LIVRE XV. — FERMETÉ DU COMITÉ ü’EXÉCUTION
comme toujours, après la victoire, si victoire il y eut, elle devint innombrable. Il pouvait être en ce moment un peu plus de minuit.
Cependant le conseil général continuait de délibérer. Impossible de déployer plus d’énergie et de résolution que n’en montra le comité d'exécution. Décidé à défendre jusqu'à la mort les principes pour lesquels il était debout, il avait fait apporter des armes dans la salle de ses délibérations, voisine de celle où se tenait le conseil général (1). De plus, il venait d’inviter de nouveau, à cette heure suprême, toutes les sections à faire sonner le tocsin, battre la générale, et à réunir leurs forces sur la place de la Maison-Commune, afin de sauver la patrie (2j. Mais cela n’était pas encore suffisant à ses yeux; il lui paraissait nécessaire, pour achever de produire un grand effet sur les masses, d’avoir la sanction d’un grand nom populaire, du nom de Robespierre, qui équivalait à un drapeau et représentait la Convention.
Parmi les commissaires faisant fonction de ministres, deux seulement, Payan, frère aîné de l’agent national, commissaire de l’instruction publique, et Lerebours, commissaire des secours publics, prirent parti pour Robespierre. Les autres, quoique tous dévoués pour la plupart aux idées de Maximilien, jugèrent prudent d’attendre le résultat des événements. Républicain enthousiaste, patriote ardent, Lerebours s’était rendu un des premiers à la commune, où, comme ou l’a vu, il avait été nommé membre du comité d’exécution. Seul il échappa au massacre des membres de ce comité (3). C’est sur les indications écrites, sous sa dictée, par son propre fils, que nous al-
(1) a Commune de Péris. Le 9 thermidor.., le général Ilanriot fera passer au comité d'exécution des fusils, des pistolets et des munitions pour donze membres. Signé : Arthur, Legrand, Louvet, Grenard, Goffînhal. (Pièce de la collection Beuchot.)
(1) « Il est ordonné aux sections, pour sauver la chose publique, de faire sonner le tocsin et de faire battre la générale dans toute la commune de Paris, et de réunir leurs forces dans la place de la Maison<Commune, où elles recevront les ordres du général Hanriot, qui vient d'étre remis en liberté, avec tous les députés patriotes, par le peuple souverain. Signé : Arthur, Legrand, Grenard, Oesboisseau et Louvet. » (Pièce de la collection Beuchot.)
(3) Parvenu à s’échapper dans le tumulte, Lerebours alla se réfugier dans un égout des Champs-ÉIjsécs, près du pont Royal, où il se tint caché pendant vingt-quatre heures, b cent pas de l'échafaud qui l'attendait. Ayant pu, le lendemain, sortir de Paris, il se rendit d'abord en Suisse, puis en Allemagne, et rentra en France sous le Directoire. Il est mort, il n'y a pas longtemps, h l'âge de quatre-vingt-dix ans. Devenu vieux, il essaya de décliner toute participation active de sa part à la résistance de la commanc. Il disait, â qui voulait l'entendre, que le 9 Thermidor 11 s'était trouvé j>ar hatardt tans savoir pourquoi, b rildtcl de Ville, où on lui avait fait signer un ordre à la section des Hques, Et cet ordre est tout entier de sa main. (Voy. b ce sujet It Jour^ nul, par M. Alp. Karr, numéro du 17 octobre 1B4B). Mais ce raisonnement d'un vieillard craintif indignait b bon droit le propre âls de Lerebours. « Mon père, » a-l'il écrit
Ions reli-Rcer la scène qui va suivre (1), et pour la description de laquelle on s’est beaucoup trop fié jusqu'ici aux relations plus ou moins mensongères de l’assassin Merda ou du mouchard Dulac, grand ami de Tallien (2) . Lerebours rédigea et écrivit de sa main l’appel suivant il la section des Piques, celle de Robespierre : « Commdme de Paris. Comité (rexécution. Courage, patriotes de la section des Piques, la liberté triomphe! Déjà ceux que leur fermeté a rendus formidables aux traîtres sont en liberté; partout le peuple se montre digne de son caractère. Le point de réunion est à la commune...; le brave Hanriüt exécutera les ordres du comité d’exécution, qui est créé pour sauver la patrie.» Puis, il signa; avec lui signèrent : Legrand, Louvet et Payan. Il s’agissait de faire signer Robespierre, assis au centre de la salle, à la table du conseil, entre le maire Fleuriot-Lescot et l’agent national Payan. Longtemps Sainl-Just, son frère et .les membres du comité d’exécution le supplièrent d’apposer sa signature au bas de cet appel énergique; mais en vain. « Au nom de qui?» disait Maximilien. «Au nom de la Convention,» répondit Saint-Just; «elle est partout où nous sommes. » Il semblait à Maximilien qu’en sanctionnant de sa signature cette sorte d’appel à l’insurrection contre la Convention, il allait jouer le rôle de Cromwell , qu’il avait si souvent flétri depuis le commencement de la. Révolution, et il persista dans son refus. Couthon, tardivement arrivé (3), parla d’adresser une proclamation aux armées, convint qu’on ne pouvait écrire au nom de la Convention ; mais il engagea
daos une note que nous atoni sous les jeux, a aurait dû se glorifier d'avoir participé à la résistance de la coimnune. »
(I) Pierre-Victor Lerebours» plus connu sous le nom de Pierre-Victor, est mon il y a deux ans, fidMe au culte que son père, dans sa jeunesse, avait professé pour Bobespierre Auteur de la tragédie des Scandinaves et de divers opuscules, il brilla un Instant au théâtre où, dans les râles tragiques, U se fit applaudir à côté de Talroa. Nous tenons de lui-même les notes d'après lesquelles il nous a été permis de tracer un tableau exact delà scène sanglante qui mit fin à la résistance de la commune.
(2; C'est ce qu'assure M. Michelet, U VII, p. 480. Voy. le récit de Dulac, à la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 Thermidor, XXXIX, p. 107. Ce Dulac a tout vu, tout conduit, tout dirigé. Il a joué, à proprement parler, le râle de 1a mouche du Coche. Somme toute , son rapport, adressé à Courtois un an après les événements n'est qu'un placet déguisé, une forme nouvelle de mendicité.
(3) Couthon ne sortit que vers une heure du matin de la prison de Port-Libre, autrement dit la Bourbe, oh il avait été transféré. (Déclaration de Petit, concierge de la prisou de Port-Libre, pièce XXXV, k la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 Thermidor, p. 108.] Un officier municipal était venu le chercher et lui avait remis un billet ainsi conçu : « Couthon, tous les patriotes sont proscrits, le peuple entier est levé ; ce seroil le trahir que de ne pas te rendre à la maison commune, oh noos sommes.» Ce billet, signé Robespierre et Saiot-Jnsi, fut trouvé sur lui au moment de son arrestation.
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