LIVRE XV. — ROBESPIERRE A LA COMMUNE
vivement h retourner chez elle, en lui adressant mille recommandations au sujet de leur tils. « Ne lui fais pas haïr les assassins de son père, » dit-il; a inspire-lui l’amour de la patrie; dis-lui bien que son père est mort pour elle... Adieu, mon Elisabeth, adieu (t)! Ce furent ses dernières paroles, et ce fut un irrévocable adieu. Quelques instants après cette scène, la barrière de l'éternité s’élevait entre le mari et la femme.
La présence de Robespierre h la commune sembla redoubler l’ardeur patriotique et l’énergie du conseil général; on y voyait le gage assuré d’une victoire prochaine, car on ne doutait pas que l’immense majorité de la population parisienne ne se ralliât à ce nom si grand et si respecté.
Le conseil général se composait de quatre-vingt-seize notables et de quarante-huit officiers municipaux formant le corps municipal, en tout cent quarante-quatre citoyens élus par les quarante-huit sections de la ville de Paris. Dans la nuit du 9 au t O thermidor, quatrevingt-onze membres signèrent la liste de présence, c’est-îi-dire leur arrêt de mort pour la plupart. D’autres vinrent-ils? c’est probable; mais ils ne signèrent pas, et évitèrent ainsi la proscription sanglante qui frappa leurs malheureux collègues. Parmi les membres du conseil général figuraient un certain nombre de citoyens apparUv
(1' M«ntiwrit He I.p Bas. B’anr^s fp Tnaniisrrit, sarail k la Force que Le Bas aufait été conduit^ mais Le Bas a dû confondre cette prison btcc la Conciergerie. Comme tous les membres de sa malheureuse famille, Le Bas fut jetée en prison avec son enfant à la mamelle par les héros de Thermidor, qui in laissèrent végéter durant quelques mois, d'abord h la prison Talarue, puis à Saint-Laaare, dont le nom seul était pour elle un objet d'épouvante. Toutefois elle sc résigna, a Je souffrais pour mon bien-aimé mari, cette pensée me soutenait, o On lui avait offert la liberté, une pension même, si elle voulait changer de nom ; elle s'y refusa avec indignation. « Je n'aurais jamais quitté ce nom si cher à mon cœur, et que je me fais gloire de porter, u Femme héroïque do l'hérofque martyr qui ne voulut point partager l'opprobre de la victoire thermidorienne, elle se montra, jusqu'à son dernier jour, fière de la mort de son mari : « Il a su mourir pour sa patrie, il ne devait mourir qu'avec les martyrs de la liberté. Il m'a laissée veuve et mère à vingt et un ans et demi ; je bénis le Ciel de me l'avoir ôté ce jonr-lè, il ne m’en est que plus cher. On m’a traînée de prison en prison avec mon jeune fils de cinq semaines; il n'est pas de souffrances que ne m'aient fait endurer ces monstres, croyant m'intimider. Je leur ai fait voirie contraire; plus ils m'en faisaient, plus j’étais heureuse de souffrir pour eux. Comme eux , j'aime la liberté; le sang qui coule dans mes veines à soixante-dix-neuf ans est le sang de républicains, j* (Manuscrit de Le Bas.) Et en parlant de ces morts si regrettés elle ne manque pas d’ajouter : « Comme vous eussiez été heureux de connaître ces hommes vertueux sous tous lesjapports ! »
nanl au haut commerce de la ville, comme Arthur, Grenard, Avril ; beaucoup de petits marchands, un notaire comme Delacour; quelques hommes de loi , des employés , des artistes, comme Lubin , Fleuriot-Lescot, Beauvallet, Cietty, Louvet, Jault; deux ou trois hommes de lettres, des médecins, des rentiers et plusieurs professeurs. C’étaient presque tous des patriotes d'ancienne date, dévoués aux grandes idées démocratiques représentées par Robespierre. L’extrait suivant d’une lettre d’un officier municipal de la section du Finistère, nommé Mercier, directeur de la fabrication des assignats, lettre adressée à l’agent national Payan, peut servir :i nous renseigner sur les sentiments dont la plupart étaient animés : « La faction désorganisalrice, sous le voile d’un patriotisme ultra-révolutionnaire, a longtemps agité et agite encore la section du Finistère. Le grand meneur est un nommé Rouland, ci-devant garde de Monsieur. Ce motionneur ii la Jacques Roux, en tonnant à la tribune contre la prétendue aristocratie marchande , a maintes fois tenté d'égarer par les plus dangereuses provocations la nombreuse classe des citoyens peu éclairés de la section du Finistère... Cette cabale a attaqué avec acharnement les révolutionnaires de 89, trop purs en probité et patriotisme pour adopter les principes désorganisatcurs. Leur grand moyen était de les perdre dans l’opinion publique par les plus atroces calomnies; quelques bons citoyehs ont été leurs victimes... (t) » Ne sent-on pas circuler dans cette lettre le souffle de Robespierre ? Mercier, on le voit, était digne de mourir avec lui.
Il était alors environ dix heures du soir. 11 n’y avait pas de temps îi perdre ; c’était le moment d’agir. Au lieu de cela, Maximilien se mit h parler au sein du conseil général , îi remercier la commune des efforts tentés par elle pour l’arracher des mains d’une faction qui voulait sa perle. Les paroles de Robespierre avaient excité un irrésistible enthousiasme; on se serrait les mains, on s’embrassait comme si la République était sauvée, tant sa seule présence inspirait de confiance (2). Déjà, avant son arrivée, un membre avait longuement retracé, avec beaucoup d’animation, le tableau des serv'ices innombrables et desintéressés que depuis cinq ans Maximilien n’avait cessé de rendre à la patrie (3). Le conseil
(1) Pièce de la collection Beuchot.
(2) Voj. k ce sujet un extrait du procès-terbal de laWtioo de TAraenal, cité sons le numéro XWIV, p.196, à la suite du rapport de Courtois sur les éTénemenls du 9 Thermidor.
f3) Rapport de Degesne » lieutenant de la gendarmerie des tribunaux, (Pièces k la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 Thermidor, XIX , 9* pièce, p. il9. Si Robespierre Teût emporté, ce rapport eôt été tout autre, comme bien on pense. On en peut dire autant de celui du commandant Oumesnil, inséré sous le