LIVRE XV. — SÉANCE DES COMITÉS LES 4 ET .S THEIIMIDOR
bité lui suggérerait pour le bien de la patrie, rien de plus, rien de moins, et il ajouta : « Tout ce qui ne ressemblera pas au pur amour du peuple et de la liberté aura ma haine (1). » Ces paroles donné- ■ renl sans doute à réfléchir à ceux qui ne le voyaient pas sans regret chargé de prendre la parole au nom des comités devant la Convention nationale. Billaud-Varenne ne dissimula même pas son dessein de rédiger l'acte d'accusation de Maximilien (â).
Le lendemain on se rassembla de nouveau. Les membres des anciens comités ont prétendu que ce joui^là Robespierre avait été cité devant eux pour s'expliquer sur les conspirations dont il parlait sans cesse vaguement aux Jacobins, sur les motifs de son absence du comité depuis quatre décades et sur ses liaisons avec des juges et jurés qui ne parlaient que d'épurer la Convention, et qu'ils se vantaient d'avoir fait arrêter sur-le-champ (3). Il ne faut pas beaucoup de perspicacité pour découvrir la fourberie cachée sous cette déclaration intéressée. D'abord il n'y avait pas lieu de citer Robespierre devant les comités, puisque, du propre aveu de ses accusateurs, il n'avait encore accompli aucun de ces actes ostensibles et nécessaires « pour démontrer une conjuration à l'opinion publique abusée (4). » — Cet acte ostensible et nécessaire ce fut, comme l’ont dit eux-mêmes ses assassins , son discours du 8 thermidor. — Seconde-
(t) Discours du 9 Tbermidor.
(2) Ibid.
(3) Réponse des membres des deux anciens comités aux impuictiont de Laurent Lecointre, p. 7. Ces membres font allusion ici au juré Vilate et au juge NauliUf arrêtés Tuo et Tautre quelque temps avant le 9 Thermidor sur la dénonciation de Billaud' Vareone. « C’est sur ta dénonciation , mon cher Billaud, que le comité de Sûreté géiié' raie m'a fait mettre en arrestation. Elle porte que je suis complice de Naulin, je n’ui jamais parlé h Naulin. » (Lettre de Vilate à Billaud-Varenne. De la Force, le 17 thermidor.) Archites^ F 7, 4579 Créature de Barère» le juré Vilate se conduisit après Thermidor avec une l&cheté qui , ainsi que nous l'avons dit déjà, ne l'empêcha pas d*étre guillotiné par la réaction. Quant à Naulin, impliqué dans le procès de Fouquier- Tinvillc, il fut acquitté sur le témoignage des persounes les plus honorables, qui se plurent à rendre hommage h l'esprit de justice et aux sentiments d'humanité qu'il avait toujours apportés dans l'exercice de ses fonctions.
(4) Réponse deJ.’N. Billaud à Laurent LecointrCf p. 89. M. Michelet trouve moyen de lurencbérir sur les allégations inadmissibles des membres des deux anciens comités. Il raconte que le soir du 5 thermidor, le comité, non ruAr étonnement, t>U arriver Robespierre. Et que voulait-il? se demande réminent écrivain; les tromper? gagner du temps jittfgu'au retour de Sainl-Just^ Il ne le croit pas, et c'est bien heureux; mai'i s'il avait étudié avant d écrire, il se serait aperçu que Robespierre n'avait pas h gagner du temps jusqu'au retour de Saint Just, puisque ce représentant était de retour depuis le 10 messidor, c'est<à dire depuis plus de trois semaines, et que dans son dernier discours il a raconté lui-méme avec des détails qu'on ne trouve nulle part ailleurs cette séance du 5 thermidor, où U joua un rôle si important. (Voy. VHistoire de la Révolution, par M. Michelet, u Vil, p.,428.)
ment, l’absence de Robespierre a 6té, comme nous l’avons prouvé, une absence toute morale; de sa personne il était là; donc il était parfaitement inutile de le mander, quand chaque jour on se trouvait face à face avec lui.
La vérité est que le S thermidor il consentit à une explication. Cette explication, que fut-elle? Il est impossible d’admettre tous les contes en l’air débités là-dessus par les uns et par les autres. Les anciens membres des comités ont gardé à cet égard un silence prudent (1 ). Seul, Billaud-Varenne en a dit quelques mots. A l’en croire, Robespiei re serait devenu lui-méme accusateur, aurait désigné nominativement les victimes qu’il voulait immoler, et surtout aurait reproché aux deux comités l’inexécution du décret ordonnant l’organisation de six commissions populaires pour juger les détenus (2). Sur ce dernier point nous prenons Billaud en flagrant délit de mensonge, car dès le 3 thermidor quatre de ces commissions étaient organisées par un arrêté auquel Robespierre , ainsi qu’on l’a vu plus haut, avait, quoique présent au comité, refusé sa signature. Quant aux membres dénoncés par Roljespierre à ses collègues des comités pour leurs crimes et leurs prévarications, quels étaientils? Billaud-Varenne s’est abstenu de révéler leurs noms, et c’est infiniment fâcheux : on eût coppé court ainsi aux exagérations de quelques écrivains qui, feignant d’ajouter foi aux récits mensongers de certains conjurés thermidoriens, se sont complus à porter jusqu’à dix-huit et jusqu’à trente le chilîre des Conventionnels menacés. Le nombre des coupables n'était pas si grand; rappelons que d’après les déclarations assez précises de Coutbon et de Saint- Just, il ne s’élevait pas à plus de quatre ou cinq, parmi lesquels, sans crainte de se tromper, on peut ranger Fouché, Tallien et Rovère. a Robespierre s’est déclaré le ferme appui de la Convention, » a écrit Saint-Just, a il n’a jamais parlé dans le comité qu’avec ménagement de porter atteinte à aucun de ses membres (3). » C’est encore au discours de Saint-Just qu’il faut recourir pour savoir à peu près au juste ce qui s’est passé le 5 thermidor dans la séance des deux comitéis.
Pour un double motif, ses affirmations ont une importance et un poids immcn.ses : premièrement, il les avait écrites en vue de les prononcer devant la Convention, et il ne se fût pas exposé à recevoir en pleine Assemblée un démenti sanglant; secondement, elles n’ont
(1) Hépome da membru du deux anciens comiléi, p. 7 et 61. Dtrère n'a paa été plus explicite dans ses Obserttlions sur le rapport de Saladin.
(2) Réponse de J ,-H . Billaud à Laurent Lecointre, p. 89.
(3) Discours du 9 Thermidor.