‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 298 sur 354 · LIVRE XV. — LE GÉ-XÉRAL HANRIOT · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — LE GÉ-XÉRAL HANRIOT

ricateur, pour avoir manqué à ce qui est respectable, gardera les arrêts jusqu'à nouvel ordre (1). » Quand je passe maintenant au coin de la rue Saint-Martin , à l’angle de la vieille église Saint- Méry qui, dans ce quartier transformé, est restée presque seule comme un témoin de l’acte de brutalité si sévèrement puni par le général de la garde nationale, je ne puis m’empêcher de songer à cet Hanriot dont la réaction nous a laissé un portrait si défiguré.

Aux approches du 9 Thermidor ses conseils deviennent en quelque sorte plus paternels. Il conjure les femmes qui, par trop d’impatience à la porte des fournisseurs, causaient du trouble dans la ville, de se montrer sages et dignes d’elles-mêmes. « Souvenezvous que vous êtes la moitié de la société et que vous nous devez un exemple que les hommes sensibles ont droit d’attendre de vous (2). » Le 3 thermidor il invitait encore les canonniers à donner partout le bon exemple : « La patrie, qui aime et veille sur tous ses enfans, proscrit de notre sein la haine et la discorde... Faisons notre service d'une manière utile et agréable à la grande famille ; fraternisons, et aimons tous ceux qui aiment et défendent la chose publique (3). » Voilà pourtant l’homme qu’avec leur effronterie ordinaire les Thermidoriens nous ont présenté comme ayant été jeté ivre-raort par Coffinhal dans un égout de l’Hôtel de ville.

Ces citations, que nous aurions pu multiplier à l’infini, témoignent assez clairement de l’esprit d’ordre, de la sagesse et de la modération du général Hanriot; car ces ordres du jour, superbes parfois d’honnêteté naïve, et révélés' pour la première fois, c’est l’histoire prise sur le fait, écrite par un homme de creur et sans souci de l’opinion du lendemain. En embrassant , dans la journée du 9 Thermidor, la cause des proscrits, Hanriot, comme Dumas et Coffinhal, comme Payan et Fleuriot-Lescot, ne fit que céder à l’ascendant de la vertu. Si vingt-quatre heures d’avance seulement Robespierre avait eu l’idée de s’entendre avec ces hauts fonctionnaires , si aux formidables intrigues nouées depuis si longtemps contre lui il avait opposé les plus simples mesures de prudence, s’il avait prévenu d’un mot quelques membres influents de la commune et des sections , s’il avait enfin pris soin d’éclairer sur les sinistres projets de ses adversaires la foule immense de ses admirateurs et de ses amis inconnus, la victoire lui était assurée ; mais en

(1) Ordre du jour en dote du 27 floréal (16 mai 1794).

(2) Ibid, du 22 messidor (10 juillet 1794).

(3) Ibid, du 3 thermidor (21 juillet 1794). Les ordres du jour du général Hanriot se troureut en minutes aux Ankittt, oü nous les arons relerés. Un certain nombre ont été publiés à l'époque dans le Moniteur et les journaux du temps.

dehors de la Convention il n’y avait pas de salut à ses yeux ; l'Assemblée c'était l’arche sainte; plutôt que d’y porter la main, il aurait offert sa poitrine aux poignards. Pour triompher de ses ennemis, il crut qu’il lui suffirait d’un discours, et il se présenta sans autre arme sur le champ de bataille, confiant dans son bon droit et dans les sentiments de justice et d’équité de la Convention. Fatale illusion, mais noble croyance , dont sa mémoire restera éternellement honorée.

D’ailleurs il ne put se persuader, j’imagine, que ses collègues du comité de Salut public l’abandonneraient si aisément à la rage de ses ennemis. Mais il comptait sans les jaloux et les envieux à qui sOn immense popularité portait ombrage. La persistance de Maximilien à ne point s’associer à une foule d’actes qu’il considérait comme tyranniques, et à ne pas prendre part, quoique présent, aux délibérations du comité, exaspéra certainement quelques-uns doses collègues, surtout Billaud. Ce dernier lui reprochait d’être le tyran de l’opinion, à cause de ses succès de tribune. Singulier reproche qui fit dire é Saint-Just : « Est-il un triomphe plus désintéressé? Caton aurait chassé de Rome le mauvais citoyen qui eût appelé l’éloquence dans la tribune aux harangues le tyran de l’opinion (t). » Son empire, ajoute-t-il excellemment, se donne à la raison et ne ressemble guère au pouvoir des gouvernements. Mais Billaud- Varenne etCollot d’Herbois, forts de l’appui de Carnot, avaient pour ainsi dire accaparé à cette époque l’exercice du pouvoir (2) ; ils ne se souciaient nullement de voir la puissance du gouvernement contre-balancée par celle de l’opinion.

Cependant diverses tentatives de rapprochement eurent lieu dans les premiers jours de thermidor, non-seulement entre les membres du comité de Salut public, mais encore entre les membres des deux comités réunis. On s’assembla une première fois le 4. Ce jour-là l’entente parut probable, puisqu’on chargea Saint-Justde présenter à la Convention un rapport sur la situation générale de la République, Saint-Just dont l’amitié et le dévouement pour Robespierre n’étaient ignorés de personne. L’âpre et fier jeune homme ne déguisa ni sa pensée ni ses intentions. Il promit de dire tout ce que sa pro-

(1) Discours du 9 Tbermidor.

(2) • Vous STCz coDflé le goaTemement à douze personues, il s'est tronsd en effet, le denier mois, entre les raiins de deux on trois. » (Ssint-Jutt, discoars du 9 Thermidor.)

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