‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 269 sur 354 · LIVRE XV. — Sm'ATION DE LA RKMIBLIQL’E EN THERMIDOR · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — Sm'ATION DE LA RKMIBLIQL’E EN THERMIDOR

mander grâce. Sur nos frontières et au dehors, que de prodiges accomplis! Où est le temps où les armées de la coalition étaient à peine à, deux journées de la capitale? Les rôles sont bien changés. D'envahissante l’Europe est devenue envahie; partout la guerre est rejetée sur le territoire ennemi. Dans le Midi Colliourcs, Port- Vendre, le fort Saint-Elme et Bellegarde sont repris , et nos troupes ont mis le pied en Espagne. Au Nord, Dunkerque et Maubeuge ont été sauvées; les alliés outrepassé la Sambre en désordre après la bataille deWattignies; Valenciennes, Landrecies, Le Quesnoy, Condé, ont été repris également; enfin, sous les yeux de Saint-Just, nos troupes se sont emparées de Charleroi et ont gagné la bataille de Fleiirus qui va nous rendre la Belgique. Un port manquait à la sûreté de nos flottes, Ostende est à nous. A l'Est , grâce encore en grande partie aux efforts énergiques de Saint-Just et de Le Bas, Landau a été débloqué, les lignes de Wissembourg ont été recouvrées; déjà voici lePalatinat au pouvoir de nos armes; la France est à la veille d’être sur tous les points circonscrite dans ses limites naturelles.

Était-ce l’esprit de conquête qui animait le grand cœur de la République? Non certes; mais, exposée aux agressions des États despotiques, elle avait senti la nécessité de s’enfermer dans des positions inexpugnables et de se donner des frontières faciles à garder : l’Océan d’une part, les Pyrénées, les Alpes et le Rhin de l’autre. On a quelquefois dit que le comité de Salut public < sous l’inspiration de Robespierre, était disposé à des concessions envers les puissances étrangères. C’est là une erreur démentie par tous les faits. Seulement le comité de Salut public dans sa sagesse n'entendait pas révolutionner les peuples qui se contentaient d’assister indifférents au spectacle de nos luttes intérieures et extérieures. « Nous ne devons point nous immiscer dans l’administration de ceux qui respectent la neutralité, % écrivait-il, le 22 pluviô.se an II (10 février 179-1), au représentant Albite. « Force, implacabilité aux tyrans qui voudroient nous dicter des lois sur les débris de la liberté ; franchise, fraternité aux peuples amis. Malheur à qui osera porter sur l’arche de notre liberté un bras sacrilège et profanateur, mais laissons aux autres peuples le soin de leur administration intérieure. C’est pour soutenir l’inviolabilité de ce principe que nous combattons aujourd’hui. Les peuples faibles se bornent h suivre quelquefois les grands exemples, les peuples forts les donnent, et nous sommes forts. » Ce langage, où semble se reconnaître l’âpre et hautain génie de Saint-Just, n’était-il pas celui de la raison même (t)?

(1) La minute de cette lettre est au< ÀrMtes, A K II, 37.

Pour atteindre les immenses résultats dont nous avons rapidement tracé le sommaire, que d’efforts ^gantesques, que d’énergie et de vigilance il fallut déployer! Quatorze armées organisées, équipées et nourries au milieu des difficultés d’une véritable disette, notre marine remontée et mise en état de lutter contre les forces de l’Angleterre, tout cela atteste suffisamment la prodigieuse activité des membres du comité de Salut public. Lorsque, après Thermidor, les survivants de ce comité eurent, pour se défendre, à dresser le bilan de leurs travaux, ils essayèrent de ravir à Robespierre sa part de gloire, en prétendant qu’il n’avait été pour rien dans les actes utiles émanés de ce comité, notamment dans ceux relatifs à la guerre, et Carnot ne craignit pas de s’associer à ce mensonge, au risque de ternir la juste considération attachée à son nom. Robespierre, Couthon, Saint-Just n’étaient plus Ih pour confondre l’imposture ; heureusement le temps est passé où l’histoire des vaincus s’écrivait avec la pointe du sabre des vainqueurs. Nous avons prouvé déjà avec quelle sollicitude Maximilien s’occupa toujoui's des choses militaires. Ennemi de la guerre en principe, il la voulut poussée à outrance pour qu’elle fût plus vite terminée; mais sans cesse il s’efforça a de subordonner l’élément militaire à l’élément civil , le premier ne devant être que l’accessoire dans une nation bien organisée. Tant qu’il vécut, pas un général ne fut pris de l’ambition du pouvoir et n’essaya de se mettre au-dessus des autorités constituées. Quand ils partaient, nos volontaires de 92, à la voix des Robespierre et des Danton , ce n’était point le bâton de maréchal qu’ils rêvaient, c’était le salut, le triomphe de la République, puis le prochain retour au foyer. Quelle différence, lorsque plus tard un soldat heureux aura rétabli cette dignité du maréchalat!

Quelle était donc la perspective que Robespierre montrait à nos troupes dans les lettres et proclamations adressées par lui aux officiers ou aux soldats, et dont nous avons pu donner quelques échantillons? Était-ce la gloire militaire, mot vide et creux quand il no se rattache pas directement à la défense du pays? Non, c’était surtout la récompense que les nobles cœurs trouvent dans la seule satisfaction du devoir accompli. Et à cette époque le désintéressement était grand parmi les masses. Comment oser révoquer en doute les constants efforts de Maximilien pour hâter le moment du triomphe définitif de la République? Plus d’une fois ses collègues du comité de Salut public se servirent de lui pour parler aux généraux et aux représentants du peuple en mission près les armées le langage mâle et sévère de la patrie. Il s'attacha surtout à éteindre les petites rivalités qui sur plusieurs points s’élevèrent ]iarmi les

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