‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 335 sur 354 · LIVRE \V. — MISE EN LIBERTÉ DES DÉPUTÉS DÉTENUS · texte numérisé non relu

LIVRE \V. — MISE EN LIBERTÉ DES DÉPUTÉS DÉTENUS

bord à la maison de Saint-Lazai'C , où il n'avait pas été reçu parce qu’il n’y avait point de secret dans cette prison, Augustin avait été mené à la Force; mais là s’étaient trouvés deux officiers municipaux qui l’avaient réclamé au nom du peuple et étaient accourus avec lui à la commune. Chaleureusement accueilli par le conseil général, il dépeignit, dans un discours énergique et vivement applaudi, les machinations odieuses dont ses amis et lui étaient victimes. Il eut soin du reste de mettre la Convention hors de cause, et se contenta d’imputer le décret d’accusation à quelques misérables conspirant au sein même de l’Assemblée (1). A peine avait-il fini de parler que le maire, sentant combien il était urgent, pour l’efl’et moral, de posséder Maximilien à la commune, proposa au conseil de l’envoyer chercher par une députation spécialement chargée de lui faire observer qu’il ne s’appartenait pas, mais qu’il se devait tout entier à la patrie et au peuple (2). Fleuriot-Lescot connaissait le profond respect de Robespierre pour la Convention , son attachement à la légalité, et il n’avait pas tort, on va le voir, en s’attendant à une vive résistance de sa part.

Transféré vers sept heures à la prison du Luxembourg, sous la garde du citoyen Chanlaire, de l’huissier Filleul et du gendarme Lemoine (3), Maximilien avait été refusé par le concierge, en vertu d'une injonction des administrateurs de police de ne recevoir aucun détenu sans leur ordre. Il insista vivement pour être incarcéré. Esclave du devoir, il voulait obéir quand même au décret qui le frappait. « Je saurai bien me défendre devant le tribunal, » dit-il. En effet, il pouvait être assuré d’avance d’un triomphe éclatant, et il ne voulait l’emporter sur ses ennemis qu’avec les armes de la légalité. Billaud-Varenne ne se trompait pas en écrivant ces lignes : a Si, dans la journée du 9 Thermidor, Robespierre, au lieu de se faire enlever pour se rendre à la commune et y arborer l’étendard de la révolte, eût obéi aux décrets de la Convention nationale, qui peut calculer ce que l'erreur, moins affaiblie par cette soumission, eût pu pro-

(I) Procèa-fsrbal de la eéince de la commune [IlUtoire parlementaire, t. XXXIV, p. Si). A l'appui de celte partie du procèa-Terbal, rojez la déclaration de Robespierre jeune au comité ciril de la section de la Maiton- Commune, lorsqu'il j fut transporté k la suite de sa chute. « A répondu... que quand il a été dans le sein de la commune, il a parlé pour la Conrention en disant qu’elle était disposée à sauver la patrie, mais qu’elle avait été trompée par quelques conspirateurs ; qu'il (allait veiller k sa conservation. a (Pièce XXXVllI k la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 Thermidor, p. SOS.)

(S) Procès-verbal de la séance de la commune, ubi tuprà.

(3) Pièce XIX k la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 Thermidor, p. 113.

HISTOIRE UE ROBESPIERRE

curer de chances fayorabks h son ascendant ( 1 ) ? » La volonté de Maximilien échoua devant la résistance ' d’un guichetier (2).

Du Luxembourg, Robespierre avait été conduit à l'administration de police située îi côté de la mairie, sur le quai des Orfèvres, dans les bôliments aujourd'hui démolis qu’occupait la préfecture de police. Il y fut reçu avec les transports du plus vif enthousiasme, aux cris de Vive, Rohespierre (3) ! Il pouvait être alors huit heures et demie. Peu après se présenta la députation chargée de l’amener au sein du conseil général. Tout d’abord Maximilien se refusa absolument è se rendre à cette invitation. « Non », dit-il encore , « laissezmoi paraître devant mes juges. » La députation se retira déconcertée. Mais le conseil général , jugeant indispensable la présence de Robespierre à l’Hôtel de Ville, dépêcha auprès de lui une nouvelle députation aux vives instances de laquelle Robespierre céda enfin. Il la .suivit è la commune, où l'accueillirent encore les plus chaleureuses acclamations (4). Mais que d’heures perdues déjà !

En même temps que lui parurent ses chers et fidèles amis, Saint- JustetLe Ras, qu’on venait d’arracher l’un et l’autre aux prisons où les avait fait transférer le comité de Sûreté générale. Au moment où Le Bas sortait de la Conciergerie, un fiacre s’arrêtait au guichet de la prison, et deux jeunes femmes en descendaient tout éplorées. L’une était Élisabeth Üuplay, l’épouse du proscrit volontaire, qui, soufl'rante encore, venait apporter à .son mari divers effets, un matelas, une couverture; l’autre, Henriette Le Bas, celle qui avait dû épouser Saint-Just. En voyant son mari libre, et comme emmené en triomphe par une foule ardente, M"*' Le Bas éprouva tout d’abord un inexprimable sentiment de joie, courut vers lui, se jeta dans scs bras, et se dirigea avec lui du côté de l’Hôtel de Ville. Mais de noirs pressentiments assiégeaient l’âme de Philippe. Sa femme nourris- .sait, il voulut lui épargner de trop fortes émotions, et l’engagea

(1) Mémoire de Billaud-Varenne. p. 46 du manuscrit. (Archives, ubi suprà.)

(2) Quelques bistoriens, notamment MM. Villiaumé et Tissot, ont tu dans ce refus du concierge de ta maison du Luxembourg une ruse machiaTéliqne des comités. A les en croire, lu comités auraient intimé à tous lu directeurs de prison l'ordre de faciliter l'évasion des députés décrétés d'accusation, afin d'avoir contre ceux-ci la ressource commode et expéditive d'un décret de mise hors la loi. Les conjurés de Tbermidor étaient bien capables d'une pareille fourberie ; mais cette opinion, appuyée sur les souvenirs plus ou moins certains de quelques survivants de la Révolution, ne saurait tenir devant les ordres si précis des administrateurs de police qui étaient tout dévoué.s k Robespierre, et qui périrent avec lui.

. (3) Déclaration de Louise Picard, pièce \X\I1, il la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 Tbermidor, p. 194.

(4) Renseignements donnés par les employés au seeréuriat sur ce qui s'est passé k la commune. (Pièce de la coliection Beuebot.)

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