LIVRE XV. — DIStOURS-TESTAJIENT. 7Î
Français? N’ont-ils pasappelé nos armées les hordes conventionnelles, la Révolution française le jacobinisme? Et lorsqu'ils affectent de donner à un faible individu, en butte aux outrages de toutes les factions, une importance gigantesque et ridicule, quel peut être leur but, si ce n'est de vous diviser, de vous avilir, en niant votre existence même?... » Puis venaient l'admirable morceau sur la dictature cité plus haut, et cette objurgation à scs calomniateurs, trop peu connue et d'une si poignante vérité ; « Ils m'appellent tyran ! Si je l’étais, ils ramperaient à mes pieds, je les gorgerais d’or, je leur assurerais le droit de commettre tous les crimes, et ils seraient reconnaissants. Si je l'étais, les rois que nous avons vaincus, loiu de me dénoncer (quel tendre intérêt ils prennent à notre liberté!), me prêteraient leur coupable appui, je transigerais avec eux. Dans leur détresse qu'attendent-ils, si ce n'est le secours d'une faction protégée par eux? On arrive à la tyrannie par le secours des fripons. Où courent ceux qui les combattent? Au tombeau et à l'immortalité... Qui suis-je, moi qu’on accuse? Un esclave de la liberté, un martyr vivant de la République, la victime autant que l'ennemi du crinje. Tous les fripons m'outragent; les actions les plus indifférentes, les plus légitimes de la part des autres, sont des crimes pour moi... Otez-moi ma conscience, je suis le plus malheureux de tous les hommes!.. » Il était certainement aussi habile que conforme, du reste, à la vérité, de la part de Robespierre, de rattacher sa situation personnelle à celle de la Convention et de prouver comment les attaques dont il était l’objet retombaient, en définitive, de tout leur poids sur l'Assemblée entière; mais il ne montra pas toujours la même habileté, et nous allons voir tout à l'heure comment il apporta lui-même à ses ennemis un concours inattendu. ,
Eh quoi! disait- il encore, on assimile à la tyrannie l'influence toute morale des plus vieux athlètes de la Révolution ! Voulait-on que la vérité fût sans force dans la bouche des représentants du peuple? Sans doute elle avait des accents tantôt terribles, tantôt touchants, elle avait ses colères, son despotisme même, mais il fallait s'en prendre au peuple, qui la sentait et qui l'aimait. Combien vraie cette pensée ! Ce qu’on poursuivait surtout en Robespierre, c'était sa franchise austère, son patriotisme, son éclatante popularité. 11 signala de nouveau, comme les véritables alliés des tyrans, et ceux qui prêchaient une modération perfide et ceux qui prêchaient l'exagération révolutionnaire, ceux qui voulaient détruire la Convention par leurs intrigues ou leur violence et ceux qui attentaient k sa justice par la séduction et par la perfidie. Était-ce en combattant pour la sûreté matérielle de l'Assemblée, en défendant sa gloire.
HISTOIRE UE ROBESPIERRE
ses principes , la morale étemelle, qu’on marchait au despotisme? Qu’avait-il fait autre chose jusqu’à ce jour?
Expliquant le mécanisme des institutions révolutionnaires, il se plaignit énergiquement des excès commis pas certains hommes pour les rendre odieuses. On tourmentait les citoyens nuis et paisibles; on plongeait chaque jour les patriotes dans les cachots. « Est-ce là, I) s’écria-t-il, « le gouvernement révolutionnaire que nous avons institué et défendu? » Ce gouvernement, c’était la foudre lancée par la main de la liberté contre le crime, nullement le despotisme des fripons, l’indépendance du crime, le mépris de toutes les lois divines et humaines. Il était donc loin de la pensée de Robespierre, contrairement à l’opinion de quelques écrivains, de vouloir détruire un gouvernement indispensable, selon lui, à raffermissement de la République. Seulement, ce gouvernement devait être l’expression même de la justice, sinon, ajoutait-il, s’il tombait dans des mains perfides, il deviendrait l’instrument de la contre-révolution. C’est bien ce que nous verrons se réaliser après Thermidor. Maximilien attribuait principalement à des agents subalternes les actes d’oppression dénoncés par lui. Quant aux comités, au sein de.squels il apercevait des hommes « dont il était impossible de ne pas chérir et respecter les vertus civiques, » il espérait bien les voir combattre eux-mêmes des abus commis à leur insu peut-être et dus à la perversité de quelques fonctionnaires inférieurs. Impossible de montrer plus de ménagement pour des collègues. Écoutez mainte ■ nant l’opinfon de Robespierre sur l’emploi d’une certaine catégorie d’individus dans les choses de la police : « En vain une funeste politique prétendrait-elle environner les agents dont je parle d’un prestige superstitieux ; je ne sais pas respecter les fripons; j’adopte bien moins encore cette maxime royale, qu'il est utile de les employer. Les armes de la liberté ne doivent être touchées que par des mains pures. Épurons la surveillance nationale, au lieu d’emjiailler les vices. La vérité n’est un écueil que pour les gouvernements corrompus; elle est l’appui du nôtre. » Ne sont-ce point là des maximes dont tout gouvernement qui se respecte devrait faire son profit?
L’orateur racontait ensuite les manoeuvres criminelles employées par ses ennemis pour le perdre. Nous avons cité ailleurs le passage si frappant où il rend compte lui-même, avec une précision étonnante, des stratagèmes à l’aide desquels on essayait de le faire passer pour l’auteur principal de toutes les .sévérités de la Révolution et de tous les abus qu’il ne cessait de combattre. Déjà les papiers allemands et anglais annonçaient son arrestation, car de jour en jour ils étaient