LIVRE XV. — KOUVEMENT DES SECTIONS
sion particulière de divers comités civil et révolutionnaire de chacune d’elles. Plusieurs, comme les sections Poissonnière , de Brutus, de Bondy, de la Montagne et autres, s’empressèrent d’annoncer à la commune qu’elles étaient debout et veillaient pour sauver la patrie (1). Celle de la Cité, qu’on présente généralement comme s’étant montrée très-opposée ï la commune , lui devint en effet fort hostile, mais après la victoire de la Convention. A cet égard nous avons un aveu très-curieux du citoyen Leblanc, lequel assure que le procès-verbal de la séance du 9 a été tronqué (2). On y voit notamment que le commandant de la force armée de cette section , ayant reçu de l’administrateur de police Tanchoux l’ordre de prendre sous sa sauvegarde et sa responsabilité la personne de Robespierre, refusa avec indignation et dénonça le fonctionnaire rebelle (3). Or, les choses s’étaient passées tout autrement. Cet officier, nommé Vanheck, avait au contraire très-chaudement pris la parole en faveur des cinq députés arrêtés. Racontant la séance de la Convention à laquelle il avait assisté, et où, selon lui, » les vapeurs du nouveau Marais infectaient les patriotes », il s’était écrié : « Toutes les formes ont été violées; ù peine un décret d’arrestation était-il proposé qu’il était mis aux voix et adopté. Nulle discussion. Les cinq députés ont demandé la parole sans l’obtenir; ils sont maintenant à l'administration de police (4). » Invité ù prendre ces représentants sous sa sauvegarde, il s’y était refusé en effet, par prudence sans doute, mais en disant qu'à ses yeux Robespierre était innocent. 11 y a loin de là, on le voit, à cette indignation dont parle le procès-verbal remanié après coup. Eh bien ! pareille supercherie ' eut lieu, on peut en être certain, pour les procès-verbaux de presque toutes les sections.
Celle des Piques (place Vendôme), dans la circonscription de laquelle se trouvait la maison de Duplay, se réunit dès neuf heures du soir, sur la convocation de la commune, et non point vers deux heures du matin seulement, comme l’allègue mensongèrement Courtois, qui d’ailleui-s est obligé de convenir qu’elle avait promis de fraterniser avec la société des Jacobins, « devenue complice des
Panthion français, des Sans-Culottes, ies.Àmssde la Patrie, ie Montreuil, des Ouineeringts, du Faubourg Montmartre, des Gardes Françaises. (Pièce de la collection Beuchot.) ^
(1) Rapports adressés k Barras. (Archives, F 7, 1432.)
(2) ibid.
(3) Registre des procès-rcrbaui des séances de la section de la Cité. (Archires de la préfecture de police.)
(4) Rapport è Barras. (Archives, ubisuprà.)
rebelles (1) ». Le procès-verbal de cette section, très-longuement et très-soigneusenieiil rédigé, proteste en effet d’un dévouement sans bornes pour la Convention; mais on sent trop qu’il a été fait après coup (2). Là, il n’est point question de l’heure à laquelle s’ouvrit la séance; mais des pièces que nous avons sous les yeux il résulte «lue dès neuf heures elle était réunie; que Maximilien Robespierre, son ancien président, y fut l’objet des manifestations les plus chaleureuses; que l’annonce de la mise en liberté des députés proscrits fut accueillie vers onze heures avec des démonstrations de joie; qu’on y proposa de mettre à la disposition de la commune toute la force armée de la section , et que la iiouvidle du dénoûmcnt tragique et imprévu de la séance du conseil général vint seule glacer l’enthousiasme (3).
Il en fut à peu près de même partout. Toutefois, dans nombre de sections, la proclamation des décrets do mise hors la loi dont nous allons parler bientôt commença de jeter une hésitation singulière et un découragement profond. Ajoutez à cela les stratagèmes et les calomnies dont usèrent certains membres de la Convention pour jeter le désarroi parmi les patriotes. A la section de Marat (Théâtre- Français), Léonard Bourdon vint dire que, si jusqu’alors les cendres de Marat n’avaient pas encore été portées au Panthéon, c’était par la basse jalousie de Robespierre, mais qu’elles allaient y être incessamment transférées (i). Le député Crassous, patriote égaré qu’à moins d’un mois do là on verra lutter énergiquement contre la terrible réaction fille de Thermidor, annonça à la section de Brutus qu’on avait trouvé sur le bureau de la municipalité un cachet à fleurs de lis (5), odieux mensonge inventé par Vadier qui s’en excusa plus tard en disant que le danger.de perdre la tète donnait de l’imagination (6). 11 suffit de la nouvelle du meurtre de Robespierre et de la dispersion des membres de la commune pour achever de mettre les sections en déroute. Ce fut un sauve qui peut général. Chacun d’abjurer et de se rétracter au plus vite (7). Le
(1) PKiccs à la suita du rapport de Courtois sur les éTéneincDts du 9 Thermidor^ p. 159.
(2) Voyez le procès-rerbal de la séance de la section des Piques. (Archives de la préfeclure de police.)
(Z) Archives, F 7, U32.
(•4) Pièces à la sulie du rapport de Courtois, p. 136.
(5) Archives, F 7,14.'Î2.
16) Aveu de Vadier à Cambon. Yoy. à ce sujet une note des auteurs de VUûhire parUme*taire , t. XXXIV, p. 59.
(7) Voici un spécimen du genre : a Je soussigné, proteste contre tout ce qui s'est passé liierâ la commune de Paris, et que lorsquej'ai tu que ce que Tou proposoilétoit