‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 327 sur 354 · LIVRE XV. — EFFET PRODUIT PAR SON ARRESTATION · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — EFFET PRODUIT PAR SON ARRESTATION

danger. Des scélérats dictent des lois à la Convention, qu’ils oppriment. On proscrit Robespierre, qui fit déclarer le principe consolant de l’Étre suprême et de l’immortalité de l’ûmc; Saint-Just, cet apôtre de la vertu, qui fit cesser les trahisons du Rhin et du Nord, qui, ainsi que Le Ras, fit triompher les armes de la République; Couthou, ce citoyen vertueux qui n’a que le cmur et la tête de vivant, mais qui les a brûlants de l’ardeur du patriotisme; Robespierre le jeune, qui présida aux victoires de l’armée d’Italie. » Venait ensuite l’énumération des principaux auteurs du guet-apens thermidorien. Quels étaient-ils? Un Aniar, « noble de trente mille livres de rente; » l’ex-vicomte du Barran, et « des monstres de cette espèce. » Collot d’Herbois y était qualifié de partisan de Danton, et accusé d’avoir, du temps où il était comédien, volé la caisse de sa troupe. On y nommait encore Bourdon (de l’Oise), l’éternel calomniateur, et Barère, qui tour à tour avait appartenu à toutes les factions. La conclusion était celle-ci : « Peuple, lève-toi ! ne perds pas le fruit du 10 août et du 31 mai; précipitons au tombeau tous ces traîtres (1). »

Le sort en est jeté ! Au coup d'État de la Convention la commune oppose l’insurrection populaire. On voit quelle énergie suprême elle déploya en ces circonstances sous l'impulsion des Fleuriot- Lescot, des Payan, desCoffinhal et des Lerebours. Si tous les amis de Robespierre eussent montré la même résolution et déployé autant d’activité, c’en était fait de la faction thermidorienne, et la République sortait triomphante et radieuse de la rude épreuve où, hélas! elle devait être frappée à mort.

XKVII

La nouvelle de l’arrestation de Robespierre causa et devait causer dans Paris une sensation profonde. Tout ce que ce berceau de la Révolution contenait de patriotes sincères, de républicains honnêtes et convaincus, en fut consterné. Qu'elle ail été accueillie avec une vive satisfaction par les royalistes connus ou déguisés, cela se comprend de reste, Maximilien étant avec raison regardé comme la pierre angulaire de l’édifice républicain. Mais fut-^lle, suivant l’assertion de certains écrivains, reçue comme un signe précurseur du

(1) Celle idreue e»l sigoie : Lescoi-Flenriot, maire; Blin, secrélaire-grefficr adjoint, et J. Fienrj, terréttire-greffler. Il eiiste aux ArcAiuei quarante-six copiée de cette proclamation. (F T, 34.)

renverseiiieiU dn l’échafaud (1)? Rien de plus contraire à la vérité. Quand la chute de Robespierre fut connue dans les prisons, il y eut d'abord parmi la plupart des détenus un sentiment d’anxiété et non pas de contentement, comme on l’a prétendu après coup. Au Luxembourg, le député Railleul , un de ceux qu’il avait sauvés de l’échafaud , se répandit en doléances (2), et nous avons déjà parlé de l’inquiétude ressentie dans certains départements qnand on y apprit les événements de Thermidor. Parmi les républicains, et môme dans les rangs opposés, on se disait à mi-voix ; « Nos malheurs ne sont pas finis, puisqu’il nous reste encore des amis et des parents, et que MM. Robespierre sont morts (3),! » Il fallut quelques jours à la réaction pour être tout à fait certaine de sa victoire et se rendre compte de tout le terrain qu’elle avait gagné à la mort de Robespierre.

On doit, en conséquence, ranger au nombre des mensonges de la réaction l’histoire fameuse de la dernih'e chairette, menée de force à la place du Trône au milieu des imprécations populaires. D’aucuns vont jusqu’à assurer que les gendarmes, Hanriot à leur tête, durent disperser la foule à coups de sabre (4). Outre qu’il est diffi-

(1) C'cslce que ne manque pas d’afflrmer M. Michelet avec son aplomb ordinaire. El il ajoute : « Tellement il avait réussi, dans tout cqt afTreux mois de thermidor, è ideniifler son nom avec celui de la Terreur. » (t. VII, p. 472.) Est-Il possible de se tromper plus grossièrement? Une chose reconnue de tous, au contraire, c'est que dans cet affreux mois de tliemiidor, Robespierre n'eut aucune action sur le gouvememeni révolutionnaire, et l'on n'a pas manqué d'établir une comparaison, toute en sa faveur, entre les exécutions qui précédèrent sa retraite et celles qui la suivirent. (Voir le rap* port de Saladin.) <jue pour trouver partout des alliés, les Theriuidoriens l'aient présenté aux uns comme le promoteur de la Terreur, aux autres comme un antiterroriste, cela est vrai; mais finalement ils le tuèrent pour avoir voulu, suivant leur propre exprès* sion, arrêter le cours terrible, majestueux de la Révolution, et il ne put venir à l'esprit de personne, au premier moment, que Robespierre mort, morte était la Terreur.

(2) Ceci attesté par un franc royaliste détenu lui-même au Luxembourg, et qui a passé sa vie h calomnier la Révolution et ses défenseurs. Yoy. Ettaù historiques sur les caxues «t les effets de la Bivolution, par C. A. B. Beaulieu, t. V, p. 367. Beaulieo ajoute que, depuis, pour effacer l'idée que ses doléances avaient pu donner de lui, BaUleul se jeta à corps perdu dans le parti thermidorien. Personne n'ignore en effet avec quel cynisme Bailleul, dans ses Esquisses, a diffamé et calomnié celui qu’il avait appelé son sauveur.

(3) Nous avons déjà cité plus haut ces paroles rapportées par Charles Nodier, lequel ajoute : « El cette crainte n'éioit pas sans motifs, car le parti de Robespierre venoit d’être immolé par le parti de la Terreur. (Souoentrr de la Hévoiulion, t. 1, p. 305, éd. Charpentier.)

(4) M. Michelet ne manque pas de nous montrer Hanriot sabrant la foule, et assurant une dernière malédiction à son parti (l. VII, p. 473). M. Michelet n'hésite jamais h marier les fables les plus invraisemblables à Tbistoire. C’est un moyen d'étre pittoresque.

Page 1