LIVRE XV. — MESURES PRISES PAR LES COMITÉS
ordre d’arrfler ceux qui sonneraient le tocsin et les tambours qui battraient le rappel; défense aux chefs de légion d’exécuter les ordres donnés par Hanriot, etc. En même temps ils lançaient des mandats d’arrestation contre le maire, Lescot-Fleuriot, contre tous les membres de l’administration de police et les citoyens qui ouvertement prenaient part à la résistance, et ils invitaient les comités de section, notamment ceux des Arcis et de Y Indivisibilité h faire cesser les rassemblements en apprenant au peuple que les représentants décrétés d’arrestation par l’Assemblée étaient les pins cruels ennemis de la liberté et de tégalité. On verra bientftt à l'aide de quel stratagème les Thermidoriens essayèrent de justifier cette audacieuse assertion. De plus, les comités convoquaient autour de la Convention la force-armée des sections de Guillaume Tell, des Gardes françaises et de la Montagne (Butte des Moulins) (1). Cette dernière section avait dans tous les temps montré peu de penchant pour la Révolution, et l’on songea sans aucun doute à tirer parti do ses instincts réactionnaires. Enfin le commandant de l’école de Mars, le brave Labretèche, à qui la Convention avait décerné jadis une couronne civique et un sabre d’honneur, était arrêté îi cause de son attachement pour Robespierre, et Carnot mandait autour de la Convention nationale les jeunes patriotes du camp des Sablons (2).
Les Jacobins de leur côté s’étaient réunis précipitamment à la nouvelle des événements ; il n’y eut de leur part ni hésitation ni faiblesse. Ils ne se ménagèrent donc pas, comme on l’a écrit fort légèrement (3), ceux du moins — et c’était le plus grand nombre — qui appartenaient an parti de la sagesse et de la justice représenté par Robespierre, caries conjurés de Thermidor comptaient au sein de la grande société quelques partisans dont les rangs se grossirent, après la victoire, de cette masse d'indécis et de timorés toujours prêts îi se jeter entre les bras des vainqueurs. L'n républicain d’une énergie rare, le citoyen Vivier, prit le fauteuil. A peine en séance, les Jacobins reçurent du comité de Sûreté générale l’ordre de li-
(1) Kou» arons relevé aux Archirts les différents arrêtés des comités de Salut public et de SûreU {générale. Les signatures qui j flgurent te plus fréquemment sont celles d’Amar, de Dubarran, Barère, Voulland , Vadier, Êlie Lacoste» Carnot» C.>A. Prieur, Jagot, Louis (du Bas-Bhin)» Kuhl et BiIlaud>Varenne. On y voit aussi celle de David ; mais c'est encore là une supercherie tbermidorienue.
(2) Archives, AF, 11,57.
(3) M. Michelet, t. VII, p. 485. Aucun journal du temps n'a reproduit la séance des Jacobins du 9 Thermidor» et les procès-verbaux de la société n'existent probablement plus. Mais ce qu’en a cité Courtois dans son rapport sur les événements de Thermidor et ce qu'on peut en voir par le procès-verbal de la commune démontre suftisamment l’ardeur avec laquelle la majorité de la société embrassa la cause de Robespierre.
vrer le manuscrit du discours prononcé la veille par Robespierre et dont ils avaient ordonné l’impressioue. Refus de leur part, fondé sur une exception d'incompétence (1). Sur-le-champ ils se déclarèrent en permanence, approuvèrent au milieu des acclamations tous les actes de la commune, au fur et è mesure qu’ils en eurent connaissance, et envoyèrent une députation au conseil général pour jurer de vaincre ou de mourir, plutôt que de subir un instant le joug des conspirateurs. Il était alors sept heures (2).
La société décida ensuite, par un mouvement spontané, qu’elle ne cesserait de correspondre avec la commune au moyen de députations et qu’elle ne se séparerait qu’après que les manœuvres des traîtres seraient complètement déjouées (3). Elle reçut du reste, du conseil général lui-même, l’invitation expresse de ne pas abandonner le lieu de ses séances (4), et l’énorme influence des Jacobins explique suffisamment pourquoi la commune jugea utile de les laisser agir en corps dans leur local ordinaire, au lieu dé les appeler à elle. Le député Drivai s’ôtant présenté, on le pria de rendre compte de la séance de la Convention.il le lit rapidement. Le président lui demanda alors qu’elle avait été son opinion. Il répondit qu’il avait volé pour l’arrestation des deux Robespierre, de Saint-Just, de Couthon et de Le Bas. Aussitôt il se vit retirer sa carte de Jacobin et quitta tranquillement la salle. Mais sur une observation du représentant Chasles, et pour éviter de nouvelles divisions, la société rapporta presque immédiatement l’arrêté par lequel elle venait de rayer de la liste de ses membres le député Drivai, à qui un commissaire fut chargé de rendre sa carte (5). Comme la commune, elle déploya une infatigable énergie; un certain nombre de ses membres se répandirent dans les assemblées sectionnaircs pour les encourager à la résistance, et, du rapport de ces commissaires, il résulte que jusqu’à l’heure de la catastrophe la majorité des sections penchait pour la commune. A deux heures et demie du matin, elle recevait encore une députation du conseil général , et chargeait
(1) Extrait du procès-Terbal de la séance des Jacobins, cité par Courtois dans aoa rapport sur les évéaementa du 9 Thermidor, p. 57.
(2) Ibid., p. 58.
(3) Ibid.
(4) Lettre signée Leseot-Fleuriot, Arthur, Legrand, Pajan, Châtelet, Grenard, Cof> finhal et Gibert, et citée en note dans le second rapport de Courtois, p. 51 .
(5) Extrait du procès-verbal de la séance des Jacobins, cité en note dans le second rapport de Courtois, p. 59. Yojcz du resta rezplieation donnée par Brival lui>méme h la Convention dans la séance du soir. Le Thermidorien Brival est ce député qui, après Tbcrniidor, s'étonnait qn*on eAl épargné Us restes de la race impure des Capet. (Séance do la Convention.)
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