‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 325 sur 354 · LES PROSCRITS A LA BARRE · texte numérisé non relu

LES PROSCRITS A LA BARRE

indécis, consternés; je ne sais quelle pudeur semble les arrêter au moment de livrer celte nouvelle victime ; mais les passions mauvaises l'emportent, et Le Bas est jeté comme les autres en proie aux assassins.

Le bateleur Fréron peut maintenant insulter bravement les vaincus. Mais que dit-il? Ce n’est plus Robespierre seul qui aspire à la dictature. A l’en croire, Maximilien devait former avec Couthon et Saint-Just un triumvirat qui eût rappelé les proscriptions sanglantes de Sylla ; et cinq ou six cadavres de Conventionnels étaient destinés à servir de degrés îi Couthon pour monter au trône. « Oui, je voulais arriver au trône, » dit avec le sourire du mépris, l’intègre ami de Robespierre, ün ne sait eu vérité ce qu’on doit admirer le plus, des inepties, des mensonges, ou des contradictions de ces misérables Thermidoriens. Debout au pied de la tribune, Saint- Just, calme et dédaigneux, contemplait d’un œil stoïque le honteux spectacle offert par la Convention (t). Après Fréron, on entend Élie Lacoste , puis Collot d’Herbois. C’est à qui des deux mentira avec le plus d’impudence. Le dernier accuse ceux dont il est un des prescripteurs d’avoir .songé une nouvelle insurrection du 31 mai. « Il en a menti », s’écrie Robespierre d’une voix forte. Et l’Assemblée de s’indigner, îi la manière de Tartufe, comme si Tavant-veille le comité de Salut public n’avait point, par la bouche de Barère, hautement félicité Robespierre d’avoir flétri avec énergie toute tentative de violation de la Représentation nationale.

C’en est fait, Maximilien et son frère, Couthon, Sainl-Just et Lv Bas sont décrétés d’accusation. A la barre, à la barre! s’écrient, pressés d’en finir, un certain nombre de membres parmi lesquels on remarque le représentant Clauzel (2). Les huissiers, dit-on, osaient à peine exécuter les ordres du président tant, jusqu’alors, ils avaient été habitués à porter haut dans leur estime ces grands citoyens réduits aujourd’hui au rôle d’accusés. Les proscrits, du reste, ne songèrent pas à résister; ils se rendirent d’eux-mêmes à la barre; et, presque aussitôt, on vit, spectacle navrant! sortir entre des gen-

RéToIution , pour aToir si mauvaise opinion des hommes de cette époque. Comme la plupart des libéraux de la Restauration , H. Barthélemy appartenait h l'école therinido-girondine, et ce sont les livres et les journaux de cette école qu'il a lus et médités.

(1) C’est ce que Charles Duval a , dans son procès-verbal , appelé « avoir l'air d'un traître », p. ïl.

(î) Député de l'Ariége h la Convention, Clauiel, après avoir affiché longtemps un républicanisme assez fervent, accueillit avec transport le coup d'État de Brumaire. Devenu membre du Corps législatif consulaire, il ne cessa de donner au pouvoir nouveau des gages de dévouement et de zèle. [BiograpkU uniterieUe.)

HISTOIRE UE ROUESPIERRE

darmes ces véritables foiidaleurs de la République. Il était alors quatre heures et demie environ.

Eux partis, Gollot d’Ilerbois continua tranquillement sa diatribe. L'unique grief invoqué par lui qontre Maximilien fut, — ne l'oublions pas, car l'aveu mérite assurément d'ètre recueilli, — son discours de la veille, c'est-ànlire la plus éclatante justification qui jamais soit tombée de la bouche d’un homme. Je me trompe : il lui reprocha encore de n’avoir pas eu assez d’ainonr et d'admiration pour la personne de Marat. Tout cela fort applaudi de la bande. On cria mémo beaucoup Vire la liépublique ! les uns par dérision, les autres, eu petit nombre ceux-là, dans l’innocence de leur cœur. Les malheureux, ils venaient de la tuer !

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Cette longue et fatale séance de la Convention avait duré six heures ; elle fut suspendue à cinq heures et demie pour être reprise à sept heures; mais d’ici là de grands événements allaient se passer.

Le comité de Salut public, réduit à Barère, Billaud-Varenne, Carnot, Collot d’Herbois, Hoberi Lindet et C.-.\. Prieur, comptait sur le concours des autorités constituées, notainmont sur la commune de Paris, le maire et l’agent national. La Convention, comme on l’a vu, avait chargé ces deux derniers de l’exécution des décrets rendus dans la journée. Mais, patriotes éclairés et intègres, auxquels, ai-je dit avec raison , on n’a jamais pu reprocher une bassesse ou une mauvaise, action , Flcuriot-Lcscot et Payan ne devaient pas hésiter à se déclarer contre les vainqueurs et à prendre parti pour les vaincus, qui re|)résentaient à leurs yeux la cause de la patrie, de la liberté, de la démocratie. La commune tout entière suivit héroïquement leur exemple.

Mr/rir cniMa diis placuit . sed victa Catoni.

L’agent national reçut à cinq heures, par l’entremi.se du commissaire des administrations civiles, police et tribunaux, notification du décret d’arrestation des deux Robespierre, de Saint-Just, de Couthon, Le Bas et autres (1). Précisément à la même heure , le conseil

(1) Dépèclic signée d'Herman et de Lannes, son adjoint, (l’iéce de la collection Beuchoi.) Iniiijolés bieotét après comme robespierristes par la réaction tbermidurienne, Herman et Lannes ne prirent nullement fait et cause pour Robespierre, dans la journée du 9 Thermidar.

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