LIVRE XV. — IL s'oppose A L'IMSURRECTIOX
général n'avait donc nul besoin d'être excité ou encourage. C'étaient le peuple et les sections en marche qu'il eût fallu haranguer. Aussi bien le conseil venait d’ordonner que la façade de la maison commune serait sur-le-champ illuminée. C’était l’heure de descendre sur la place de Grève et de parler au peuple. Un mot de Robespierre, et les sections armées et la foule innombrable qui garnissaient les abords de l’Hôtel de Ville s’ébranlaient, se ruaient sur la Convention, jetaient l’Assemblée dehors. Mais ce mot, il ne voulut pas le dire. Pressé par ses amis de donner un signal que chacun attendait avec impatience, il refusa obstinément. Beaucoup de personnes l’ont accusé ici de faiblesse, ont blûmé ses irrésolutions; et en effet, en voyant les déplorables résultats de la victoire thermidorienne, on ne peut s’empêcher de regretter amèrement les scrupules auxquels il a obéi. Néanmoins, il est impossible de ne pas admirer sans réserve les motifs déterminants de son inaction. I)e son çourage, il n’y a pas Ji douter. Nous en avons, depuis le commencement de celle Histoire, donné. Dieu merci! d’assez irréffragables preuves. Mais, représentant du peuple, il ne se crut pas le droit de porter la main sur la Représentation nationale. 11 lui répugnait d’ailleurs de prendre devant l’histoire la responsabilité du sang versé dans une guerre civile. Certain du triomphe en donnant contre la Convention le signal du soulèvement, il aima mieux mourir que d’exercer contre elle le droit de légitime défense. On peut être fûché que Robespierre n'ait pas résolûment exécuté ce que Bonaparte fera au 19 Brumaire, parce qu’il eût agi, lui, uniquement dans l’intérêt de la liberté et de la démocratie ; mais on n’en est que plus forcé de rendre hommage îi la noblesse et à la pureté de ses vues. Par ce dévouement à la religion du devoir il donna au monde un exemple trop rare pour n’être pas loué et admiré sans réserve; cela seul suffirait à sauver sa mémoire dans l’avenir et à le mettre au rang des grands citoyens dont s’honore l’humanité.
Tandis que l'énergie du conseil général se trouvait paralysée par les répugnances de Maximilien à entrer en révolte ou-
XXXI» p. 182, k la suite du rapport. Degesoe et Domesoil se vantent très fort d'avoir embrassé chaudement le parti do la Convention dès la première heure, mais nous avons sons les yeux une pièce qni affaiblit singulièrement leurs allégations; c'est une lettre du nommé Uaurie, garçon de bureau du tribunal révolutionnaire, où il e>t dit : « Le 9 thermidor, des officiers de la gendarmerie des tribunaux sont venus dans la ebaoibre du conseil du tribunal révolutionnaire promettre de servir Robespierre... Les noms de ces officiers sont : Dumsnil, Samson, Aduet, Dbgbskb, Fribourg, Dubunc et Chardin. Il est a remarquer que DumMnü et Degesoe ont été incarcérés par lea rebelles. Le commandant de la gendarmerie à cheval est venu leur usnrer que tout son corps était pour Robespierre. » (ArcAsuet, F, 7, 4437.)
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verte contre la Convention, celle-ci n’hésitait pas et prenait des mesures décisives. Un las d'hommes qui, selon la forte expression du poète.
Si tont n'est renversé ne sauraient subsister,
les Bourdon, les Barras, les Fréron, vinrent, pour encourager l’.\ssemblée, lui présenter sous les couleurs les plus favorables les dispositions des sections. Sur la proposition de Voulland, elle chargea Barras de diriger la force armée contre l’Hôtel de Ville, et lui adjoignit Léonard Bourdon, Bourdon (de l’Oise), Fréron, Rovère, Delmas, Ferrand et Bollet, auxquels on attribua les pouvoirs dont étaient investis les représentants du peuple prés les armées. A l’exception des deux derniers, qui n'avaient joué qu’un rôle fort effacé, on ne pouvait choisir à Barras de plus dignes acolytes. Mais les conjurés ne se montraient pas satisfaits encore ; il fallait pouvoir se débarrasser, sans jugement, des députés proscrits dans la matinée; or, ils trouvèrent un merveilleux prétexte dans le fait, de la part de ces derniers, de s’étre, volontairement ou non, soustraits au décret d’arrestation. Ëlie Lacoste commença par demander la mise hors la loi de tous les officiers municipaux qui avaient embrassé Robespierre et l’avaient traité en frère. Décrétée au milieu des applaudissements, cette mesure ne tarda pas à être étendue kHanriot. Personne ne parlait des députés, comme si au moment de frapper ces grandes victimes on eût été arrêté parmi reste de pudeur. Bientôt toutefois Voulland, s'enhardissant, fit observer que Robespierre et tnii.i les autres s’étaient également soustraits au décret d’arrestation, et, k sa voix, l’Assemblée les mit aussi hors la loi, toujours au milieu des plus vifs applaudissements, s'il faut en croire le Moniteur (i). Aussitôt des émissaires .sont envoyés dans toutes les directions, dans les assemblées sectionnaircs, sur la place de Grève, pour y proclamer le formidable décret dont on attendait le plus grand effet. En même temps Barras, Léonard Bourdon et leurs collègues courent se mettre k la tête de la force armée, qu'ils dirigent en deux colonnes, l’une par les quais, l’autre par la rue Saint-Honoré, vers l’Hôtel de Ville. A grand’peine, ils avaient pu réunir un peu plus de deux mille hommes, tuais leur troupe grossit en roule, et,
(I) Vo*. le MoHtleur du IS Ihennidor (30 juillet 1794). Malgré le décret du matin, par lequel arait été supprimé le grade de commandant général de la garde nationale, la Conrenüon avait mis à la tête de l'année parisienne un chef de légion nommé £snard. Mais cet officier avait été arrêté h la commune par ordre du maire et de l'agent national près desquels il s'était rendu aussitét pour leur donner communication de ses pouvoirs.