LIVRE XV. — DISCOÜHS-TESTAMEJiT
à cette loi? Non ! Défendons le peuple au risque d’en être estimés; qu'ils courent li l'écbafaud par la route du crime et nous par celle de la vertu. *
Guider l’action du gouvernement par des lois sages, punir sévèrement tous ceux qui abuseraient des principes révolutionnaires pour vexer les bons citoyens : tel était, selon lui, le but à atteindre. Dans sa pensée, il existait une conspiration qui devait sa force à une coalition criminelle cherchant à perdre les patriotes et la patrie, intrigant au sein même de la Convention et ayant des complices dans le comité de Sûreté générale et jusque dans le comité de Salut public. Rien n'était plus vrai assurément. La conclusion de Robespierre fut que, pour remédier au mal, il fallait punir les traîtres, renouveler les bureaux du comité de Sûreté générale, épurer ce comité et le subordonner au comité do Salut public, épuré lui-môme, constituer l’autorité du gouvernement sous l’autorité suprême de la Convention, centre et juge de tout, et écraser ainsi les factions du poids de l’autorité nationale pour élever sur leurs ruines la puissance de Injustice et de la liberté. « Tels sont les principes, » dil-il en terminant. « S’il est impossible de les réclamer sans passer pour un ambitieux , j’en conclurai que les principes sont proscrits et que la tyrannie règne parmi nous, mais non que je doive me taire; car que peut-on objecter à un homme qui a raison et qui sait mourir pour son pays (t)?... »
Il faut n’avoir jamais lu ce discours de Robespierre, digne couronnement de tous ceux qu’il avait prononcés depuis cinq ans, et où ses vues, ses tendances, sa politique, en un mot, se trouvent si nettement etsi fermement formulées, pour demander où il voulait aller, et quels mystérieux desseins il couvait. Personne ne s’expliqua jamais plus clairement. La Convention lui prouva tout d’abord qu’elle l’avait parfaitement compris : Robespierre obtint un éclatant triomphe. Ce devait être le dernier. Électrisée par le magnifique discours qu’elle
(1) Ce discours a été imprimé sur des brouillons trouvés chez Robespierre, brouillons couverts de ratures et de renvois, ce qui explique les répétitions qui s*j rencontrent. L’impreasion en fut votée, sur la demande de Bréard, dans la séance du 30 thermidor (17 août 1794). On s'expliquerait difScilement comment les Thermidoriens ont eu rimprudence d’ordonner l’impressioD des discours de Robespierre et de Saint -iust, oü leur atroce conduite est mise en pleine lumière et leur système de terreur voué à la malédiction du monde, si l'on ne savait que tout d’abord le grand grief qu’ils firent valoir contre les victimes du 9 Thermidor fut d'avoir voulu « arrêter le cours majestueux, terrible de la Révolution ». Ce diseours de Robespierre a en h l'époque deux édi* tioDs in-8", Tune de 44 p., de l’Imprimerie nationale, l’autre de 49 p. Il a été reproduit dans ses CEuvres éditées par Laponneraye, t. 111; dans VliUioire parlsmenlosre, t. XXXIII, p. 406 à 440 ; dons le Choix de rap}>orIs, opiniont et dûcouri, t. XIV, p. 366 h 309, et dans les Mémoires de René Levasseur, t. III, p. 285 à 353.
venait d’entendre, l'Assemblée éclata en applaudissements réitérés quand l’orateur quitta la tribune. Les conjurés, éperdus, tremblants n’osérent troubler d’un mot ni d’un murmure ce concert d’enthousiasme (1). Évidemment ils durent croire la partie perdue.
Pendant que les applaudissements retentissaient encore, Uovère, se penchant l’oreille de Lecointre,lui conseilla de monter à la tribune et de donner lecture i l’Assemblée de ce fameux acte d’accusation concerté dés le 3 prairial, avec huit de ses collègues, contre Robespierre. C’est du moins ce qu’a depuis prétendu Lecointre (2). Si ce maniaque avait suivi le conseil de Rovère, la conspiration eût été infailliblement écrasée, car, l’acte d’accusation incriminant au fond tous les membres des comités sans exception , les uns et les autres se fussent réunis contre l’ennemi commun, et Maximilien serait, sans aucun doute, sorti victorieux de la lutte. Telle fut l’excuse, donnée plus tard par Lecointre, de sa réserve dans cette séance du 8 thermidor (3). Mais là ne fut point, suivant nous, le motif déterminant de sa prudence. A l’enthousiasme de la Convention, il jugea tout à fait compromise la cause des conjurés, et voulant se ménager les moyens de rentrer en grâce auprès de celui dont, après coup. Use vanta d’avoir dressé l’acte d’accusation plus de deux mois avant le 9 Thermidor, il rompit le premier le silence... pour réclamer l’impression du discours de Robespierre (4).
Bourdon (de l’Oise) s’éleva vivement contre la prise en considération de cette motion. Ce discours, objecla-t-il, pouvait contenir des erreurs comme des vérités, et il en demanda le renvoi à l’examen des deux comités. Mais, répondit Barère, qui sentait le vent
(1) Ced en connaît par tous les journaux qui rendirent compte de la séance du 8 axant la chute de Robespierre. Voj. entre autres le Journal de la Montagne du 9 thermidor, 0(1 il est dit : a Ce discours est fort applaudi, a Quant an Moniteur, comme il ne publia son compte rendu de la stance du 8 que ie lendemain de la victoire des eon- Jurts, ce n'est pas dans ses colonnes qu’il faut chercher la xiritt.
(2) Lu Crimu du lepl memkree dee aucteiu comitit, ou Ddnoncialion formella d la Couomiton nationale, par Laurent Lecointre, p. 79,
(3) Ibid.
(4) Nous racontons celle séance dn 8 thermidor d’après le Monileur, parce que c’est encore Ih qu'elle se trouve reproduite avec la plus de détails; mais le compte rendu donné par ce journal étant postérieur h la journée du 9, le lecteur ne doit pas perdre de vue que noire récit est entièrement basé sur une version rédigée par les pires ennemis de Maximilien,