LIVRE XV. — LE VÉRITABLE SENTIMENT POPULAIRE
la liberté; tn apprends aux Français, par les vertus de ton cœur et l’empire de ta raison, à vaincre ou mourir pour la liberté et la vertu..., » lui écrivait l’un (1). " Vous respirez encore, pour le bonheur de votre pays, en dépit des scélérats et des traîtres qui avoieiit juré votre perte. Grâces immortelles en soient rendues à l’Être suprême... Puissent ces sentimens. qui ne sont que l’expression d’un coeur pénétré de reconnaissance pour vos bienfaits, me mériter quelque part îi votre estime. Sans vous je périssois victime de la plus affreuse persécution (2)..., » écrivait un autre. Un citoyen de Tours' lui déclare que, pénétré d’admiration pour ses talents, il est prêt à verser tout son sang plutôt que de voir porter atteinte à sa réputation (3). ün soldat du nom de Brincourt, en réclamant l’honneur de verser son sang pour la patrie, s’adresse à lui en ces termes : « Fondateur de la République, ô vous incorruptible Robespierre, qui couvrez son berceau de l’égide de votre éloquence (-t)!... » Vers lui, avons-nous dit déjà, s’élevaient les plaintes d’une foule de malheureux et d’opprimés, plaintes qui retentissaient d’autant plus douloureusement à son oreille que la plupart du temps il était dans l’impuissance d’y faire droit. « Républicain vertueux et intègre, » lui mandait de Saint-Omer, à la date du 2 messidor, un ancien commissaire des guerres destitué par le représentant Florent Guyot, « permets qu’un citoyen pénétré de tes sublimes principes et i-empli de la lecture de tes illustres écrits, où respirent le patriotisme le plus pur, la morale la plus touchante et la plus profonde, vienne à ton tribunal réclamer la justice, qui fut toujours la vertu innée de ton âme. .. Je fais reposer le succès de ma demande sur ton
/ LelU'c Ue licbSuu, dû Mauu»i(UVf eu ü«ilc du piuti'iaj , Ciléc »0U5 ie u" 1 , d U suite du rapport de Courtois. Vide tuprù,
(S) Lettre de Uugon jeune, de Vesoul, le il prairial; citée à la suite du rapport sons le IV. L’iioiinéte Courtois a eu soin de supprimer le dernier membre de phrase. Mous l’avous rétabli d’après Poriginal conservé aui Archivée^ et en marge duquel on lit de la main de Courtois : Flagorneries. Yoy. Archives, K T, 4436. liasse X.
Nous avons déjà parlé des services nombreax rendus par Robespierre à un certain nombre de personnes. Voici un fait qui nous a été affirmé, et que nous publions sous toutes réserves ne pouvant en établir rauihenticité. Un jour que Maximilien se pro-> menait dans la forêt de Montmorency avec un révolutionnaire tiès-ardeut, il rencontra Bosc, l'ancien administrateur des postes sous Roland, dont Robespierre avait eu tort à se plaindre personnellementt et qui , réduit à se cacher, était venu rberclier un asile dans les environs de Montmorency. — « Mais, c*est Bosc, » dit à Maximilien son couipagnun de promenade, « il faut le faire arrêter. » — a Non, i> dit Robespierre, qui avait parfaitement reconnu Tami de Roland, «c il s été guillotiné ces jours-ci. » — El à la faveur de ce complaisant mensonge Bosc put s’éloigner tranquilieioent et regagner sa retraite.
(3) Lettre en date du 28 germinal , citée par extrait à la suite du rapport de Courtois sous le O" VII. L’original est aux Archives, P 7, 4436, liasse R.
(4j Lettre de Sedan en date du 19 août 1793, citée par Courtois sous le VIII.
HISTOIRE DK IIOBESI'IERRE
équité, qui fut toujours la base de toutes tes actions... (1). » Et le citoyen Carpot ; « Je regrette de n'avoir pu vous entretenir quelques instants. Il me semble que je laisse échapper par là un moyeu d'abréger la captivité des personnes qui m’intéressent (2). » Un littérateur du nom de Félix, qui depuis quatre ans vivait en philosophe dans un ermitage au pied des Alpes, d'où il s'associait par le coeur aux destinées de la Révolution, étant venu à Paris au mois d'août 1793, écrit à Robespierre afin de lui demander la faveur d’un entretien, tant sa conduite et ses discours lui avaient inspiré d'estime et d'affection pour sa personne; et il lui garantit d’avance « la plus douce récompense au cœur de l’homme de bien, sa propre estime, et celle de tous les gens vertueux et éclairés (3). » Aux yeux des uns, c'est l’apôtre de l’humanité, l’homme sensible, humain et bienfaisant par excellence, « réputation », lui dit-on, « sur laquelle vos ennemis mêmes n’élévent pas le plus petit doute (4); » aux yeux des autres, c’est le messie promis par l’Éternel pour réformer toutes choses (5). Un citoyen de Toulouse ne peut s’empêcher de témoigner à Robespierre toute la joie qu’il a ressentie en apprenant qu'il y avait entre eux une ressemblance frappante. Il rougit seulement de ne ressembler que par le physique au régénérateur et au bienfaiteur de sa patrie (G). Maximilien est regardé comme la pierre angulaire de l’édifice constitutionnel, comme le flambeau, la colonne de la République (7). « Tous les braves Français sentent avec moi de quel prix sont vos infatigables efforts pour assurer la liberté, en vous criant par mon organe : Béni soit Robespierre ! » lui écrit le citoyen Jamgon (8). « L’estime que j’avois pour toi dès l’Assem-
(1) Lcilre cilé« à la snil« du rapport de Coartois tous le IX. Le dernier xuenibre de phrase a été supprimé par Courtois.
(2) Lettre omise par Courtois, proTeuant de la précieuse collection Beuchot, que le sarant conaerrateur de la bibliothèque du Louvre, M. Barbier, a bien voulu mettre a notre disposition.
(3) Lettre citée par Courtois sous le n* X. Pour l'honneur de l'humanité, nous aimons b croire qu'il n'j a qu'une ressemblance de nom entre le signataire de cette lettre, Louis-Auguste Félix, et un sieur Félix qui, après Thermidor, publia sons le titre de la Dictature renversée une lèche diatribe contre Robespierre.
(4) Lettre de Vaquier, ancien inspecteur des droits rétervit^ insérée par Courtois sous le n'^ XI et déjb citée par nous. Vide tuprà»
(5) Lettre du citoyen Chauvet, ancien capitaine-commandant de la compagnie des véiéraus de Château-Thierry, en date du 30 prairial , déjà citée. De cette lettre trèslongue d'un jeune homme de quaire-vingt-tept ont, lettre dont l'original est aux ArcAsoei, Courtois n’a cité qu'une vingtaine de lignes, n* XII.
(6) Lettre en date du 32 messidor, tronquée et altérée par Courtois, sous 1eo<> XIII.
(7) Lettre de Dathé, ancien maire de Yermanton, en Bourgogne, et de Picard, citées sous le XV à la suite du rapport de Courtois.
(8) Lcllrc citée par Courtois sous le n® XXIV. Vide suprà.