‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 30 sur 354 · LIVRE XI. — AKEXIIIE lit lîK.XÉÜ.VL CUSTI^IE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — AKEXIIIE lit lîK.XÉÜ.VL CUSTI^IE

les succès (le reiineiiii n’étaiciil que !(• iVuit de la trahison, et il n'y avait pas là, selon lui, pour les répiihlicains, matière à se di>courager. « Ce qui doit nous élonncr, » ajoutait-il, « c'est qu'après tant d'échecs, c'eslqu'avec tant d'ennemis contre elle, la llé|mhlique suh.sisle encore; et, imisqu'elle subsiste, j'en conclus qu'elle est iiiunortelle. » D'unanimes applaudissements accueillirenlces paroles pleines de grandeur. Seulement, pour qu'elle triomphât de tant d'obstacles et de périls, il fallait, suivant Robespierre, surveiller d’un œil jaloux les généraux, tous les chefs de corps, et punir sévèrement leurs trahisons ou leurs fautes (1).

Le tribunal suivit très-lentemeiil et avec un soin infini le jugement deCusline; pri's de quinze jours y furent employés. Soupijonnanl encore des influences étrangères, Robespierre dévelo|ipa aux Jacobins, dans la séance du 19 août, quelques réflexions sur l'organisation défectueuse du tribunal criminel extraordinain^ au sujet duquel le substitut du procureur de la commune venait de faire entendre des plaintes amères; juges et jurés étant, |irétendait Hébert, sur le point d'innocenter Custine, pour qui sollicitaient, à .son dire, les |(kis jolies femmes de Paris. Plus d'un juré, assurait-on, avait hautement manifesté ses sympathies en faveur du général. D'ajirès Robespierre, l'erreur du tribunal était de croire qu’un conspirateur aussi haut placé (juc Custine ne pouvait être jugé eoniiiie un coupable ordinaire; qu’il fallait, pour le condamner, des preuves écrites, tandis que les trailres sans nombre dont nos armées fourmillaient, les trahisons multiplii-es dans les camjiagues deniières, les revers dus à une impardonnable impéritie, et dont une partie de la re.sponsabilité pesait sur lui, suflisaicnt à démontrer sa culpabilité.

Toutefois, il n’y avait pas lieu, à son avis, d'envelopper tous les membres du tribunal révolutionnaire dans l'espèce de proscription que semblait appeler sur eux la voix publique; et, comme il les avait déjà défendus contre un homme de sinistre mémoire, contn? Carrier, qui, quelque temps auparavant, s'était vivement récrié contre leur indulgence (2), il défendit celte fois encore des magistrats uniquement coupables, en détinitive, de vouloir fonder leur conviction sur le plus de preuves possible (3). Quelques jours

(1) Celte rapide et riulenle improTisalion de Robespierre se troore, arec quelqnes variantes, dans le iourml de la Montagne , nuniiro 72 , le Ilipublicain françoie , namiro 276, et le Journal dee dèbale et de la cotreepondance de la eocUli det Jacobine, numéro 470.

(2) Vo;. a cet égard le dottrnal dee dibate et de la cotreepondance de la eociiU Jee Jacobine.

(3) Ibid., numéro 478.

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plus lard, rovenanl sur les formes avocatoires dont lui paraissait s'tlire entortillé le tribunal, il insista sur la nécessité de le réorganiser sur de nouvelles bases, de façon que, n'avant à juger qu'un seul genre de crime, celui de haute trahison, il pût, dans une époque déterminée et très-courte, frapper les coupables ou élargir les innocents. Indispensable également lui paraissait la création de plusieurs comités révolutionnaires chargés de juger les nombreux attentats qui, tous les jours, se formaient contre la liberté. Il exprima de plus le vœu, — car nous sommes ici aux Jacobins, et non pas à la Convention, — que les fonctions du comité de Salut public et celles du comité de Sûreté générale fussent bien délimitées, afin <|u’il n’y eût pas entre eux de conflit d’autorité. Jean-Bon Saint-André a])puya énergiquement les réflexions de Robespierre. Sans s’étonner des excès de luxe et de débauche auxquels, assurait-il, Custine s’était livré îi Mayence, il se plaignit amèrement de voir des hommes estimables se joindre é des femmes abusées pour sauver un conspirateur, cl « des juges, qui devraient venger la patrie sur un traître qui l’avait voulu perdre, conniver ouvertement avec lui... Entre voler et ne pas voler, assassiner ou n’assassiner pas, il n’y a point de milieu,» ajouta-t-il. « Mais un général ((ui paralyse .ses troupe.s, les morcèle, les divise, ne présente nulle part à l’ennemi une force imposante, est coupable de tous les désavantages qu’il éprouve; il assassine tous les hommes qu’il aurait pu sauver (1). »

Le surlendemain, Custine était condamné :’i mort. Avant de prononcer cette condamnation, Coflinhal, — une des futures victimes de Thermidor, — qui du tribunal de cassation avait passé au tribunal révolutionnaire, n’avait pas manqué de recommander h l’auditoire de ne donner aucun signe d’approbation ou d’improbation; le général Custine n’appartenant plus désormais qu’à la loi, dit-il, il fallait le plaindre de ne s’ôtre pas mieux conduit. Car on se com- [>ortait au tribunal révolutionnaire beaucoup plus gravement et

(1) Séance dea Jacobins du Ï.S aoflt 1793. Voy. le Journal det dibalt eide la correspondaoee... numéro éSO; le Repubiteai* fran(oie, numéro 285; le Journal delaUonlagne, numéro 97. — Les fréquentes iniprovisalions de Robespierre ont été certainement rapportées d'une façon très-défectueuse; nous devons en avertir le lectenr, Parfois U y a, entre les diverses relations, des différences très-sensibles; le plus souvent elles sont identiques; d'oü il faut conclure que, dans ce cas, la ménte copie servait k plusieurs jonrnaui. Quant k l'esactitude de ces comptes rendus, il j a beaucoup k s'en défier, puisque Robespierre lui-méme les arguait de faux. Il dit, en effet, un jour BU ministre Carat, qui, n'allant jamais aux Jacobins, jugeait de leurs séances par les comptes rendus qu'en donnaient les journaux ; « Ces comptes rendus sontfaux, et les Jacobins qui tes rédigent sont det traltrei... a (Jfémot'res de Garai, p. 299, édit, de 1862.)

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