LIVIIE XI. — SÉVÉRITÉS DÉPLOYÉES PAR LA CONVENTION
de généraliser ma motion et de l'étendre à tous le.s étrangers est impolitique; je dirai mieux, elle est indiscrète. A quelles alarmes ne nous laissei'ail-elle pas en proie ? Quels dangers n'en peuvent résulter? Je n’ai pas dû demander que tous les étrangers fussent arrêtés.... Il en est un grand nombre dont les lumières, les vertus et le patriotisme serv'ent utilement la chose publique... » La société se borna à suivre son conseil , et , sur une nouvelle motion de lui , appuyée par Benlabole, elle décida que tous les membres de la société seraient prochainement soumis à un vaste scrutin épuratoire, au moyen duquel la conduite de chacun serait scrupuleusement examinée (1). Nous as.sisterons, en effet, assez prochainement, à des scènes étranges, mais non dépourvues de grandeur, où tous les membres de la fameuse société auront è faire leur confession publique.
S’agissait-il de défendre la patrie contre les entreprises de ces ennemis du dedans et du dehors que la force seule, il faut bien le reconnaître, pouvait dompter, oh! alors Robespierre devenait de bronze. Chacun, d'ailleurs, sentait la nécessité d'opposer désormais aux factions et il la coalition étrangère un cccur indomptable; c’était à qui prendrait l’initiative des mesures inllexibles. Et quand, laissant de côté tout esprit de parti, on envisage, après tant d’années de distance, la situation inouïe dans laquelle se trouvait la République à cette époque, les périls de tous genres auxquels elle avait à faire face, on ne peut s’empêcher d’admirer l’énergie et la volonté déployées par nos pères dans ces deux mois d’aoiU et de septembre, où l’ardeur révolutionnaire et jialriotique atteignit son maximum d’intensité.
Le 80 juillet, la Convention, sur la proposition de Prieur (de la Marne), réorganisait le tribunal révolutionnaire afin d’en accélérer la marche, et mettait en état d’accusation le propre président de ce tribunal, Montané, accusé d’avoir altéré le texte du jugement dans l’affaire dite des assassins de Léonard Bourdon et dans celle de Charlotte Corday. Le surlendemain, îi la suite d’un rapport de Barère, elle décrétait la translation en poste de la garnison de Mayence dans la Vendée, l’incendie des bois, des taillis et des genêts où s’abritaient les rebelles, la destruction des forêts qui leur servaient de repaires, le transport des femmes et des enfants des rebelles
(1) Journal des débnU et de la correspondance de la société des J(^fobinSt numéro 46(K
HlSTniRF. DE ROIIESI'IERDE
dans l’intérieur du pays, sauf îi pourvoir h leur sûreté avec tous les égards dus ;'i l’humanité, la confiscation des bi<ms des insurgés au protil do la Républitiuo et des citoyens fidèles dont les propriétés auraient été ravagées. Elle décrétait encore le renvoi de Marif>- Antoinetle devant le tribunal révolutionnaire, et son transfî'rement immédiat à la Conciergerie, la dépoi-tation de tous les membres de la famille Capot et la destruction des tombeaux et mausolées des cidevant rois. En même tem|is, au nom de l’humanité outragée, elle dénonçait à tous les peuples, et mémo au peuple anglais lui-même, innocent des turpitudes de son gouvernement , la conduite lûche, perfide et atroce du gouvernement britannique, qui soudoyait l’assassinat, le ))oison, l’incendie et tous les crimes pour amener le triomphe de la tyrannie et l’anéantissement des droits de l'homme, et, par voie de réciprocité, elle déclarait traître îi la patrie tout Français qui placerait des fonds sur les banques dos pays en guerre avec la République (1).
Le 2 août, Couthon faisait, au nom du comité de Salut public, un rapport foudroyant contre un homme dont les écrits, disait-il, semblaient être salariés par Pilt, contre Carra, échappé jusqu’ici <’i la proscription de .ses amis de la Gironde. On n’a point oublié les accusations^qu’avaient attirées à Brissot et à quel<iues-uns de ses amis les étranges articles dans lesquels Carra avait implicitement proposé h la France de se donner pour roi un prince de la maison de Brunswick, proposition qu’il avait même formulée en termes formels en plein club des Jacobins. Ce fut le principal grief relevé par le rapporteur. Vivement soutenu juir Robespierre et par Lacroix, le décret d’accusation fut rendu, malgré les protestations de. Carra contre la manière dont on interprétait ses écrits. Mais, répondait Maximilien, ils paraissaient tandis que les Prussiens, Brunswick h l<!ur tête, occupaient nos frontières. Comme Carra interrompait ; •< Je vous impose silence, » lui cria rudement Danton, qui |•^ésidail. Et Robespierre : « Ce n’est point aux conspirateurs à interrompre le défenseur de la liberté. » Puis, reprenant, au milieu des applaudissements, le réquisitoire de Couthon, il accusa rimprudent Girondin d’avoir par ses écrits, dont il incrimina l’intention même, encouragé la coalition étrangère, et lui imputa une partie des malheurs et des revers de la République dans le Nord. Carra, on ne l’ignore pas, avait été, quand ses amis se trouvaient au pouvoir, envoyé en Champagne auprès de DiimouricZi en qualité de commissaire. Ce fut encore lè un texte d’amers reproches. Comment le même
(1) tournai det débaU et des décrets de la Convention , numéro 318.