‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 291 sur 354 · LIVRE XV. — cm U'iNOICMATIOX · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — cm U'iNOICMATIOX

cherchû à rendre les institutions révolutionnaires odieuses par les excès (1).

Le 3 thermidor, Robespierre, qui depuis un mois avait refusé d'approuver toutes les listes de détenus renvoyés devant le tribunal révolutionnaire, en signa une de 1 38 noms appartenant à des personnes dont la culpabilité sans doute ne lui avait pas paru douteuse ; mais le lendemain il repoussait, indigné, une autre liste de trois centdix-huit détenus offerte à sa signature (3], et trois jours plus tard, comme nous l’avons dit déjà, il refusait encore de participer h un arrêté rendu par les comités de Salut public et de Sûreté générale réunis, arrêté instituant, en vertu d’un décret rendu le 4 ventôse, quatre commissions populaires chargées de juger promptement les ennemis du peuple détenus dans toute l’étendue de la République, et auquel s'associèrent cependant scs amis Saint-Just et Couthon (3). En revanche, comme nous l'avons dit aussi, il avait écrit de sa main et signé l’ordre d'arrestation d'un nommé Lépine , administrateur des travaux publics, lequel avait abusé de sa position pour se faire adjuger à vil prix des biens nationaux (4). A son sens, on allait beaucoup trop vite, et surtout beaucoup trop- légèrement en besogne, comme le prouvent d’une façon irréfragable ces paroles tombées de sa bouche dans la séance du 8 thermidor, et déjà citées en partie : « Partout les actes d'oppression avaient été multipliés pour étendre le système de terreur... Est-ce nous qui avons plongé dans les cachots les patriotes et porté la terreur dans toutes les conditions? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Est-ce nous qui, oubliant les crimes de l’aristocratie et protégeant les traîtres, avons déclaré la guerre aux citoyens paisibles, érigé en crimes ou des préjugés incurables ou des choses indifférentes, pour trouver partout des coupables et rendre la Révolution redoutable au peuple même? Ce sont les monstres que nous avous accusés. Est-ce nous qui, recherchant des opinions

(1) Ditcoar» du 8 thermidor, p. 19.

(2) Les aignauiires de cette liste sont : « Vadier, Voulland, Ëlie Lacoste, Collot d'Herbois, Barère, Ruhl, Amar, C.-A. Brieur, Billaud-Varenne. » Archiva, F 7, 4436, Rapport de Saladin, p. 142 et 254.

(3} Arrête signé : Barère, Uubarran, C.-A. Prieur, Louis (du Bas-Rbin), Lavicomterie, Collot d'Herbois, Carnot, Cuutbon, Robert Lindet, Saint-Just, Billaud-Varenne, TouIIand, Vadier, Amar, Hopse Bajle (cité dans Fit ùtotre parlementaire, l. XWIII, p. 393).

(4) Arrêté en date du 26 messidor, signé : Robespierre, Carnot, Collot d'Herbois, Barère, Coutbon, BiUaud-Varenue , C.-A. Prieur, Robert Lindet (ArcAinei, F 7, 4437). Fide ruprd.

anciennes, fruit de l’obsession des traîtres, avons promené le glaive sur la plus grande partie de la Convention nationale, demandions dans les sociétés populaires les têtes de six cents représentants du peuple? Ce sont les monstres que nous avons accusés... (1). » Billaud-Varenne ne put pardonner à Robespierre de vouloir supprimer la Terreur en tant que Terreur, et la réduire à ne s’exercer, sous forme de justice sévère, que contre les seuls ennemis actifs de la Révolution. Aussi fut-ce sur Billaud que, dans une séance du conseils des Anciens, Carat rejeta toute la responsabilité des exécutions sanglantes faites pendant la durée du comité de Salut public (2). Cependant, comme averti par sa conscience, il hésita longtemps avant de se rendre aux invitations pressantes de ses collègues du comité de Sûreté générale, acquis presque tous à la conjuration. Saint-Just, dans son dernier discours, a très-bien dépeint les anxiétés et les doutes de ce patriote aveuglé. « Il devenait hardi dans les moments où, ayant excité les passions, on paraissait écouter ses conseils, mais son dernier mot expirait toujours sur ses lèvres : il appelait tel homme absent Pisistrate ; aujourd’hui présent, il était son’ami; il était silencieux, pâle, l’œil fixe, arrangeant ses traits altérés. La vérité n’a point ce caractère ni cette politique (3). » Un Montagnard austère et dévoué. Ingrand, député de la Vienne à la Convention, alors en mission, étant venu à Paris vers cette époque, alla voir Billaud-Varenne. « Il se passe ici des choses fort importantes, » lui dit ce dernier; « va trouver Ruamps, il t’informera de tout. » Billaud eut comme une sorte de honte de faire lui-même la confidence du noir complot.

Ingrand courut chez Ruamps, qui le mit au courant des machinations ourdies contre Robespierre, en l’engageant vivement à se joindre aux conjurés. Saisi d’un sombre pressentiment. Ingrand refusa non-seulement d’entrer dans la conjuration, mais il s’efforça de persuader ù Ruamps d’en sortir, lui en décrivant d’avance les conséquences funestes, et l’assurant qu’une attaque contre Robespierre, si elle était suivie de succès, entraînerait infailliblement la perle de la République (3). Puis il repartit, le cœur serré et plein

(1) Discours du 8 thermidor, p. 10, 7 et 8.

(S) Séance du 14 thermidor an VIII (!*'' aoiU 1799). Moniteur du 30 thermidor.

(3) Discours du 9 thermidor.

(4) Ces détails ont été fournis aux auteurs de VHUtoire parlementaire par Buonaroii, qui les tenait d'ingrand lui-méme. Membre du conseil des Anciens jusqu'en 1797, ln> grand entra vers cette époque dans radmioistraiion forestière et cessa de s’occuper de politique. Proscrit en 1816 , comme régicide, il se relira à Bruxelles, y vécut pauvre, souffrant stoïquement comme un vieux républicain, et revint mourir en France, après la Révolution de 1830, fidèle aux convictions de sa jeunesse.

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