‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 326 sur 354 · LIVRE XV. — RÉUNION DU CONSEIL GÉNÉRAL DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — RÉUNION DU CONSEIL GÉNÉRAL DE LA COMMUNE

général de la commune, réuni en assemblée extraordinaire à la nouvelle des événements du jour, venait d’ouvrir sa séance sous la présidence du maire. Quatre-vingt-onze membres étaient présents.

« Citoyens, » dit Fleuriot-Lescot, « c’est ici que la patrie a été • sauvée au tO août et au 31 mai ; c’est encore ici qu’elle sera sauvée. Que tous les citoyens se réunissent donc ii la commune ; que l’entrée de ses séances soit libre û tout le monde sans qu’on exige l’exhibition de cartes ; que tous les membres du conseil fassent le serment de mourir à leur poste (1). » Aussitôt, tous les membres de se lever spontanément et de prêter avec enthousiasme ce serment qu’ils auront à tenir, hélas! avant si peu de temps. L’agent national prend ensuite la parole et peint, sous les plus sombres couleurs, les dangers courus par la liberté. Il trace un parallèle écrasant entre les prescripteurs et les proscrits: ceux-ci, qui s’étaient toujours montrés les constants amis du peuple ; ceux-là, qui ne voyaient dans la Révolution qu’un moyen de fortune et qui, par leurs actes, semblaient s’être attachés à déshonorer la République. Sans hésitation aucune, le conseil général adhère à toutes les propositions du maire et de l’agent national, et chacun de scs meiûbres, pour revendiquer sa part de responsabilité dans les mesures prises, va courageusement signer la feuille de présence, signant ainsi son arrêt de mort (2).

Tout d’abord, deux officiers municipaux sont chargés de se rendre sur la place de Grève et d’inviter le peuple à se joindre à ses magistrats afin de sauver la patrie et la liberté. On décide ensuite l’arrestation des nommt’s Collot d’Herbois , Amar, Léonard Bourdon , Dubarran, Fréron, Tallien, Panis. Carnot, Uubois-Crancé, Vadier, Javogucs, Fouché, Granet et Moyse Bayle, pour délivrer la Convention de l’oppression où ils la retiennent. Une couronne civique est promise aux généreux citoyens qui arrêteront ces ennemis du peuple (3). Puis, le maire prend le tableau des Droits de l’homme et donne lecture de l’article où il est dit que, quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus saint et le plus indispensable des devoirs. Successivement on arrête ; que les barrières seront fermées; que le tocsin de la ville sera .sonné et le rappel battu dans toutes les sections; que les ordres émanant des comités de Salut public et de Sûreté générale seront considérés comme non avenus; que toutes les autorités constituées et les commandants de la force armée des sections se rendront sur-le-champ

(1) Renseiguements donnés par les employés au secrétariat sur ce qui s'est passé é la commune dans la nuit du 9 au 10 thermidor. (Pièce de la collection Beuchot.)

(2) Ibid.

(3) Arrêté, signé Payan, Àrckitet, F 7, A579.

à l’Hôtel de Ville afin de prôter serment de fidélité au peuple; que les pièces de canon de la section des Droits de V homme seront placées en batterie sur la place de la commune ; que toutes les sections seront convoquées sur-le-champ pour délibérer sur les dangers de la patrie et correspondront de deux heures en deux heures avec le conseil général ; qu’il sera écrit îi tous les membres de la commune du 10 août de venir se joindre au conseil général pour aviser avec lui aux moyens de sauver la patrie (1); enfin que le commandant de la force armée dirigera le peuple contre les conspirateurs qui opprimaient les patriotes, et qu’il délivrera la Convention de l’oppression où elle était plongée (2).

Le substitut de l'agent national, Lubin, avait assisté à la séance de l’Asscniblée. Il raconte les débats et les scènes dont il a été témoin, l’arrestation des deux Robespierre, de Saint-Just, de Couthon et de Le Bas. Aussitôt il est enjoint aux administrateurs de police de prescrire aux concierges des différentes maisons d’arrêt de ne recevoir aucun détenu et de ne donner aucune liberté sans un ordre exprès de l’administration de police (3). Puis, sur la proposition du substitut de l’agent national , une députation est envoyée aux Jacobins afin de les inviter à fraterniser avec le conseil général. Cependant les moments sont précieux : il ne faut pas les perdre en discours, mais agir, disent quelques membres. Jusque-là, du reste, chaque parole avait été un acte. Le conseil arrête une mesure d’une extrême gravité en décidant que des commissaires pris dans son sein iront, accompagnés de la force armée, délivrer Robespierre et les autres jirisonniers arrêtés. Enfin, en réponse à la proclamation conventionnelle, il adopte l'adresse suivante et en vote l’envoi aux quarante-huit sections : « Citoyens, la patrie est plus que jamais en

(1) Rensüigncmcnls donnés par les employés au secrétariat, uét suprà. Voy. aussi le procès-verbal de la séance du 9 Thermidor à la commune, dans ï'Üistoire parlementaire^ t. XXXIV, p. é5 et suit.

(2) Arrêté de la main de Lerebours, signé : Lerebours, Payan, Bernard, Lonvet, Arthur, Coftinbal, Châtelet, Legrand.

(3) Voici le modèle de la prescription adressée aux concierges des différentes maisons d'arrêt : « Commune de Paris, département de police... Nous t’enjoignons, citoyen, sous ta responsabilité, de porter la plus grande attention h ce «ju'aucune lettre ni, autres papiers ne puissent entrer ni sortir de la maison dont la garde t'est con6ée, et ce, jusqu’à nouvel ordre. Tu mettras de côté, avec soin, toutes les lettres que les détenus te remettront.

Cf II l’est personnellement défendu de recevoir aucun détenu ni de donner aucune liberté que par les ordres de l'administration de police. Les administrateurs de police : Henry, Lelièvre, Qucnct, Faro, Wichterich. » (Pièce de la collection Beuebot.) L'ordre dont nous donnons ici la copie textuelle est précisément celui qui fut adressé au concierge de la maison du Luxembourg, oit se trouva envoiyë Robespierre.

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