‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 329 sur 354 · LIVRE XV. — ARRESTATION d’HANRIOT · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — ARRESTATION d’HANRIOT

seil général, convoqua tous les citoyens dans leurs arrondissements respectifs eu les invitant à attendre les décisions de la commune, installa une réserve de deux cents hommes à la commune pour sc tenir à la disposition des magistrats du peuple, fit battre pai'tout la générale et envoya des gendarmes fermer les barrières; tout cela en moins d'une heure (1). Il faut lire les ordres dictés par Hanriot ou écrits de sa main dans cette journée du 9 Thermidor, et qui ont été cousenés, pour se former une idée exacte de l’énergie et de l’activité déployées par ce général (2). Suivi de quelques aides de camp et d’une très-faible escorte, il se dirigea rapidement vers les Tuileries afin de délivrer les députés détenus au comité de Sûreté générale sous la garde de quelques gendarmes. Ayant rencontré dans les environs du Palais-Royal le député Merlin (de Thionville) dont le nom avait été prononcé à la commune comme étant celui d’un des conjurés, il .se saisit de lui et le confina au poste du jardin Égalité. Jusqu’à ce moment de la journée. Merlin n’avait joué aucun rôle actif, attendant l’issue des événements pour se déclarer. En se voyant arrêté, il protesta très-hautement, assure-t-on, de son attachement à Robespierre et de son mépris pour les conjurés (3). La nuit venue, il tiendra un tout autre langage, mais à une heure où la cause de la commune se trouvera bien compromise.

Cependant Hanriot avait poursuivi sa course. Arrivé au comité de .Sûreté générale, il y pénétra avec ses aides de camp, laissant son escorte à la porte. Ce fut un tort, il compta trop sur son influence personnelle et sur la déférence des soldats pour leur général. Robespierre et ses amis se trouvaient encore au comité. Il engagea vivement Hanriot à ne pas user de violence. «Laissez-moi aller au tribunal, » dit-il, « je saurai bien me défendre (4).» Néanmoins Hanriot persista à vouloir emmener les prisonniers ; mais il trouva dans les hommes qui gardaient le poste du comité de Sûreté générale une résistance inattendue. Des grenadiers de la Convention, aidés d’une

(1) On ne unrait, keetAgard, mieux rendre justice k Hinriot que Courtois ne i'a fait inrolontairement , et pour te décrier bien entendu , dans son rapport sur les événements du 9 Tbermidorfp. 60etsniv.)

(9) Voj. les ordres divers insérés par Courtois dans son rapport sur les événements de Thermidor, sous les numéros VII', Vil», VIII, IX, X, XXII, XXIII, XXIV, XXV, XXVI et XXVII, et qui se, trouvent en originaux et en copies, soit aux Archives , soit dans la coliection Beucliot.

(3) C'est ce qu'a raconté Léonard Gallois, comme le tenant d'une personne témoin de l'arrestation de Merlin (de Thionville). La conduite équivoque de ce député dans la journée du 9 Thermidor rend d'aiileurs ce fait fort vraisemblable. Voy. Histoire de la Convention, par Léonard Gallois, t. VII, p. S6T.

(é) Léouard Gallois, Histoire de la Convention, L VII, p. 269.

IIISTUIRK HE IIOBESPIERRE

domi-douzainc de gendarmes de la 29' division, se jetèrent sur le général et ses aides de cain)) et les garrottèrent à l’aide de grosses cordes (1). Les députés furent transférés dans la salle du secrétariat, où on leur servit à dîner, et bientét après, entre six et sept heures, on les conduisit dans différentes prisons. Maximilien fut mené au Luxembourg, son frère îi Saint-Lazare d'abord, puis à la Force, Le Bas à la Conciergerie (2) , Coulhon h la Bourbe , et Saint-Just aux Écossais. Nous verrons tout ù l'heure comment le premier fut refusé par le concierge de la maison du Luxembourg et comment ses amis se trouvèrent successivement délivrés.

' Tandis que la commune de Paris s'efl'orgait d’entraîner la population parisienne à résister par la force au coup d’État de la Convention, les comités de Salut public et de Sûreté générale ne restaient pas inactifs, et aux arrêtés de la municipalité ils répondaient par des arrêtés contraires. Ainsi : défense de fermer les barrières et de convoquer les sections, ils avaient peur du peuple assemblé;

^1) Nous empruntons notre récit k la déposition fort désintéressée d’an des aides de camp du général Hanriot, nommé (Jlrick, déposition faite le 1.0 thermidor à la section des Cracilh'crr. (Voy. pièce XWI, kla suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 Thermidor, p. 1:26.) (1 y a sur TaiTcstation du général llanriot une autre version d’après laquelle il aurait été arrêté rue Saint-Honoré, par des gendarmes de sa propre escorte, sur la simple invitation de Courtois qui , d’une fenêtre d’un restaurant oü il dt^ nait, leur aurait crié « de la manière la plus énergique, d'arrêter ce conspirateur. » Cette version, adoptée par la plupart des historiens, est tout à fait inadmissible. D'abord elle est de Courtois (voy. p. 65 de .son rapport) ; ensuite elle est formellement contredite par le récit que Merlin (de Thionville) fit de l'arrestation d'Hanriot k la séance du soir (procès-verbal de Charles Durai, p. â7), et par un des collègnes de Courtois, cité par Courtois lui-méme, par le député Robin, qui déclare que Courtois courut au Palais- Égalité pour inviter la force année k marcher sur Hauriot (note de la p. 66 dans le second rapport de Courtois). La version résultant de la déposition d'ÜIrick est la seule qui soit conforme k la vérité des faits. iVoy. aussi cette déposition dans lesPapiert inéiiitVt t. lll , p. 307.) Voici d’ailleurs une déclaration enfouie jusqu’à ce jour dans les cartons des et qui ajoute encore plus de poids à la version que nous avons

adoptée, c’est celle du citoyen Jeannelle, brigadier de gendarmerie, commandant le poste du comité de Sûreté générale, oü avaient été consignés les cinq députés décrétés d’arrestation : « Vers cinq heures, Hanriot avec ses aides de camp , sabre en main , viennent pour les réclamer, forçant postes et consignes, redemandant Robespierre. Un autre député est entré dans notre salle, a monté sur la table, a ordonné de mettre la pointe de nos sabres sur le corps d'Hanriot et de loi attacher les pieds et les mains. Ce qui fut fait avec exactitude, ainsi qu’à ses aides de camp.» ArchiveSf F 7, 32.

(2) D'après le récit de Courtois, Le Bas a été conduit à la Conciergerie (p. 67). U aurait été mené à la Force suivant Le Bas.

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