‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 339 sur 354 · LIVRE XV. — LE TEMPS COMPLICE DES COMLRÉS · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — LE TEMPS COMPLICE DES COMLRÉS

Robespierre à le faire au nom du peuple français, ajoutant qu'il y avait encore en France des amis de l'humanité, et que la vertu finirait par triompher (1). La longue hésitation de Maximilien perdit tout.

Pendant ce temps, les émissaires de la Convention proclamaient, à la lueur des torches, le décret de l'Assemblée. Des fenêtres de l'Hôte 1 de Ville on en aperçut plusieurs au coin de la rue de la Vannerie, laquelle débouchait sur la place de Grève. Ils cherchaient à ameuter le peuple contre la commune. Quelques membres du conseil général s'offrirent d’aller les arrêter, partirent et revinrent bientôt, ramenant avec eux deux de ces émissaires. Fleuriot-Lescot donna h l’assistance lecture de la proclamation saisie sur les agents de la Convention. Parmi les signatures figurant au bas de cette pièce, il remarqua celle de David. «C’est une scélératesse de plus de la part des intrigants! » s’écria-t-il; « David ne l'a pas signée, car il est chez lui malade (2). » Le grand peintre, avons-nous dit déjà, avait, sur le conseil de Barôre, prudemment gardé la chambre.

Ce formidable décret de mise hors la loi ne laissa pas que de produire dans les rues un très-fûcheux effet. L’ardeur d’un certain nombre de membres de la commune, ne se trouvant pas soutenue par une intervention directe de Robespierre, se ralentit singulièrement. Beaucoup de citoyens, ne sachant ce qui se passait h cette heure avancée de la nuit, rentrèrent tranquillement chez eux. 11 n’est pas jusqu’au temps qui ne vînt en aide aux conjurés de la Convention. Le ciel avait été triste et sombre toute la journée. Vers minuit une pluie torrentielle tomba et ne contribua pas peu è dissiper la foule. Quand, deux heures plus tard, les colonnes conventionnelles débouchèrent sur la place de Grève, elle était presque déserte. Tandis qu’une escarmouche insignifiante s’engageait sur le quai, entre la force armée dirigée par Barras, et les canonniers restés autour

(1) Déclaration de Jérdme Muron et Jean-Pierre Jaroir, gendamiee près lea tribuuaui. Ils araient accompagné Tofficier municipal qui était allé chercher Couthon et étaient entrés arec lui k 1 Hôtel de Ville dans la salle du conseil général. {Archicet» F. *7, 32.)

(2) Renseignements donnés par les employés au secrétariat , sur ce qui s'est passé h la commune dans la nuit du 9 au 10 thermidor. (Pièce de la collection Beurhol.) Dans une note placée à la suite de son rapport sur les événements du 9 Thermidor (n" 37, p. 56), Courtois prétend que ce fut Payan qui donna lecture du décret ineliani hors la loi les membres du conseil général cl autres, et qu'il ajouta au texte du décret ces mois perfidei : « et le peuple qui est dans les tribunes », espérant par U augmenter Texaspération contre la Convention. Mais cette note, en désaccord avec les pièces authentiques oü nous avons puisé nos renseignements, ne repose sur aucune donnée certaine, et Courtois, par lui-même, ne mérite aucune espèce de confiance.

HISTOIRE I)E ROBESPIERRE

d'Hanriot, Léonard Bourdon, à la tôle de sa troupe, put pénétrer sans obstacle dans l’Hôtel de Ville, par le grand escalier du centre, et parvenir jusqu’à la porte de la salle de l’Égalité. Il était alors un peu plus de deux heures du matin (1). En ce moment Robespierre, vaincu par les obsessions de ses amis et songeant, un peu tard, à la gravité des circonstances, se décidait enfin à signer l’adresse à la .section des Piques. Déjà il avait écrit les deux premières lettres de son nom, Bo, quand un coup de feu , parti du couloir séparant la salle du conseil général de celle du corps municipal, retentit soudainement (2). Aussitôt on vit Robespierre s’affaisser, la plume lui échappa des mains, et sur la feuille de papier où il avait à peine tracé deux lettres on put remarquer de larges gouttes de sang qui avaient jailli d'une large blessure qu’il venait de recevoir à la joue (3). Fleuriot-Lcscot, consterné, quitta le fauteuil, et courut vers l’endroit d’où le coup était parti. 11 y eut dans l’assistance un dé.sarroi subit. On crut d’abord à un suicide. Robespierre, disait-on, s’est brûlé la cervelle (4). L’invasion de la salle par la troupe conventionnelle ne tarda pas à mettre fin à l’incertitude. ,

Voici ce qui était arrivé. A tout prix les Thermidoriens voulaient se débarrasser de Robespierre. C’était beaucoup d’avoir obtenu contre lui un décret d’accusation, de l’avoir fait mettre hors la loi, mais cela ne leur suffisait pas. Le peuple laisserait-il jamais mener à l’échafaud cet héroïque défenseur de ses droits'? Tant que Maximilien serait debout, les bandits avaient tout à craindre; mieux valait en finir par un coup de couteau ou une balle. Lui mort, on était à peu près sûr de voir tomber d’elle-même la résistance de la coin-

(1) Voir le procès-Terbal de la séance de la commune dans VJ/ishiu parlementaire, t. XWIV. p. 56.

(2) Uenscignemenu donnés par les employés au secrétariat, u^t supra.

(3) Note fournie par M. Lerebours OU. J’ai tu chez M. Philippe de Suint-Albin, celte pièce toute maculée encore du sung de Robespierre. Rien d'émouvant comme la rne de celle pièce, qui sufOt, à elle seule, à donner la clef du drame qui s*est passé. Saisie par Barras sur la table du conseil général, elle passa plus tard, avec les papiers de Tex- Directeur, entre les mains de l’ancien ami de Danton, Rousselin de Saint-Albin.

(4) Renseignements fournis par les employés au secrétariat sur ce qui s'est passé à la commune dans la nuit du üaulO thermidor. (Pièce de la collection Beuebot.) Entre ce récit et celui que j*ai donné dans mon Hùtoire de Sainte Jusi, il existe une légère différence ; cela tient à ce que, à l’époque oü j’ai écrit la vie de Saint-Just, je n’avaia ni les renseignements donnés par les employés au secrétariat ni les notes de M. Lerebours fils.

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