‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 274 sur 354 · LIVRE XV. — CITOYENS D’aRR.VS S.VL'VÉS PAH LCl · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CITOYENS D’aRR.VS S.VL'VÉS PAH LCl

homme h quitter Paris à l'heure où déjà il voyait prêt à éclater l'orage amassé contre son frère.

Cependant Robespierre, ému des plaintes de ses amis, essaya d’obtenir du comité de Salut public le rappel de Le Bon, s’il faut s’en rapporter au propre aveu de celui-ci, qui plus tard rappela qu’en messidor sa conduite avait été l’objet d’une accusation violente de la part de Maximilien (1). Mais que pouvait alors Robespierre sur ses collègues? Le comité de Salut public disculpa Joseph Le Bon en pleine Convention par la bouche de Barère, et l’Assemblée écarta par un ordre du jour dédaigneux les réclamations auxquelles avaient donné lieu les opérations de ce représentant dans le dépai^ temcrit du Pa.s-de-Calais (2). Toutefois, le 6 thermidor, Robespierre fut assez heureux pour faire mettre en liberté un certain nombre de ses compatriote.s, incarcérés par les ordres du proconsul d’Arras, entre autres les citoyens Deraeulier et Beugniet, les frères Le Blond et leurs femmes. Ils arrivèrent dans leur pays le cœur plein de reconnaissance, et en béni.ssant leur .sauveur, juste au moment où y parvenait la nouvelle de l’arrestation de Maximilien ; aussi il faillit leur en coûter cher pour avoir, dans un .sentiment de gratitude, prononcé avec éloge le nom de Robespierre (3).

Quand , victime des passions contre-révolutionnaires, Joseph Le Bon comparut devant la cour d'assises d’Amiens, où du moins l’énergie de son attitude et la franchise de .ses réponses contrastèrent singulièrement avec l'hypocrisie de ses accusateurs, il répondit à ceux qui prétendaient, selon la mode du jour, voir en lui un agent, une créature de Robespierre : « Qu’on ne croie point que ce fût pour faire sortir les détenus et pour anéantir les échafauds qu’on le

de la commune d'Arras k la ConventioD, adresse dirigée contre Joseph Le Bon, et dans laquelle Robespierre a Cromwell > est assimilé k Tibère, k Néron et k Caligula, on Toit figurer, non sans en être attristé, la signainre de Buissart. (Voir le Moniteur du ÎT thermidor an II (11 août nU*!. Ceux qu'on aurait crus les plus fermes payèrent du reste ce tribut k la lâcheté humaine. Citons, parmi tant d'autres, l'héroïque Duquesnoy lui-méme, lequel, dans une lettre adressée k ses concitoyens d'Arras et de Bétbunek la date du 16 fructidor (12 septembre 1794), pour se défendre d'aroir été te complice de Haiimilien, jeta l'insulte aux vaincus ; acte de faiblesse que d'ailleurs il racheta amplement en prairial an lii, quand il tomba sous les coups de la réaction. • Ménage-toi pour la patrie, elle a besoin d'un défenseur tel que loi, » écrivait-il k Robespierre on floréal. (Lettre inédite de la collection Portiez [de l'Oise]. •

(1) Séance de la Convention du 15 thermidor (2 août 1894), Moniltur du 18 thermidor.

(2) Séance de la Convention du 21 messidor (9 juillet 1794), Moniteur du 22 messidor.

(3) Ceci, tiré d'un pamphlet de Guffroy intitulé ; let Secrets de Joseph le non et de ses complices, deuriime censure répuHicaine, in-8« de 474 p., an III, p 167.

proscrivit; non, non; qu’on lise son discours du 8 à la Convention et celui que Robespierre jeune prononça la veille aux Jacobins, on verra clairement qu'il provoquait lui-même l’ouverture des prisons et qu’il s’élevait contre la multitude des victimes que l’on faisait et que l’on voulait faire encore (1)... » Et l'accusation ne trouva pas un mot à répondre. « Qu’on ne s’imagine point, » ajouta Le Bon, « que le renversement de Robespierre a été opéré pour ouvrir les prisons; hélas! non; ç’a été simplement pour sauver la tête de quelques fripons (2). ■» L’accusation demeura muette encore. Ces paroles, prononcées aux portes de la tombe, en face de l'échafaud, par un homme dont l’intérêt au contraire eût été de charger la mémoire de Maximilien, comme tant d’autres le faisaient alors, sont l’indiscutable vérité. Il faut être d’une bien grande naïveté ou d’une insigne mauvaise foi pour oser prétendre que la catastrophe du 9 Thermidor fut le signal du réveil de la justice. Quelle ironie sanglante !

Que Robespierre ait été déterminé à mettre fin aux actes d'oppression inutilement et indistinctement prodigués sur tous les points de la République, qu’il ait été résolu à subordonner la sévérité nationale à la stricte justice, en évitant toutefois de rendre courage h la réaction, toujours prête à profiter des moindres défaillances du parti démocratique; qu'il ait voulu enfin, suivant sa propre expression, arrêter l’effusion de sang humain versé par le crime, c’est ce qui est hors de doute pour quiconque a étudié aux vraies sources, de sang froid et d’un esprit impartial, l’histoire de la Révolution française. La chose était assez peu aisée puisqu’il périt en essayant de l’exécuter. Or l’homme qui est mort à la peine dans une telle entreprise mériterait par cela seul le respect et l’admiration de la postérité.

De son ferme dessein d’en finir avec les excès sous lesquels la Révolution lui paraissait en danger de périr, il reste des preuves de plus d’un genre, malgré tout le soin apporté par les Thermidoriens à détruire les documents de nature à établir cette incontestable vérité. Use plaignait qu’on prodiguAt les accusations injustes pour trouver partout des coupables. Une lettre du littérateur Aignan, qui alors

(I) PTOcit de JmephLe Bon, p. U7, H8.

(i) Ibid., p. 167.

Digiti. ■ : by GoO'ilt

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