‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 305 sur 354 · LIVRE XV. — DISCOURS-TESTAMENT · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — DISCOURS-TESTAMENT

de la probité ; mais j’étais encore plus loin de penser qu'un jour on m’accuserait d’être le bourreau de ceux envers qui je les ai remplis, et l’ennemi de la Représentation nationale, que j’avais servie avec dévouement. Je m’attendais bien moins encore qu’on m’accuserait à la fois de vouloir la défendre et de vouloir l’égorger. » N’avaiton pas été jusqu’à l’accuser auprès de ceux qu’il avait soustraits à l’échafaud d’être l’auteur de leur persécution ! Il avait d’ailleurs trèsbien su démêler les trames de ses ennemis. D’abord on s’était attaqué à la Convention tout entière, puis au comité de Salut public, mais on avait échoué dans cette double entreprise, et à présent l’on s’efforçait d’accabler un seul homme. Et c’étaient des représentants du peuple, se disant républicains, qui travaillaient à exécuter l’arrêt de mort prononcé par les tyrans contre les plus fermes amis de la liberté! Les projets de dictature imputés d’abord à l’Assemblée entière, puis au comité de Salut public, avaient été tout à coup transportés sur la tête d’un seul de ses membres. D’autres s’apercevraient du côté ridicule de ces inculpations, lui n’en voyait que l’atrocité. « Vous rendrez au moins compte à l'opinion publique de votre affreuse persévérance à poursuivre le projet d’égorger tous les amis de la patrie, monstres qui cherchez à me ravir l’estime de la Convqption nationale, le prix le plus glorieux des travaux d’un mortel, que je n’ai ni usurpé ni surpris, mais que j’ai été forcé de conquérir. Paraître un objet de terreur aux yeux de ce qu’on révère et de ce qu’on aime, c’est pour un homme sensible et probe le plus affreux des supplices ; le lui faire subir, c’est le plus grand des forfaits (1) ! »

Après avoir montré les arrestations injustes prodiguées par des agents impurs, le désespoir jeté dans une mulitude de familles attachées à la Révolution, les prêtres et les nobles épouvantés par des motions concertées, les représentants du peuple effayés par des listes de proscription imaginaires, il protestait de son respect absolu pour la Représentation nationale. En s’expliquant avec franchise

(i) Od trontedui le* Mimoires d* ChtrIoUe Robetpierre quetques'Tcr* qoi lemblcDt dur* Il paraphrase de cette idde.

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C’ui do voir m Booroat la pàlo o< aombro «avio Dlatillor aor moa bob l'opprobo ot riofaauop De mourir pour le peuple et d*eo être abhorré.

Ghtrlotta aitriboe en vert h ton frèr«. (Voy. tes Mémoires» p. lit.) le sertis fert testé de croire qu'ils sont apocryphes.

HtSTOIRE DE ROBESPIERRE

sur quelques-uns de ses collègues, il avait cru remplir un devoir, voilà tout. Alors tombèrent de sa bouche des paroles difficiles à réfuter et que l’homme de cœur ne relira jamais sans être profondément touché : « Quant à la Convention nationale, mon premier devoir comme mon premier penchant est un respect sans bornes pour elle. Sans vouloir absoudre le crime, sans vouloir justifier en elles-mêmes les erreurs funestes de plusieurs, sans vouloir ternir la gloire des défenseurs énergiques de la liberté..., je dis que tous les représentants du peuple dont le cœur est pur doivent reprendre la confiance et la dignité qui leur convient. Je ne connais que deux partis, celui des bons et celui des mauvais citoyens ; le patriotisme n’est point une affaire de parti, mais une affaire de cœur; il ne consiste ni dans l’insolence ni dans une fougue passagère qui ne respecte ni les principes, ni le bon sens, ni la morale... Le cœur flétri par l’expérience de tant de trahisons, je crois à la nécessité d’appeler surtout la probité et tous les sentiments généreux au secours de la République. Je sens que partout où l’on rencontre un homme de bien, en quelque lieu qu’il soit assis, il faut lui tendre la main et le serrer contre son cœur. Je crois à des circonstances fiitales dans la Révolution, qui n’ont rien de commun avec Iqs desseins criminels; je crois à la détestable influence de l’intrigue et surtout à la puissance sinistre de la calomnie. Je vois le monde peuplé de dupes et de fripons ; mais le nombre des fripons est le plus petit ; ce sont eux qu’il faut punir des crimes et des malheurs du monde...» Aussi lui paraissait-il insensé de s’en prendre à tous ceux qu’avaient séduits ou entraînés les Girondins, les hébertistes, Danton lui -même. C’était au Don sens et à la justice, si nécessaires dans les affaires humaines, de séparer soigneusement l’erreur du crime. Revenant ensuite sur cette accusation de dictature si traîtreusement propagée par les conjurés : « Stupides calomniateurs ! » leur disait-il, « vous êtes-vous aperçus que vos ridicules déclamations ne sont pas une injure faite à un individu, mais à une nation, invincible qui dompte et qui punit les rois? Pour moi, » ajoutait-il en s’adressant à tous scs collègues, a j’aurais une répugnance extrême à me défendre personnellement devant vous contre la plus lâche des tyrannies, si vous n’étiez pas convaincus que vous êtes les véritables objets des attaques de tous les ennemis de la République. Eh! que suis-je pour mériter leurs persécutions, si elles n’entraient dans le système général de conspiration contre la Convention nationale? N’avez-vous pas remarqué que, pour vous isoler de la nation, ils ont publié à la face de l’univers que vous étiez des dictateurs régnani parla Terreur et désavoués par le vœu tacite des

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