‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 3 sur 354 · LIVRE XI. — IL COMBAT LE RAPPORT DE BARÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — IL COMBAT LE RAPPORT DE BARÈRE

suitatsdrs menées girondines dans les départements (t). Mais à la nouvelle des tentatives faites pour opérer la contre-révolution à Bordeaux, h Lyon, à Marseille et sur d’autres points encore, il monta résolûment à la tribune afin de combattre comme insuffisantes les mesures présentées par Barére, lesquelles lui parai.ssaient de nature k fomenter des troubles dans le pays au moment où l'Assemblée et la Bépublique tout entière avaient un si grand besoin de tranquillité. Dépeignant les périls auxquels la France était exposée sur ses frontières et ù l’intérieur, il engageait vivement tous les citoyens à marcher de concert vers la paix et la liberté publique. Mais pour cela il fallait se garder d’agiter de nouveau Paris et de fournir à l’aristocratie, par des mesures inconsidérées, les moyens de se relever de .son dernier échec. « Si vous jetez au milieu de nous de nouvelles semences de division », disait-il, a alors elle lèvera une tête audacieuse, et peut-être tomberez-vous dans l’état dont vous étiez menacés avant le 31 mai... Ce qui a été fait dans cette dernière révolution n’a produit aucun effet funeste, aucune effusion de sang. Vous avez tous reconnu le principe et le caractère patriotique imprimé à l’insurrection du peuple; vous avez vu qu’elle était nécessaire, sous peine de voir la liberté ensevelie à Paris, et par conséquent perdue h jamais pour le reste de la République, sous peine de voir se répéter auprès de vous les scènes sanglantes de Lyon et de Marseille... » En conséquence, il était indispensable, ù son avis, de conserver les autorités établies parle peuple pour maintenir la tranquillité publique et protéger en même temps ses droits et sa liberté. Était-il permis à la Convention de comprimer le zèle, l’effervescence même du patriotisme, quand elle ne possédait pas elle-même assez de vertu, de sagesse et d’énergie pour dompter les ennemis extérieurs et intérieurs delà Révolution? Sans s’arrêter au projet d’envoyer desotages dans les départements, lequel ne lui paraissait pas mériter examen, il engageait ses collègues îi exiger du comité de Salut public un prompt rapport sur les députés détenus, et surtout une loi sévère contre les étrangers, car il trouvait souverainement impolitique, lorsque les puissances étrangères bannissaient de chez elles tous les Français qui pourraient y porter nos principes, de recevoir légèrement tous les individus qu’elles dépêchaient au milieu do nous afin de nous infecter de leurs poisons. Rapport sur les députés arrêtés en vertu du décret du 2 juin, bonne loi sur les étrangers, ordre du jour sur les autres me-

(1) Dans ion HUloirc de la Réeolution , M. Thien , entre autre» erreura , attribua k Maximilien Robespierre un discours prononcé par Robespierre jeune au club des Jacobins dans la séance du 3 juin 1793. ( Voy. te JoanuU du dibalt et de la carretpoadance de la eocitlé du Jacobine.)

niSTOlHE DE RORESPIF.RDE

sures proiioséfts par Bari;re, tels étaient, en définitive, les trois points auxquels se réduisaient les propositions de Robespierre (1).

Ses paroles produisirent un effet décisif. Les partisans de la Gironde, sentant bien que le rapport dcRarère était au fond tout favorable il leurs amis, en appuyèrent de tous leurs efforts les conclusions, niais en vain. Un député de l’Indre, nommé Lejeune, renchérit singulièrement sur le discours de Robespierre et se montra d'une sévérité excessive contre les hommes qui, dit-il, envoyés à la Convention pour faire des lois, avaient depuis six mois employé leurs talents ii calomnier les patriotes les jilus énergiques, à calomnier Paris, pour exciter contre celte ville des rivalités propres îi amener le fédéralisme. Barère, voyant son projet de décret menacé d’un échec complut, annonça que le comité de Salut public en présenterait un nouveau dans lequel il serait tenu compte des observations soumises ii l'Assemblée. Nous dirons bientôt comment, en présence de rinsurreclion girondine, la Convention nationale dut se départir des sentiments d’indulgence qui tout d’abord raniniaient h l'égard des vaincus du 31 mai. Mais avant de jeter un rapide coup d’adl sur les déchirements dont la France va être le théâtre, il importe de nous arrêter un moment sur la constitution de 1793, laquelle fut discutée et votée vers ce temps-là.

Il n’y a certainement pas eu de constitution plus décriée que celle de 1793, parce qu'il n’y en a pas de moins connue, et qu’on la juge d’ordinaire d’après les calomnies dont elle a été poursuivie, comme l’ont été ses auteurs. Il n'y en a point pourtant où respire un plus profond amour de l’humanité, et où .soient plus nctlemenl affirmés ce qu’on est convenu d’appeler les grands princi|)cs de 1789 : l’égalité, la liberté, le droit d’association, les franchises d<‘ la pen.sée, l’élection populaire appliquée sur la plus vaste échelle, le renouvellement fréquent des fonctionnaires publics, les garanties les plus minutieuses contre les empiétements du pouvoir.

Elle ne fut pas, comme on l’a dit, bâclée en quelques jours par des jeunes gens. Depuis le mois de février, date à laquelle Condorcet avait présenté son projet, la constitution avait occupé tous les esprits sérieux de l’Assemblée, et de longues di.scussions y avaient été con-

(1) VoT. le discours de Robespierre dans U Moniteur du 10 juiu, et dans le Journal des débats et des décrets, nuinéro p. 101.

LIVBE XI. — LA CONSTITITIOX DE 1793

sacrées. L'œuvre girondine avait le tort de se perdre dans des détails infinis; elle fut écartée avant meme que la Gironde eût succombé définitivement. Dans la .séance du 30 mai, la Convention avait adjoint au comité de Salut public Hérault-Séchelles, Couthon , Saint-Just, Ramel et .Mathieu, qui, se trouvant chargés , de concert avec les membres du comité , de poseï- de nouvelles bases constitutionnelles (1), n’eurent qu'à condenser, en quelques articles clairs et nets, les grands principes démocratiques exposés déjà par Robespierre et d’autres députés à la tribune de la Convention.

La constitution était attendue de toutes parts avec une fiévreuse impatience ; chacun l’appelait de ses vœux comme l’ancre do salut, la réparation de tous les maux, la fin de toutes les discordes; et, quft qu’en aient dit tous les ennemis de la Révolution, on peut aftirmer que, si défectueuse qu’elle fût, elle eût parfaitement fonctionné si des complications imprévues n’eussent pas forcé la Convention de rajourner jusqu’à la paix. Le 9 juin 1793 , dans la soirée, Couthon, Hérault-Séchelles, Saint-Just, Ramel et Mathieu soumi rent à leurs collègues du comité de Salut public le projet qu’ils avaient rédigé (2). Le lendemain matin, le comité l’adopta dans son ensemble, avec quelques modifications, et, le même jour. Hé rault-Séchelles en donna lecture à l’Asscmiblée. Des membres rédacteurs de cette constitution, deux, Couthon et Saint-Just, étaient étrnitement unis de cœur à Robespierre. Mais, s’ils s’inspiraient généralement des idées de leur ami, ils ne parvinrent pas à les faire complètement triompher, car nous allons voir Robespierre combattre sui- plus d’un point le nouvel acte constitutionnel, et, tout en le jugeant supérieur à tout ce qui s’était produit jusqu’ici, il fut loin de le considérer comme le pacte social définitif des Frani^ais (3). Seulement, après tant de séances perdues, employées en agitations stériles, il lui sembla indispensable que la Convention prouvât au peuple français et au monde entier qu’elle avait à cœur de s’occiqier sans relâche de la mi.ssion dont elle avait été spécialement chargée. Aussi !’entendit-on s’écrier, après qu’au milieu des applaudissements Hérault-Séchelles, au nom du comité de Salut public, eut présenté son rapport et lu le projet d’acte constitutionnel : « La seule lecture

(1) Voy. le Moniteur du 31 mai 1793. Les membres du comité de Salut public étaient alors Cani bon, Barère, Danton, Guyton-Morseau, Treilhard, Lacroix, Bréard , Delmas et Robert Lindei.

(2) Registre des délibérations et arrêtés du comité de Salut public (drcbtm, 43é a a 71).

(3} Ce qui n'empéchc pas M. Michelet d écrire que « la Montague... lui remit en

réalité la constitution • (t. VI, p. 35). Mais, étranges contradictions de Témiiient écrivain! il ajoute , h la page suivante, que les rédacteurs de la constitution se contentèreut de découper « le médiocre projet girondin ». Or, on a pu voir, dans notre précé-

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(lu projet de constitution va ranimer les amis de la patrie et épouvanter tous nos ennemis. L’Europe entière sera forcée d'admirer ce beau monument élevé îi la raison humaine et Ji la souveraineté d’un grand peuple. » Il demanda ensuite que le projet fût imprimé en placarcl, envoyé îi toutes les administrations, aux sociétés populaire.s, aux armées, et que dés le bmdemain la discussion coramençût (1).

Si démocratique et si populaire que fût en somme ce projet de constitution, adopté en principe par la flonvention m.algré l’opposition de quelques membres de la droite qui auraient voulu ajourner la discussion jusqu'à ce qu’il eût été statué sur le sort dos députés détenus, il n'en fut pas moins l’objet de critiques assez vives de la part do certains députés montagnards. Le soir, aux Jacobinif Robespierre, après avoir rendu compte, avec beaucoup de détail!^ de la .séance de rAsscrablén, ayant proposé à la société d’envoyer une adresse aux départements sur l’heureux événement qui lui paraissait devoir concilier les suffrages du peuple et de tous les amis de la liberté, sur cette constitution « sortie en huit jours du sein des orages » et devenue le centre où il était permis à la nation de se rallier sans se donner de nouvelles chaînes. Chabot protesta. Cette constitution , la meilleure réponse des patriotes à toutes les calomnies, selon Robespierre, contenait, d’après Chabot, dos germes de royalisme. Le pouvoir exécutif, dans lequel le comité avait essayé d'asseoir la garantie même de la liberté, lui semblait monstrueux et liberticidc. Aux yeux de l’ex-capucin, la guillotine seule devait être la garantie de la liberté. L’idée n’était pas heureuse de faire intervenir dans une discussion toute constitutionnelle l’instrument sinistre des vengeances révolutionnaires, a Je désire la discussion, » répondit Robespierre, a et je ne regarde point cette constitution comme un ouvrage fini; j’ajouterai moi-même des articles populaires qui y manquent, et je ne demande qu’une adresse analogue aux circonstances, dont le but soit de relever l’esprit public abattu et de répondre aux calomnies de nos ennemis. » Vivement appuyée par

dent Tolnmc, combien ])lus targes et plus élevées étaient les vues de Robespierre en matière de constitution. Telles sont d’ailleurs les erreurs capitales commises par M. Michelet, qu’il se plaint (p. 37) de ce que le droit de résistance à l'oppression ne ligure pas dans l'énumération des Droits de l'homme. Pour quoi donc compte-t-il les articles XXXllI , XXXIV et XXXV de la Déclaration : a La résistauce à l’oppressioD est la conséquence des autres droits de l’homme? »

« 11 ; a oppression contre le corps social lorsqu’un seul de ses membres est opprimé... n

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et |H)ur chaque portion du peuple, le plus sacré des droits... t>

{i)Joumalde* débats et des décrets, uoméro 266, p, 133, et Moniteur du 12 juin 1793.

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