‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 307 sur 354 · LIVRE XV. — DlSCOt'RS-TBSTAHEXT · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — DlSCOt'RS-TBSTAHEXT

avertis que « cet orage de haines, de vengeances, de terreur, d’amours-propres irrités, allait enfin éclater. » On voit jusqu’où les conjurés étaient allés recruter des alliés. Maximilien était instruit des visites faites par eux ù certains membres de la Convention, et il ne le cacha pas h l’Assemblée. Seulement il ne voulut pas — et ce fut sa faute, son irréparable faute — nommer tout de suite les auteurs des trames ténébreuses dont fl se plaignait : « Je ne puis me résoudre .à déchirer entièrement le voile qui couvre ce profond mystère d’iniquités. » 11 assigna, pour point de départ h la conjuration ourdie contre lui, le jour où, par son décret relatif ù la reconnaissance de l'Être suprême et de l’immortalité de l’Ame, la Convention avait raffermi les bases ébranlées de la morale publique, frappé à la fois du même coup le despotisme sacerdotal et les intolérants de l’athéisme , avancé d’un demi-siècle l’heure fatale des tyrans et rattaché à la cause de la Révolution tous les cœurs purs et généreux. Ce jour-li'i, en effet, avait, comme le dit très-bien Robespierre, <1 laissé sur la France une impression profonde de calme» de bonheur, de sagesse et de bonté. » Mais ce fut précisément ce qui irrita le plus les royalistes cachés sous le masque des ultra-révolutionnaires, lesquels, unis A certains énergumènes plus ou moins sincères et aux misérables qui, comme les Fouché, les Tallien , les Rovère et quelques autres, ne cherchaient dans la Révolution qu’un moyen de fortune, dirigèrent tous leurs coups contre le citoyen assez osé pour déclarer la guerre aux hypocrites et tenter d’asseoir la liberté et l’égalité sur les bases de la morale et de la justice. Maximilien rappela les insultes dont il avait été l’objet de la part de ces hommes le jour de la fêle de l’Être suprême, l’affaire de Catherine Théot, sous laquelle se cachait une véritable conspiration politique, les violences inopinées contre le culte, les exactions et les pirateries exercées sous les formes les plus indécentes, les persécutions intoléral)les auxquelles la superstition servait de prétexte. — On se souvient des efforUs tentés par Robe.spierre jeune pour mettre fin h ces monstrueuses persécutions. — 11 rappela la guerre suscitée h tout commerce licite sous prétexte d’accaparements. — On n’a pas oublié sans doute l’insistance inutile avec laquelle il avait engagé la Convention A se montrer d’une réserve et d’une prudence extrêmes lors des discussions relatives aux accaparements. — Il rappela surtout les incarcérations indistinctement prodiguées. « Toute occasion de vexer un citoyen était saisie avec avidité, et toutes vexations étaient déguisées, selon l’usage, sous des prétexte de bien nublic. » Ceux qui, avaient mené A l’échafaud Danton, Fabre d’Eglantine et Camille Desinoulins, semblaient aujourd’hui vouloir être leurs ven-

geurs et figuraient au nombre de ces conjurés impurs ligués pour perdre quelques patriotes. « Les lâches! » s’écriait Robespierre, « ils voulaient donc me faire descendre au tombeau avec ignominie ! et je n'aurais laissé sur la terre que la mémoire d’un tyran ! Avec quelle perfidie ils abusaient de ma bonne foi 1 Comme ils semblaient adopter les principes de tous les bons citoyens ! Comme leur feinte amitié était naïve et caressante ! Tout é coup leurs visages se sont couverts des plus sombres nuages; une joie féroce brillait dans leurs yeux, c'était le moment où ils croyaient leurs mesures bien prises pour m’accabler. Aujourd’hui ils me caressent de notiveau; leur langage est plus affectueux que jamais. Il y a trois jours ils étaient prêts ù me dénoncer comme un Catilina; aujourd’hui ils me prêtent les vertus de Caton. » — Allusion aux éloges que la veille lui avait décernés Barère. — Comme nous avons eu soin de le dire déjà, la calomnie n’avait pas manqué de le rendre responsable de toutes les opérations du comité de Sûreté générale, en se fondant sur ce qu’il avait dirigé pendant quelque temps le bureau de police du comité de Salut public. Sa courte gestion, déclara-t-il sans rencontrer de contradicteurs, s’était bornée, comme on l’a vu plus haut, à rendre une trentaine d’arrêtés soit pour mettre en liberté des patriotes per^ sécutés, soit pour s’assurer de quelques ennemis de la Révolution; mais l’impuissance de faire le bien et d’arrêter le mal l’avait bien vite déterminé à résigner ses fonctions, et même à ne prendre plus qu'une part tout à fait indirecte aux choses du gouvernement. « Quoi qu’il en soit, » ajouta-t-il, « voilà au moins six semaines que ma dictature est expirée et que je n’ai aucune espèce d’influence sur le gouvernement: le patriotisme a-t-il été plus protégé, les factions plus timides, la patrie plus heureuse? Je le souhaite. Mais cette influence s'est bornée dans tous les temps à plaider la cause de la patrie devant la Représentation nationale et au tribunal de la raison publique... » A quoi avaient tendu tous ses efforts? à déraciner le système de corruption et de désordre établi par les factions, et qu’il regardait comme le grand obstacle à l’afTermissement de la République. Cela seul lui avait attiré pour ennemis toutes les mauvaises consciences, tous les gens tarés, tous les intrigants et les ambitieux. Un moment sa raison et son cœur avaient été sur le point de douter de celte République vertueuse dont il s’était tracé le plan. Puis, d’une voix douloureusement émue, il dénonça le projet « niédilé dans les ténèbres, » par les monstres ligués contre lui, de lui arracher avec la vie le droit de défendre le peuple. « Oh ! je la leur abandonnerai sans regret : j’ai l’expérience du passé et je vois l’avenir. Quel ami de la patrie peut vouloir survivre au moment où il n’est plus permis de la servir et de

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