‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 323 sur 354 · LIVRE XV. — l’arrestation et l’acccsation OEMANIIÉES · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — l’arrestation et l’acccsation OEMANIIÉES

pouvait encore entendre les murmures d’amour et de bénédiction soulevés sur ses pas. Ah! certes, il avait droit aussi :’i la Couronne du martyre. La majorité, en proie à un délire étrange, témoigne par un mouvement d’indifférence qu'elle accepte ce dévouement magnanime (1).

Robespierre a fait d’avance le sacrifice de sa vie à la République, peu lui importe de mourir ; mais il ne veut pas entraîner son frère dans sa chute, et il essaye de disputer aux assassins cette victime inutile. Vains efforts ! Sa parole se perd au milieu de l’etïroyable tumulte. On sait comme est communicative l’ivresse du sang. La séance n’est plus qu’une orgie sans nom où dominent les voix de Billaud-Yarenne, de Fréron et d'Élie Lacoste. Ironie sanglante! un député journaliste, Charles Duval, rédacteur d’un des plus violents organes de la Terreur, demande si Robespierre sera longtemps le maître de la Convention (2). Et un membre d’ajouter : « Ah! qu’un tyran est dur à abattre! » Ce membre, e’est Fréron, le bouneaii de Toulon et de Marseille, l’affreux maniaque à qui un jour il prit fantaisie d’appeler Sans nom la vieille cité phocéenne, et qui demain réclamera la destruction de l’IIôtcl de Ville de Paris. Le président met enfin aux voix l’arrestation des deux frères; elle est décrétée au milieu d’applaudissements furieux et de cris sauvages. Les accusateurs de Jésus n’avaient pas témoigné une joie plus féroce ait jugement de Pilate.

En ce moment la salle retentit des cris de Vive la libertiU Vive la Rtlpubliqne ! « La République! » dit amèrement Robespierre' « elle est perdue, car les brigands triomphent. » .\h ! sombre et terrible prophétie! comme elle se trouvera accomplie à la lettre! Oui, les brigands triomphent, car les vainqueurs dans cette journée fatale, ce sont les Fouché, les Tallien, les Rovère, les Dumont, les Bourdon (de l’Oise), les Fréron, les Courtois, tout ce que la démocratie, dans ses bas-fonds, contenait de plus impur. Oui, les bri-

(1) Histoire parlementaire, i. XXXIV, p. 34.

(2) Il est assez remarquable que dans son projet de procès-verbal Charles Duval n a pas osé donner place à son exclamation dérisoire. Charles Duval rédigeait le Hépublicain,joumal des hommes libres, qu’on appela le Journal des tigres. M. Michelet, qui calomnie sans mauvaises intentions, béatement comme son confrère M. Edgar Quinei , mais qui ne calomnie pas moins, dit de Charles Duval : « Violent journaliste, supprimé par Robe$(iierre. Où M. Michelet a-t-il pris cela? Commencé le 2 novembre I7Î^, le Journal des hommes libres se continua sans interruption jusqu'au 28 germinal Je l'an VI (15 avril 1798}, pour paraître ensuite sous diverses dénominations jusqu'au 27 fructidor an VIU. Après le coup d’£lat de Brumaire, Charles Duval ne manqua pas d'offrir ses services au général Bonaparte, et fat casé comme chef de bureau dans l'adminisiratioD des Droits réunis.

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