I.IVRK XI. — M.\LHECK .VliX GÉNÉRAUX l•ERI''MIES 'i:t
dans le sein de l'Assemblée, n'auraient pas ubéi dans la huitaine à partir de la si^niticalion de cet ordre, et de les remplacer par leurs suppléants. Mais celle mesure impoiiliquc n'avait pas été adoptée, et l'on peut certainement en attribuer le rejet ii l'influenci^ de Hobespierre (1).
Procurer des armes au peuple, porter au comble son énergie et son exaspération contre les ennemis du pays, l'éclairer surtout, tel va être l'unique souci des patiiotes en général et de Robespierre en particulier dans les trois mois que nous allons parcourir. Tout ce que le génie du patriotisme peut enfanter de grandeur, tout ce que l'imagination peut concevoir de plus sublime et de plus sombre îi la fois, il va nous être donné de le contempler. Indomptable et toujours sur la brèche dans ces heures décisives où il s'agissait pour la République d'être ou de ne pas être, Maximilien fera retentir la tribune de la Convention et surtout celle des Jacobins de paroles plus terribles aux traîtres et aux envahisseurs do notre patrie que les baïonnettes de nos soldats, et cela sans jamais .s'écarter de la voie qu'il s'était tracée entre la faiblesse d'une part et l'exagération de l'autn?. « Le peuple se sauvera lui-même, » s'écriat-il aux Jacobins, dans la séance du 9 août 1793. « Il faut que la Convention appelle autour d'elle tout le peuple français; il faut qu'elle réunisse tous nos frères des départements; il faut que nous fassions un feu roulant sur nos ennemis extérieurs, il faut écraser tous ceux du dedans (2). »
Et d'abord, malheur aux généraux dont la conduite laissait place aux soupçons. L'teil fixé sur eux, Robespierre épiait leurs moinilres actions. 11 savait bien que la liberté péril toujours par les chefs d'armée. Combien de fois nous l'avons entendu engager ses concitoyens à se. mélier de l'engouement trop ordinaire des peuples pour les généraux victorieux, et combien de fois il demanda que les officiers d'un civisme douteux fussent remplacés par des ofticiers patriotes ! La Révolution avait, comme on sait, laissé une foule de nobles à la tête de nos troupes; beaucoup avaient émigré. Parmi ceux qui étaient restés, les uns servaient à contre-cœur une cause dont ils ne souhaitaient pas le triomphe; les autres, en bien petit nombre, .s'étaient sincèrement attachés à la République. Malgré son peu de confiance dans le civisme de l'ancienne noblesse demeurée en France, Robespierre était loin de penser, comme plusieurs de ses collègues, ({uc la seule qualité de noble dût être un
|1) Voj. k ce tujei 1« Jloiiibur du juin 1793, séance du U.
(X, Journal du débaU et data corretfoudance de la eociiU des Jacobine, numéro 470.
7i iiistdiiü: iii. iimiKM'iKinii’.
lili'c Je [ii'iisrripliiin. On l'nviiil entendu nn jour parler en faveur de Itiron, nn va le voir prendre la défense de Lavaletle.
De regrettables différends avaient éelalé it Lille eiitn^ ce général et le général Laniarliére, intime ami et protégé de Custine qui commandait alors l'armée du Nord. .Mais le premier s’élait acquis la confiance du peuple en s’opposant jadis aux mano'nvres de Dnmonriez, en arrêtant de sa main le général Miac/.inki, et surtout en organisant admirablement la défen.se de Lille, de cette ville héroïque contre laquelle s’épuisaient en vain tous les efforts des .Xiitridiiens. •\nssi avait-il pour lui les siddats, la garni.son, la société populaire, tous les patriotes en un mot. Le général Lamarliére, au contraire, s'était obstiné rester h Lille en violation d'un arrêté du conseil exécutif qui remettait au général Favart le commandement d(ï cette place, et .ses anciennes liaisons avec Dumouriez l'avaient rendu fort suspect. On lui reprochait d'avoir, à diverses reprises dans une journée, laissé ouvertes les portes de la ville, comme pour habituer le peuple à cette infraction à la loi, et d’avoir permis à des parlementaires ennemis de s’avancer jusque sous les canons d(! la place. Malgré cela, les commissaires de la Oonvention, Duhem entre autres, influencés par Custine et trompés par ses insinuations, avaient suspendu le général Lavaletle de ses fonctions et lui avaient ordonné de venir rendre compte de sa conduite au comité de Salut public, en enjoignant îi Lamarliére, lais.sé, lui, <latis son comniaqdement, de se transporter également h Paris pour fournir des explications. Ces faits, révélés il la Convention nationale dans la .séance du juillet, amenèrent Robespierre à la tribune. Instruit de tous les événements qui s’étaient jtassés à Idlle, et les mains pleines de preuves, il crut pouvoir attester sur sa tête îi toute la France ipi’il n’y avait pas de précautions (pte Lamarliére n’eût prises pour livrer Lille aux Autrichiens, et de moyens que Lavalette n’eitt employés pour s’y oppo.ser. .^11 reste, ce dernier oflicier se justifierait aisément devant le comité de Salut public et .serait tout de suite renvoyé à son poste, il en avait la conviction. Quant à Lamarliére et à Custine, son protecteur, leur trahison serait promptement mise .’i découvert; il s’engageait à les confondre lui-même (1). Bentabole accusa Duhem, dont il ne suspectait pas d’ailleurs le patriotisme, de s’être lais.sé tromper par les insinuations perfides de Custine, et il lui reprocha d’avoir écrit dans une lettre l'éloge de ce général. Alors Robespierre, avec trop peu
(I) Voy. le HnniteuT du ï."> juitlel 1793 et le Jmirnal des débuts et des décrets de ta f.onventiou, iiumi'-r» 3t0.
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