‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 266 sur 354 · LIVRE XIV. — VIOLENTE APOSTROPHE CONTRE FOÜCIIÉ C2fi · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — VIOLENTE APOSTROPHE CONTRE FOÜCIIÉ C2fi

uni- commission temporaire de surveillance républicaine établie après la prise de la ville et présidée par l’administrateur de police Marino, commission dans laquelle entrèrent un peu plus tard quelques-uns des membres de la société des Jacobins de Paris, envoyés à Commune-Affranchie en qualité de commissaires nationaux, entre autre les citoyens Boissière, Duhamel et Lecanu (1). Cette cüiiimission ne fonctionnait pa§ d'ailleurs à litre de tribunal; il ne s'agissait donc nullement de la terrible commission dos sept instituée par Fouché et par Collot d’Herbois à la place des deux anciens tribunaux révolutionnaires également créés par eux, et qui, astreints à certaines formes, n’accéléraient pas à leur gré l’œuvre de vengeance dont ils étaient les sauvages exécuteurs. C’était cette dernière commission à laquelle Robespierre reprochait de s'ètre montrée impitoyable, et d’avoir proscrit à la fois la faibles.se et la méchanceté, l’erreur et le crime (2).

Eh bien ! un historien de nos jours, par une de ces ahcrralions qui font de son livre un des livres les plus dangereux qui aient été écrits sur la Révolution française, confond la commission temporaire de surveillance républicaine avec la sanglante commission dite des sept, tout cela pour le plaisir d’affirmer, en violation de la vérité, que Robespierre soutenait à Lyon les ultra-terroristes contre l’exécrable Fouché (3). Et la preuve, il la voit dans ce fait que l’austère tribun invoquait à l’appui de son accusation je souvenir de Gaillard, « le plus violent des ultra-terroristes de Lyon. » On ne saurait vraiment avoir la main plus malheureuse. Il est faux d'abord, archifaux, que Gaillard ait été un violent terroriste. Victime lui-méme de longues vexations de la part de l’aristocratie, il s'était tué le jour oii, en présence de persécutions dirigées contre certains patriotes, il avait désespéré de la République, comme Caton de la

(I) ÀTchites^ A F, II, Vojez, au sujet de celte comtuissiou temporaire, une longue lettre de Laporte k Couthon, citée k U suite du rapport de Courtois, sous le numéro Cil.

(3) Voyez k cet égard une lettre de Femey k Robespierre, citée plus haut.

(3) BUtoire de la Rérolulton, parM. Michelet, t. VU, p. 403. — M. Michelét reproche k MM. Bûchez et Roux de profiler des moindres équivoques pour faire dire h Ro« bespierre le contraire de ce qu’il veut dire. Et sur quoi se fonde-t-il pour avancer cette grave accusation ? Sur ce que les auteurs de VHùtoire parlementaire ont écrit k la table de leur tome XXXIIl ; Bobespierre déclare qu'il veut arrêter l’effusion de sang humain. Mais ils renvoient à la page 341 , ou ils citent lextuellcment et tn extenso le discours de Robespierre dont la conclusion est, en effet, qu’il faut arrêter l’efrusion de sang hamain versé par le crime. Que veut donc de plus M. Michelet? Est-ce que par hasard on n’a l'habitude de ne lire que la table des matières? 11 sied bien, du reste, k cci écritain de suspecter la franchise historique de MM. Bûchez et Roux, lui dont l'histoire n’est guère b&tic que sur des supposition^, dos hypothèses et des équivoques !

IIISTOIBE DE KOBESPIERRE >

liberté. Son suicide avait eu lieu dans les derniers jours de frimaire an II (décembre 1793). Or, trois mois après environ, le 21 ventôse (11 mars 1791), Fouché écrivait de Lyon à la Convention ces lignes déjà citées en partie ; « La justice aura bientôt achevé son cours terrible dans cette cité rebelle; il existe encore quelques complices de la révolu^ lyonnaise, nous allons les lancer sous la foudre; il faut que tout ce qui fit la guerre à la liberté, tout ce qui fut opposé à la République, ne présente aux yeux des républicains que des cendres et dos décombres (1). » N’est-il pas souverainement ridicule, pour ne pas dire plus, de venir opposer le prétendu terrorisme de Gaillard à la modération de Fouché!

Ce dont Robespierre fit positivement un crime à Fouché, ce furent les persécutions indistinctement dirigées contre les ennemis de la Révolution et contre les patriotes, contre les citoyens qui n’étaient qu’égarés et contre les coupables. Tout concourt à la démonstration de cette vérité. Son frère ne lui avait-il pas tout récemment dénoncé la conduite « extraordinairement extravagante » de quelques hommes envoyés à Commune-Affranchie (2)? Les plaintes des victimes n’étaient-elles pas montées vers lui (3) ? Que dis-je, à l’heure môme où il prenait si vivement à partie l’impitoyable mitrailleur de Lyon, ne recevait-il pas une lettre dans laquelle on lui dépeignait le massacre d’une grande quantité de pères de famille dont la plupart n’avaient point pris Tes armes (4)‘? Ce que voulait Robespierre, c’était le retour à la justice, à la modération, sinon à une indulgence aveugle; il n’y a point d’autre signification à attribuer à ces quelques mots dont se sont contentés les rédacteurs du Journal de la Montagne et du Moniteur pour indiquer l’ordre d’idées développé par lui dans cette séance du 23 messidor, mais qui nous paraissent assez significatifs : « Les principes de l’orateur sont d’arrêter l’efkl'sion du sang hurai.n versé par le crime (s). »

Et il ne s’agissait pas ici seulement des horreurs commises à Lyon par Fouché, Robespierre entendait aussi flétrir les actes d’oppression multipliés sur tous les points de la République ; il revendiquait pour lui, et môme pour ses collègues du comité, dont il ne

(1) Yo;ez cette lettre k la suite du rapport de Courtois, sous le numéro XXV.

(2) Lettre d'Augustin Robespierre à Haiimilien, de Nice, en date du 16 genuinal. Vide tuprà.

(3) Voyez les lettres de Cadillot, sous le numéro CVI, k la suite du'rapportde Courtois, et de Jérôme Gillet, dans les Papiers inédits, 1. 1, p. 217.

(4) Lettre en date du 20 messidor, déjà citée, d'une chaumière an midi de Ville- Affranebie, numéro CV, h la suite du rapport de Courtois.

(5) M. Michelet trouve que le rédacteur du journal a étendu complaisamment la pensée de Robespierre. (T. Yll, p. 402.) £n vérité, c’est par trop naïf!

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