‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 32 sur 354 · SIMONNE É.VII.MID · texte numérisé non relu

SIMONNE É.VII.MID

suivi de quelques imposteurs. Quoique dénoncés l’un et l’autre par Marat comme des saltimbanques révolutionnaires, ils .s’étaient emparés du titre de l’ylnit du -peuph et battaient monnaie avec ce nom si vénéré alors (d).

Trois jours après cette nouvelle sortie de Robespierre contre les enragés, la veuve de Marat, Simonne ftvrard, celle qu'il avait épousée par un beau jour, li la face du ciel, dans le temple de la nature, était admise à la barre de la Convention et s’y plaignait des attentats nombreux commis contre la mémoire de celui dont elle portait le nom. Elle dénonça les folliculaires qui chaque jour vantaient sans pudeur l’assassin de Marat, comme pour encourager les meurtriers ii égorger le reste des défenseurs de la liberté, et dont plusieurs, Dulaure et Carra par exemple, siégeaient au sein même de la Convention. Elle dénonça surtout ces écrivains soudoyés, les Jacques Roux et les Leclerc, ([ui, sous le nom de Marat, .s’en allaient |iréchant les maximes les jilus extravagantes, et s’efforçaient de tromper la foule en se parant du titre de C Ami du Peuple, sous lequel paraissait leur feuille. « C’est lîi, » dit-elle, « qu’on ordonne en .son nom d’ensanglanter la journée du 10 août, parce que, de son tûme sensible, déchirée par le spectacle des crimes de la tyrannie et des malheurs de riiumanité, sont sortis quelquefois de justes anathèmes contre les sangsues publiques et contre les oppresseurs du |ieiiple; ils cherebent à perpétuer après sa mort la calomnie parricide qui le présentait comme un apôtre insensé du désordre et de l’anarchie. » Qii’cspérait-on? continuait-elle. Ah! sans doute égarer les Français qui de tous les points de la République accouraient h Paris pour l’anniversaire du 10 août, et troubler par quelque catastrophe sanglante cette belle et solennelle journée. Aussi, en terminant, priait-elle les légi.slateurs de ne pas souffrir que le crime insultAt à la vertu, de ne pas laisser impunis ceux qui dévouaient aux poignards les défen.seurs de la République, et ceux qui par leurs maximes insensées empoisonnaient l'opinion. « La mémoire des martyrs de la liberté est le patrimoine du peuple, » dit-elle. En défendant celle de Marat, l’unique bien qu’il eût lais.sé, l’.Asserablée vengerait à la fois la patrie , l’honnétcté , l’infortune et la vertu (2).

Robespierre a-t-il été, comme on l’a cru, et comme on l’a dit, l’instigateur de la démarche de Simonne Évrard , le rédacteur de l'adresse présentée par elle? Il est difticile de se prononcer à cet

(1 ) Journal det débaU el de la corretpondance de la eorUti dee Jacobim, numéro 46S.

(2) Yo}'. l'adresse de la veure Marat dans le Honilear du 10 août 1793.

HISTOIRE DE RODESNERRE

t'gai'il ; mais il est certain qu’on reconnaît dans cette adresse, scs idées et même son style. S’il avait cru devoir empêcher la translation immédiate du corps de Marat au Panthéon, pour ne pas laisser croire à la France entière qu’en rendant de tels honneurs îi l’Ami du peuple, la Convention et la société des Jacobins adoptaient sans réserve les principes d’un homme au patriotisme duquel il avait rendu hommage, mais dont il avait blâmé l’intempérance de style et les excentricités de langage comme étant de nature îi jeter dans la réaction les esprits timides et les amis tièdes de la liberté, il est fort possible qu’il ait cru utile d’opposer l’ombre même de Marat à ses prétendus successeurs, qui n’avaient ni sa bonne foi sauvage ni .son a'ustérité, et de mettre parla le peuple en garde contre des exagérations funestes. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il appuya trèsvivement la pétition « touchante » de Simonne Évrard ; qu’il en lit voter l’insertion au Bulletin de la Convention, et que sur sa proposition l’As.semblée chargea son comité de Sftreté générale d’examiner de près la conduite de ces usurpateurs du nom de Marat, qui, tout en comparant l’Ami du peuple à un dieu, attachaient â son nom l’opprobre dont ils étaient eux-niême couverts (I).

Le grand problème, aux yeux de Robespierre, ne cessons pas de le répéter, était d’éviter les excès d’une part, et, de l’autre, de ne point tomber dans une faiblesse impolitique capable de permettre à la réaction déjà si forte de nqirendre tout à fait le dessus et d’étouffer la République. De là résultait, à ses yeux, la nécessité de ne poursuivre que les véritables coupables, ceux qui traduisaient en faits leur haine contre la Révolution, et non point les indifférents ni même les malveillants; de là encore la nécessité de respecter tous les cultes alin de ne pas alarmer les consciences et de ne qias créer inutilement à la Ré|)ublique des ennemis sans nombre. Donc, tolérance absolue à l’égard des anciens nobles et des prêtres qui ne donnaient lieu à aucune plainte. C’est pour cela qu’à une séance des Jacobins on le vit s’insurger si vivement contre une proposition il’Hébcrt et de Chaumette tendante à la déportation en masse de tous les nobles (2); c’est pour cela que plus d’une fois encore nous

(il Voy. le compte rendu de cette séance dans VHisioire parlementaire^ t. WYIII , p. 444.

(S) Journal de« débatt et de la correspondance de la société des JaeobinSf numéro 486 ; Journal de la Montagne i numéro 91 , séance du 30 aoAt 1793.

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