‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 271 sur 354 · LIVRE XV. UE SA l'ARTlCIPATIOX AUX AFFAIRES · texte numérisé non relu

LIVRE XV. UE SA l'ARTlCIPATIOX AUX AFFAIRES

est bien précieux ii enregistrer. Robespierre, en effet, va mourir en cette année 1794, fidèle !t ses principes de 1789 ; et ce ne sera pas sa moindre gloire que d’avoir défendu sous la Convention les vérités éternelles dont sous la Constituante il avait été le cbampion le plus assidu et le plus courageux (1). Il était bien près de voir se réaliser ses vœux les plus chers ; encore un pas, encore un effort, et le règne de la justice était inauguré, et la République était fondée. Mais il suffit de l’audace de quelques coquins et du coup de pistolet d’un misérable gendarme pour faire échouer la Révolution au port, et peut-être ajourner à un siècle son triomphe définitif.

Revenons îi la lutte engagée entre Robespierre et les membres les plus gangrenés de la Convention ; lutte n’est pas le mot, car de la part de ces derniers il n’y eut pas combat, il y eut guet-apens, je le maintiens. Nous en sommes restés à la fameuse séance des Jacobins où Robespierre avait dénoncé Fouché comme le plus vil et

(1 } ProudboD, qui, chaque fois que le nom de Robespierre tombe de sa plumo, déraisonne comme un véritable monomane, fait de Maximilien nn docirinaire de i830; et it prétend que ses idées, qui étaient celle» de i7dl , senrireot à la eonatitation du Directoire* Rien n'est curieux comme l'aplomb avec lequel ce négateur uniTcrsel parle des choses qu'il ignore le plus. Si, au contraire, principes s'éloignent de ceux auxquels Maximi* lien se sacrifia tout entier, ce sont ceux qui triomphèrent après Thermidor el que consacra, en les restreignant encore, la Révolution de 1830. Robespierre fut le premier qui, sous la Constituante, réclama l'admission de tous les citoyens aux droits politiques. S'il défendit la constitution de 1791, laquelle est, en définitive, une des meilleures que nous ayons eues, ce fut, ainsi qu’il eut soin de le dire lui-méme, contre la cour el contre l'aristocratie, et non point contre la Révolution, incarnée eu quelque sorte en sa personne. On l'a entendu, fidèle b ses convictions de 1789, redemander vivement, après le 10 août, l’abolition de l'absurde et inique division des citoyens en actifs et passifs. 11 appartiendra à la bourgeoisie thermidorienne de détruire l’œuvre de Robespierre, de rétablir les parias politiques, et à la bourgeoisie de 1830 de consacrer cette monstruosité. — On se ferait difficilement une idée de l’effroyable palhos qui règne dans les appréciations de Proudhon sur la Révolution française. Jamais auunt d’outrecuidance n'a été mise au service de tant d'ignorance. Voyez notamment la 4^ étude de l’Idéê générale de la Hévolution au XIX* siècle, où il ressasse contre Robespierre toutes les calomnies des écrivains thermidoriens et girondins. Proudhon présente la constitution de 1793 comme appelant le peuple à se gouverner lui-même et 'direrlement, 11 l'a mal lue, ou ne l'a pas comprise* Dans tous les cas, il est assez ridicule de faire de Maximilien un ennemi de cette constitution, que son esprit anime d'un bout k l’autre, il ût vrai que, pour faire pièce à Robespierre, Proudhon transforme en partisan du gouvernement direct Danton lui-méme, le grand ennemi des bébertistes, et qu’il confond avec les anarchistes, les enragés et les bébertistes qui lui sont chers. Il n'a oublié qu'une chose, c'est de nous dire sur quoi s’appuyait son opinion à cet égard.

le plus misérable des imposteurs. Maximilien savait très-bien que les quelques députés impurs dont il avait signalé la bassesse et les crimes à scs collègues du comité de Salut public promenaient la terreur dans toutes les parties de la Convention ; nous avons parlé déjà des listes de proscription habilement fabriquées et colportées par eux. Aussi Robespierre se tenait-il sur scs gardes, et, s’il attaquait résolûment les représentants véritablement coupables à ses yeux, il ne manquait pas l’occasion de parler en faveur de ceux qui avaient pu se tromper sans mauvaise intention. On l’entendit, à la séance du 1" thermidor (18 juillet 1794), aux Jacobins, défendre avec beaucoup de vivacité un député du Jura nommé Prost, accusé sans preuves d’avoir commis des vexations. Faisant allusion aux individus qui cherchaient à remplir la Convention de leurs propres inquiétudes pour conspirer impunément contre elle, il dit: « Ceux-là voudraient voir prodiguer des dénonciations hasardées contre les représentants du peuple exempts de reproches ou qui n’ont failli que par erreur, pour donner de la consistance à leur système de terreur. » Sans prétendre accuser les dénonciateurs de Prost de complicité dans les manœuvres des gens dont il parlait, il les engagea à distinguer les mesures dictées dans un moment d’erreur d’avec celles engendrées par une malice profonde. Prost n’avait pas, selon lui, le caractère d’un conspirateur ou d’un chef de parti. IL fallait se méfier, ajoutait-il, de la méchanceté de ces hommes qui voudraient accuser les plus purs citoyens ou traiter l’erreur comme le crime, « pour accréditer par là ce principe afl'reux et tyrannique inventé par les coupables, que dénoncer un représentant infidèle , c’est conspirer contrôla représentation nationale... Vous voyez entre quels écueils leur perfidie nous force à marcher, mais nous éviterons le naufrage. La Convention est pure en général ; elle est au-dessus de la crainte comme du crime ; elle n’a rien de commun avec une poignée de conjurés. Pour moi, quoi qu’il puisse arriver, je déclare aux contre-révolutionnaires qui ne veulent chercher leur salut que dans la ruine de la patrie qu’en dépit de toutes les trames dirigées contre moi, je continuerai de démasquer les traîtres et de défendre les oprimés (1). » On voit sur quel terrain les enragés pouvaient se rencontrer avec les ennemis de la Révolution , comme cela aura lieu au 9 Thermidor.

Cependant, en dépit de Robespierre, la Terreur continuait son mouvement ascensionnel. Écoutons-le lui-même s’en plaindre à la face de la République : « Partout les actes d’oppression avaient

\\) Yo;. U Uotiifeur du 6 thermidor juillet 1794}.

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