LIVRE XV./ — CONSEIL EXÉCUTIF PROVISOIRE
grand patriote, qui peu d’instants auparavant comptait encore tant d’amis inconnus, tant de partisans, tant d’admirateurs passionnés, se trouva abandonné de tout le monde. Les sections renièrent à l’envi Maximilien; mais en le reniant, en abandonnant à ses ennemis cet intrépide défenseur des droits du peuple, elles accomplirent un immense suicide ; la vie se retira d'elles ; à partir du 9 Thermidor elles rentrèrent dans le néant.
On peut juger de quelle immense influence jouissait Robespierre : il suffit de son nom dans cette soirée du 9 Thermidor pour contrebalancer l’autorité de la Convention tout entière.; et l’on comprend maintenant les inquiétudes auxquelles fut en proie l’Assemblée quand elle rentra en séance. Le peuple se portail autour d’elle menaçant (t); les conjurés durent se croire perdus.
Le conseil général de la commune siégeait sans désemparer, et continuait de prendre les mesures les plus énergiques. A la nouvelle de' l’arrestation d’Hanriol il nomma, pour le remplacer, le citoyen Giot, de la section du Théâtre-Français, lequel, présent à la séance, prêta sur-le-champ serment de sauver la patrie, et sortit aussitôt pour se mettre à la, tête de la force armée (2). Après avoir également reçu le serment d’une foule de commissaires de sections, le conseil arrêta, sur la proposition d’un de ses membres, la nomination d’un comité exécutif provisoire composé de neuf membres, qui furent : Payan, Coffinhal, Louvel, Lerebours, Legrand. Uesboisseau. Châtelet, Arthur et Grenard. Douze citoyens, pris dans le sein du conseil général, furent aussitôt chargés de veiller à l’exéeution des arrêtés du comité provisoire (3). Il fut ordonné à toute personne de ne reconnaître d’autre autorité que celle de la commune révolu-
contraire aux principca, je me auia retirt. Ce 10 thermidor, Talbot. » (Pièce annexée au procès-verbal de la section du Temple (Archives de la préfecture de police.) Le mallieureux Talbot n'en fut pas moins livré k l'exécuteur.
(1) Déclaration de l'officier .municipal Bernard au conseil général de la commune. (Pièce de la collection Beuchot.)
(2) Vo;. le procès-verbal de la séance du conseil général dans TBietoire parlemmlaire, t. XXXIV, p. 50.
(3) Furent désignés : les citoyens Lacour, de Brulut ; Nercicr, du Finitlire; Leleu, des Inealidet; Hiché, des Qviiue-rittglt ; d’Axard, des Gurder-Fraapaùu ; Cochois, de Bonne-Nouvelle -, Aubert, de PoUtonniire ; Barel, du Faubourg-du-Nord ; Gibert, de la même section ; Jault, de Bonne-Nouvelle ; Simon, de Moral ; et Gency, du Finiilire ; arrêté signé : Fleuriot-Lescot , et Blin, cité par Courtois à 1a suite de son rapport sur les événemeuis du 9 Thermidor p. 111 .
tionnaire et d’arrCter tous ceux qui, abusant de la qualité de représentants du peuple, feraient des proclamations perfides, et mettraient hors la loi ses défenseurs (1).
Cependant il avait été décidé qu’on délivrerait, à main armée s’il en était besoin, Robespierre, Couthon et tous les patriotes détenus au conseil général. Ame intrépide, Coffinhal s’était chargé de cette expédition. Il partit îi la tète de quelques canonniers et se porta rapidement vers Ibs Tuileries. Mais quand il pénétra dans les salles du comité de Sûreté générale, Hanriot seul s’y trouvait. Les gendarme.s, chargés de la garde du général et de ses aides de camp n’opposèrent aucune résistance. Libre de ses liens, Hanriot monta îi cheval dans la cour, et fut reçu avec les plus vives démonstrations de fidélité et de dévouement par les troupes dont elle se trouvait garnie (2). La Convention était rentrée en séance depuis une heure environ, et successivement elle avait entendu Bourdon (de l’Oise), Merlin de (Thionville), Legendre, Rovère et plusieurs autres conjurés ; chacun racontant à sa manière les divers incidents de la soirée. Billaud-Varenne déclamait à la tribune , quand Collot d’Herbois monta tout effaré au fauteuil, en s’écriant ; « Voici l’instant de mourir à notre poste. » Et il annonça l’envahissement du comité de Sûreté générale par une force armée. Nul doute, je le répète, qu’en cet instant les conjurés et toute la partie gangrenée de la Convention ne se crurent perdus. L’Assemblée était fort perplexe; elle était à peine gardée, et autour d’elle s’agitait une foule hostile. Ce fut là qu’llanriot manqua de cet esprit d’initiative , de cette précision de coup d’œil qu’il eût fallu en ces graves circonslances au général de la commune. Si, ne prenant conseil que de son inspiration personnelle, il eût résolûment marché sur la Convention, c'en était fait do la conspiration thermidorienne. Mais un arrêté du comité d’exécution lui enjoignait de se rendre sur le champ au sein du conseil général (3) ; il ne crut pas pouvoir se dispenser d’y obéir, et courut à toute bride vers l’Hôtel de Ville.
Quand il parut à la commune, où sa présence fut saluée des plus vives acclamations (4), Robespierre jeune y était déjà. Conduit d’a-
(1) Pièce de la collection Beucboi, citée par Courtois dans son rapport sur les événements du 9 Thermidor, p. 159.
(î) Voy,, au sujet de la déliTrance d’Hanriol, une déclaration du citoyen Viton, du 25 thermidor, en tenant compte nécessairement des circonstances dans lesquelles elle a été faite. (Pièce XXXI, à la suite du rapport de Courtois, p. 186.)
(3) Arrêté signé : Louvet, Payan, Legrand et Lerebours. (Pièce de la collection Beuchot.)
(4) Procès-verbal de la séance du conseil général, dans VlHttoire parlementaire, t. XXXIV, p. 53.