‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 273 sur 354 · LIVRE XV. — JOSEPH LE DOX ET MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — JOSEPH LE DOX ET MAXIMILIEN

flambeau et le glaive. Marchez toujours, citoyen collègue, sur la ligne révolutionnaire que vous suivez avec courage. Le comité applaudit à vos travaux. Signé « Billaud-Varenne, Carnot, Barère (1). » Lisez encore celte autre lettre’ à propos de la ligne de conduite suivie par Le Bon ; « Le comité de Salut public applaudit aux mesures que vous avez prises... Toutes ces mesures sont nonseulement permises, mais encore commandées par votre mission; rien ne doit faire obstacle à votre marche révolutionnaire. Abandonnez-vous à votre énergie; vos pouvoirs sont illimités... » Signé Bilfaud-Varenne, Carnot, Barère et Robert Lindet (2). Certes, je ne viens pas blémer ici les intentions du comité de Salut public; mais j’ai tenu à montrer combien Robespierre était resté en définitive étranger aux missions de Joseph Le Bon. Et quand on voit Carnot se retrancher piteusement et humblement derrière une excuse banale, quand on l’entend soutenir qu’il signait de complaisance et sans savoir, on ne peut s’empêcher de sourire de pitié. Carnot, dans tous les cas, jouait de malheur, car on chercherait vainement la signature de Robespierre au bas d’actes du comité de Salut public recommandant aux commissaires de la Convention de secouer, môme sur les traîtres, le flambeau et le glaive.

Ce n’est pas tout : lorsqu’on exécution du décret du 14 frimaire (4 décembre 1793), le comité de Salut public fut autorisé à modifier le personnel des envoyés conventionnels, Joseph Le Bon se trouva désigné pour les départements du Pas-de-Calais et du Nord. Par qui? par Billaud-Varenne, Barère, Collot d’Herbois et Carnot (3). Revenu à Paris au commencement de pluviôse sur une invitation pressante de Saint-Just et de Collot d’Herbois, il repartait au bout de quelques jours à peine, en vertu d’un arrêté ainsi conçu ; O Le comité de Salut public arrête que le citoyen Le Bon retournera dans le département du Pas-de-Calais, en qualité de représentant du peuple, pour y suivre les opérations déjà commencées ; il pourra les suivre dans les déparlemens environnans. Il est revêtu à cet effet des pouvoirs qu’ont les autres représentans du peuple. » Signé Barère, Collot d’Herbois et Carnot (4). » Je n’ai aucunement l’intention, je le répète, d’incriminer les signataires de ces divers arrêtés, ni de rechercher jusqu’à quel point Joseph ^e Bon dépassa, dans la répression des crimes contre-révo-

(1) Lettre en date du 26 brumaire an II (16 notembre 1793), Rapport de Saladin,

(2) Cette lettre eit également du mole de brumaire. Rapport de Saladin, p. 69.

(3) Arrêté en date du 9 nittSse an II (Î9 décembre 1793), Archives.

(4) Arrêté en data du 11 lenlése (!*' mare 1793], ArcAtvet, A F II, 58.

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lulionnaires, les bornes d’une juste sévérité ; seulement il importe de laisser à chacun la responsabilité de ses actes, et de montrer une fois de plus ce que valent les déclamations de tous ces écrivains qui persistent à attribuer à Robespierre ce qui fut l’œuvre commune du comité de Salut public, de la Convention nationale, de la France entière.

Il y avait à Arras un parti complètement opposé à. Joseph Le Bon , et dans lequel figuraient Buissart et quelques autres amis de Maximilien, ce qui explique la lettre de M™' Buissart à Robespierre. Mais une chose me rend infiniment suspecte la prétendue modération de ce parti : il avait pour chef de lile et pour inspirateur GutlVoy, l’horrible Guffroy, dont l’alfreux journal excita tant l’indignation de Maximilien. Quoi qu’il en soit, M"" Buissart accourut auprès de Robespierre, et vint loger sous le même toit, dans la maison de Duplay, où elle reçut la plus afl'ectueuse hospi-, talité. Elle profita de son influence sur Maximilien pour lui dépeindre sous les plus sombres couleurs la situation de sa ville natale. De son côté, le mari écrivait à son ami, à la date du 1 0 messidor (18 juillet 1794) : « N’accordez rien îi l’amitié, mais tout à la justice; ne me voyez pas ici, ne voyez que la chose publique, et peut-être vous-même, puisque vous la défendez si bien... » On comptait beaucoup alors à Arras sur la prochaine arrivée d’.\uguslin Robespierre, dont il avait été un moment question pour remplacer Joseph Le Bon. « Quand viendra Bon bon tant désiré? » ajoutait Buissart; « lui seul peut calmer les maux qui désolent votre patrie... (1) » On n’ignorait pas en effet comment dans ses missions Augustin avait su allier la sagesse, la modération à une inébranlable fermeté et à une énergie à toute épreuve. Trois jours après, Buissart écrivait encore, à .sa femme cette fois : « L’arrivée de Bon bon est l’espoir des vrais patriotes et la terreur de ceux qui osent les persécuter; il connaît trop bien les individus de la ville d'Arras pour ne pas rendre justice ù qui il appartient. Sa présence ne peut être suppléée par celle d’aucun autre. Il faut donc qu’il vienne à Arras pour rendre la paix et le calme aux vrais patriotes... Embrassez-le pour moi, jusqu’il ce que je puisse le faire moi-même; rendez-moi le même service auprès de Maximilien (2)... » Mais Augustin n’était pas

( l ) Cette lettre, suprimée par Courtois, et dont nous a?otts rorigina) sous les yeux, a été insérée dans les Papiers inédits. t p. i47.

(2) Papiers inédits.,.^ l. p, î"»0. Celle lelire porte eu suscripUon : « A la ci* loyenne Buissart, chez M. Robespierre, rue Saint-Honoré, à Paris. » — Telle fui la terreur qui, après le 9 Thermidor, courba toutes les consciences, que les plus chers amis de Maximilien ne reculèrent pas devant une apostasie sanglante. Au bas d’une adresa

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