‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 331 sur 354 · LIVRE XV. — LES VRAIS JAC.OBIXS · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — LES VRAIS JAC.OBIXS

les citoyens Duplay, l’hôte de Maximilien, Gauthier, Roskeiistroch. Didier, Faro, Dumont, Accart, Lefort, Lagarde et Versenne, de reconduire cette députation et de s’unir à la commune, afin de veiller avec elle au salut de la chose publique (1). Mais déjà tout était fini ; il avait suffi de la balle d’un gendarme pour décider des destinées de la République.

Avec Robespierre finit la période glorieuse et utile des Jacobins: Maximilien tombé, ils tombèrent également, et dans leur chute ils entraînèrent les véritables principes de la démocratie, dont ils semblaient être les représentants et les défenseurs jurés. A cette grande école du patriotisme va succéder l’école des mauvaises mœurs, des débauches et de l’assassinat. Foin des doctrines sévères de la Révolution ! Arrière les ennuyeux sermonneurs, les prêcheurs de liberté et d’égalité! Il est temps de jouir. A nous les chftteaux, à nous les courtisanes, à nous les belles émigrées dont les sourires ont fléchi nos cœurs de tigres! peuvent désormais s’écrier les sycophantes de Thermidor. Et tous de suivre à l’envi le chœur joyeux de l’orgie lestement mené par Thérézia Cabarrus devenue M"' Tallien, et par Barras, tandis que dans l’ombre, à l’écart, gémissaient, accablés de remords, les démocrates imprudents qui n’avaient pas défendu Robespierre contre les coups des assassins.

Nous avons eu en ces derniers temps, et nous avons aujourd’hui encore la douleur d’entendre insulter la mémoire des Jacobins par certains écrivains ou rhéteurs affichant cependant une tendresse sans égale pour les doctrines de la Révolution française. ïe ne sais en vérité où ces étranges libéraux, ces soi-disant démocrates ont appris l’histoire de notre Révolution. Si ce n’est insigne mauvaise foi, c’est à coup sûr ignorance inouïe de leur part que d’oser nous présenter les Jacobins comme ayant peuplé les antichambres consulaires et monarchiques. Ouvrez les almanachs impériaux et royaux, vous y verrez figurer les noms de quelques anciens Jacobins, et surtout ceux d’une foule de Girondins; mais les membres du fameux club qu’on vit revêtus du manteau de sénateur, investis de fonctions lucratives et affublés de titres de noblesse, furent précisément les alliés et les complices des Thermidoriens, les Jacobins de Fouché et d’Élie Lacoste. Quant aux vrais Jacobins, quant à ceux qui demeurèrent toujours fidèles à la pensée de Robespierre, il faut les chercher sous la terre, dans le linceul sanglant des victimes de

(1) Arrêté signé Virier, président, et Cazalès, secrétaire. Pièce XXI, à la snite do second rapport de Courtois, p. 123. Pour avoir ignoré tout cela,. M. Michelet a tracé de la séance des Jacobins dans la journée du 9 Thermidor le tableau le plus faux qu'on puisse imaginer.

Therraiilor ; il faut les chercher sur les plages brûlantes de Sinnamari et de Cayenne, non dans les antichambres du premier consul. Près de cent vingt périrent dans la catastrophe où sombra Maximilien ; c'était déjà une assez jolie trouée au cœur de la société. On sait comment le reste fut dispersé et décimé par des proscriptions successives; on sait comment le hideux Fouché profila d'un attentat royaliste pour débarrasser son maître de ces fiers lutteurs de la démocratie et déporter le plus grand nombre de ces anciens collègues qui un jour, à la voix de Robespierre, l’avaient comme indigne chassé de leur sein. Chaque fois que depuis Thermidor la voix de la liberté proscrite trouva en France quelques échos, ce fut ^ dans le cœur de ces Jacobins qu’une certaine école libérale se fait un jeu de calomnier aujourd'hui. C’est de leur poussière que sont nés les plus vaillants et les plus dévoués défenseurs de la démocratie ; ce sont nos saints et nos martyrs ; ne laissons donc pas injurier impunément leur mémoire, et quand nous en parlons, que ce soit avec respect et avec reconnaissance.

Il ne suffisait pas, du reste, du dévouement et du patriotisme des Jacobins pour assurer dans celte journée la victoire au parti do la justice efde la démocratie, il fallait encore que la majorité des sections se prononçât résolûment contre la Convention nationale. Un des premiers soins de la commune avait été de convoquer extraordinairement les assemblées sectionnaires, ce jour-là n’étant point jour de séance. Toutes répondirent avec empressement à l’appel du conseil général. Les sections comprenant la totalité de la population parisienne, il est absolument contraire à la vérité de croire, avec un historien do nos jours, à la neutralité de Paris dans cette nuit fatale (1 ). Les masses furent sur pied, flottantes, irrésolues, incertaines, penchant plutôt cependant du côté de la commune; et si, tardivement, chacun prit parti pour la Convention, ce fut grâce à l'irrésolution de Maximilien et surtout grâce au coup de pistolet du gendarme Merda.

Trois sources d’informations existent qui sembleraient devoir nous renseigner suffisamment sur le mouvement des sections ' dans la soirée du 9 et dans la nuit du 9 au 10 thermidor : ce sont, d’abord,

(I) Hicbelet , BUtoire de la Riwlution, t. VU, p. 488.

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