‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 288 sur 354 · LIVRE XV. — LE VÉRITABLE SENTIMENT POPULAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — LE VÉRITABLE SENTIMENT POPULAIRE

blée constituante, » lui mande Borel l'aîné, « me fit te placer au ciel à cdté d'Andromède dans un projet de monument sidéral... (1). »

Et Courtois ne peut s’empêcher de s’écrier dans son rapport ;

< C’étoit à qui enivreroit l'idole... Partout même prostitution d’encens, de vœux et d’hommages; partout on verseroit son sang pour sauver ses jours (2). » Le misérable rapporteur se console, il est vrai, en ajoutant que si la peste avait des emplois et des trésors à distribuer, elle aurait aussi ses courtisans (3). Mais les courtisans et les rois, c’est l’exception, et les hommages des courtisans ne sont jamais désintéressés. Robespierre, lui , d’ailleurs, n’avait ni emplois ni trésors à distribuer. On connaît sa belle réponse à ceux qui, pour le déconsidérer, allaient le présentant comme revêtu d’une dictature personnelle : « Ils m'appellent tyran! Si je l’étais, ils ramperaient à mes pieds, je les gorgerais d’or, je leur assurerais le droit de commettre tous les crimes, et ils seraient reconnaissants... (4). > Nous pourrions multiplier les citations de ces lettres, dont le nombre * était presque infini, du propre aveu de Courtois (5), avons-nous dit, et Courtois s’est bien gardé, comme on pense, de publier les plus concluantes en faveur de Robespierre (6). Or, comme contre-poids à ces témoignages éclatants, comme contre-partie de ce concert d’enthousiasme, qu’a trouvé Courtois à offrir à la postérité? quelques tnisérables lettres anonymes, les unes ineptes, les autres ordurières, œuvres de bassesse et de lâcheté dont nous aurons à dire un mot, et que tout homme de cœur ne saurait s’empêcher de fouler aux pieds avec dédain.

On sait maintenant, à ne s’y pas méprendre, quelle était l’opinion publique à l’égard de Robespierre. Le véritable sentiment populaire pour sa personne, c’était de l’idolâtrie, comme l’impur Guffroy se trouva obligé de l’avouer lui-même (7). Ce sentiment, il ressort des lettres dont nous avons donné des extraits assez signi-

(1) Lettre en date du 15 floréal an II, citée par Courtois sous le n° XXIV.

(2) Rapport de Courtois , p. 9 et 10.

(3) Ibid., p. 12.

(4) Discours du 8 thermidor, p. 16.

(5) Rapport de Courtois, p. 103.

(6) Nous arons déjh dit l'indigne trafic qu'a fait Courtois des innombiables lettres trouTées chez Robespierre.

(T) Lettre de Guffro; b ses concitoyens d'Arras, écrite de Paris le 29 thermidor an II (16 août 1793).

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ticatifs; il ressort de ces lettres des Girondins sauvés par Robespierre, lettres que nous avons révélées et qui reviennent au jour pour déposer comme d’irrécusables témoins; ce sentiment, il ressort enfin des aveux involontaires des Thermidoriens.

D'après Billaud-Varcnne, dont l’autorité a ici tant de poids, Maximilien était considéré dans l’opinion comme l’être le plus essentiel de la République (t). De leur côté, les membres des deux anciens comités ont avoué que, quelque prévention qu'on eût, on ne pouvait se dissimuler quel était l’état des esprits à cette époque, et

Sue la popularité de Robe.spierre dépassait toutes les bornes (2).

coûtons maintenant Billaud-Varenne, atteint à son tour par la réaction et se débattant sous l’accusation de n’avoir pas dénoncé plus tôt la tyrannie de Robespierre : « Sous quels rapports eût-il pu paraître coupable? S’il n’eût pas manifesté l’intention de frapper, de dissoudre, d’exterminer la représentation nationale, si l’on n’eût ' pas eu à lui reprocher jusqu’à sa popularité même..., popularité si énorme qu’elle eût suffi pour le rendre suspect et trop dangereux dans un Etat libre, en un mot s’il ne se fût point créé une puissance monstrueuse tout aussi indépendante du comité de Salut public que de la Convention nationale elle-même, Robespierre ne se seroit pas montré sous les traits odieux de la tyrannie, et tout ami de la liberté lui eût conservé son estime (3). » Et plus loin : « Nous demanderat-on, comme on l’a déjà fait, pourquoi nous avons laissé prendre tant d’empire h Robespierre?... Oublie-t-on que dès l’Assemblée constituante il jouissoit déjà d’une immense popularité et qu'il obtint le titre d’incorruptible? Oublie-t-on que pendant l’Assemblée législative sa popularité ne fit que s’accroître...? Oublie-t-on que dans la Convention nationale Robespierre se trouva bientôt le seul qui, fixant sur sa personne tous les regards, acquit tant de confiance qu’elle le rendit prépondérant, de sorte que lorsqu’il est arrivé au comité de Salut public, il étoit déjà l’être le plus important de la France? Si l’on me deraandoit comment il avoit réussi à prendre tant d’a.scendant sur l’opinion publique, je répondrais que c’esl <■« affichant les vertus les plus austères, le dévouement le plus absolu, LES PRINCIPES LES PLUS PURS (4). Otez de ce morceau ce double mensonge thermidorien , à savoir l’accusation d’avoir eu l’in-

(1) Répoiue de J. -y. Billaud à Lecointre, p. 35.

(3) Ripotue des atuHetu membres des deux comilis aux imputations de L. Lecointre, p. 19.

(3) Mémoire de Billaud-Vareiine coDsenrûaux Archives, F 7, 4379*, p. 5 du manuaerit.

(4) /bid., p. 13 et 13.

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