‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 304 sur 354 · LIVRE XV. — DISCOL’RS-TESTAMEM · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — DISCOL’RS-TESTAMEM

Depuis longtemps Robespierre n’avait point paru à la tribune de la Convention, et son silence prolongé n'avait pas été sans causer quelque étonnement à une foule de patriotes. Le bruit s'étant répandu qu'il allait enfin parler, il y eut à la séance un concours inusité de monde. Il n’était pas difficile de prévoir qu’on était à la veille de grands événements, et chacun, ami ou ennemi, attendait avec impatience le résultat de la lutte.

Rien d’imposant comme le début du discours dont nous avons mis déjà quelques extraits sous les yeux de nos lecteurs et que nous allons analyser aussi complètement que possible. « Que d’autres vous tracent des tableaux flatteurs; je viens vous dire des vérités utiles. Je ne viens point réaliser des terreurs ridicules répandues par la perfidie ; mais je veux étouffer, s’il est possible, les flambeaux de la discorde par la seule force de la vérité. Je vais dévoiler des abus qui tendent à la ruine de la patrie et que votre probité seule peut réprimer (d). Je vais défendre devant vous votre autorité outragée et la liberté violée. Si je vous dis aussi quelque chose des persécutions dont je suis V objet, vous ne m'en ferez point un crime ; vous n’avez rien de commun avec les tyrans que vous combattez. Les cris de l’innocence outragée n’importunent point vos oreilles, et vous n’ignorez pas que cette cause ne vous est point étrangère. »

Après avoir établi, en fait, la supériorité de la Révolution française sur toutes les autres révolutions, parce que la première elle s’était fondée sur la théorie des droits de l’humanité et les principes de la justice, après avoir montré comment la République s’était gli.ssée pour ainsi dire entre toutes les factions, il traça rapidement l'historique de toutes les conjurations dirigées contre elle et des difficultés avec lesquelles dès sa naissance elle s’était trouvée aux prises. Il dépeignit vivement les dangers auxquels elle était exposée quand, la puissance des tyrans l’emportant sur la force de la vérité, il n’y avait plus de légitime que la perfidie et de criminel que la vertu. Alors les bons citoyens étaient condamnés au silence et les scélérats dominaient. « Ici, » ajoutait-il, « j’ai besoin d'épancher mon

(t) Nous prévenons le lecteur que nous aiialjisons ce discours d'apris le manuscrit de Robespierre, manuscrit daus la possession duquel, quelque temps après le9Thermi* dor, la famille Dupla; parvint k rentrer. Les passages que nous mettons en italique ont été supprimés ou dénaturés dans l'édition donnée par la commission tbermido- Henne.

cœur, vous avez besoin aussi d'entendre la vérité. Ne croyez pas que je vienne intenter aucune accusation ; un soin plus pressant m’occupe et je ne me charge pas des devoirs d’autrui ; il est tant de dangers imminents que cet objet n’a plus qu’une importance secondaire. » Arrêtant un instant sa pensée sur le système de terreur et de calomnies mis en pratique depuis quelque temps, il demandait à qui les membres du gouvernement devaient être redoutables, des tyrans et des fripons, ou des gens de bien et des patriotes. Les patriotes! ne les avait-il pas constamment défendus et arrachés aux mains des intrigants hypocrites qui les opprimaient encore et cherchaient à prolonger leurs malheurs en trompant tout le monde par d’inextricables impostures? Étaient-ce Danton, Chabot, Ronsin, Hébert, qu’on prétendait venger? Mais il fallait alors accuser la Convention tout entière, la justice qui les avait frappés, le peuple qui avait applaudi à leur chute. Par le fait de qui gémissaient encore aujourd’hui dans les cachots tant de citoyens innocents ou inoffensifs? Qui accuser, sinon les ennemis de la liberté et la coupable persévérance des tyrans ligués contre la République? Puis, dans un passage que nous avons cité plus haut, Robespierre reprochait à ses adversaires, à scs persécuteurs, d’avoir porté la terreur dans toutes les conditions, déclaré la guerre aux citoyens paisibles, érigé en crimes des préjugés incurables ou des choses indifférentes, d’avoir, recherchant des opinions anciennes, promené le glaive sur une partie de la Convention et demandé dans les sociétés populaires les tôles de cinq cents représentants du peuple. Il rappelait alors avec une légitime fierté que c’était lui qui avait arraché ces députés à la fureur des monstres qu’il avait accusés. « .\urail-on oublié que nous nous sommes jeté entre eux et leurs perfides adversaires? » Ceux qu’il avait sauvés ne l’avaient pas oublié encore, mais depuis!

Et pourtant un des grands arguments employés contre lui par la faction acharnée à sa perle était son opposition îi la proscription d’une grande partie de la Convention nationale. « Ah ! certes, » s'écriait-il, « lorsqu’au risque de blesser l’opinion publique, ne consultant que les intérêts sacrés de la patrie, j’arrachais seul à une décision précipitée ceux dont les opinions m’auraient conduit à l’échafaud si elles avaient triomphé ; quand, dans d’autres occasions, je m’exposais à toutes les fureurs d’une faction hypocrite pour réclamer les principes de la stricte équité envers ceux qui m’avaient jugé avec plus de précipitation, j’étais loin sans doute de penser que l’on dût me tenir compte d’une pareille conduite; j’aurais trop mal présumé d’un pays où elle aurait été remarquée et où l’on aurait donné des noms pompeux aux devoirs les plus indispensables

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