur. la reconnaissance des hommes, ce fut assui-ément lui. Ah ! s'il eût été plus habile, s'il eût prêté sa voix aux puissants de la veille, destinés à redevenir les puissants du lendemain, il n'y n'aurait pas assez d'éloges pour sa mémoire ; mais il voulait le bonheur de tous dans la liberté et dans Tégalité, mais il ne voulait pas qu'en frappant les grands coupables le glaive des lois s'abattit indistinctement sur toutes les classes de la société ; il ne voulait pas que la France devint la proie de quelques misérables qui ^dans la Révolution ne voyaient qu'un moyen de fortune ; il ne voulait pas que certains fonctionnaires trop zélés multipliassent les actes d'oppression, érigeassent en crimes des erreurs ou des préjugés invétérés pour trouver partout des coupables et rendre la Révolution redoutable au peuple même. Comment n'aurait-il pas été maudit des ambitieux vulgaires, des fripons, des égoïstes, des spéculateurs avides qui finirent par tuer la République après l'avoir deshonorée?

Un décret avait été rendu qui, en mettant à l'ordre du joür la vertu et la probité, eût pu sauver l'État; mais des hommes couverts du masque du patriotisme s'en étaient servis pour persécuter les citoyens. « Tous les scélérats, » dit Robespierre, « ont abusé de la loi qui a sauvé la liberté et le peuple français. Ils ont feint d'ignorer que c'était la justice suprême que la Convention avait mise è l'ordre du jour, c'est-à-dire le devoir de confondre les hypocrites, de soulager les malheureux et les opprimés, et de combattre les tyrans ; ils ont laissé à l'écart ces grands devoirs, et s'en sont fait un

(I) Séance des Jacobins du i3 messidor (il juillei 1794)«

instrument pour tourmenter le peuple et perdre les patriotes. » Un comité révolutionnaire, digne émule de ce comité de Y Indivisibilité dont les membres avaient été arrêtés sur la proposition de Maximilien , avait imaginé d'ordonner l'arrestation' de tous les citoyens qui dans un jour de fête se seraient trouvés en état d'ivresse, et une foule d’artisans, de bons citoyens, avaient été impitoyablement incarcérés. Voilà ce dont s’indignait Robespierre, qui peut-être avait plus que « ces inquisiteurs méchants et hypocrites, » comme il les appelait, le droit de se montrer sévère et rigide, car nul autant que lui ne prêcha d’exemple l’austérité des mœurs. Après avoir parlé des obligations imposées aux fonctionnaires publics dont il flétrit le faux zèle, il ajoutait: « Mais ces obligations ne les forcent point à s'appesantir avec une inquisition sévère sur les actions des bons citoyens, pour détourner les yeux de dessus les crimes des fripons ; ces fripons qui ont cessé d’attirer leur attention, sont ceux-là mêmes qui oppriment l’humanité, et sont de vrais tyrans. Si les fonctionnaires publics avaient fait ces réflexions, ils auraient TROUVÉ PEU DE COUPABLES A PUNIR, Car le peuple est bon, et la classe des méchants est la plus petite. » Elle est la plus petite, il est vrai, mais elle est aussi la plus forte, aurait-il pu ajouter, parce qu'elle est la plus audacieuse.

En recommandant au gouvernement beaucoup d'unité, de sagesse et d’action, Robespierre s’attacha à défendre les institutions révolutionnaires devenues le point de mire des attaques de tous les intrigants et de tous les fripons, devant les convoitises desquels elles se dressaient comme un obstacle infranchissable. Il ne venait point réclamer des mesures sévères contre les coupables, mais seulement prémunir les citoyens contre les pièges qui leur étaient tendus, et tâcher d’éteindre la nouvelle torche de discorde allumée au milieu de la Convention nationale qu'on s’eflbrçait d'avilir par un système de terreur. A la franchise on avait substitué la défiancq, et le sentiment généreux des fondateurs de la République avait fait place au calcul des âmes faibles. « Comparez,» disait Robespierre, » comparez avec la justice tout ce qui n’en a que l'apparence. » Tout ce qui tendait à un résultat dangereux lui semblait dicté par la perfidie. Qu’importaient, ajoutait-il, des lieux communs contre Pitt et les ennémis du genre humain, si les mêmes hommes qui les débitaient attaquaient sourdement le gouvernement révolutionnaire, tantôt modérés et tantôt hors de toute mesure, déclamant toujours, et sans cesse s’opposant aux moyens utiles qu’on proposait. Ces hommes, il était temps de se mettre en garde contre leurs complots. — Quelques écrivains ont supposé qu’ici Robespierre avait eu en vue son collègue

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