‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 35 sur 354 · LIVRE XI. — ENCORE CARRA ET BRUNSWICK Ml · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — ENCORE CARRA ET BRUNSWICK Ml

faoramc qui, au mois de juillet 1792, préparait si bien les esprits à recevoir favorablement Brunswick, avait-il été chargé d’une mis- ( .sion près une armée qui avait à combattre et à vaincre les troupes aux ordres de ce général? « La République doit être vengée! » s’écria Robespierre, et la Convention, après avoir encore entendu Araar, Gaston et Lacroix dans le même sens, décréta Carra d’accusaliou (1). Le rédacteur du Courrier des 83 déparlemens devait bientôt payer de sa tète la singulière idée d’avoir présenté à la France comme le restaurateur de la liberté le généralissime des troupes coalisées (2).

Plus sombre de jour en jour deveaiait la situation. Plus de pitié, plus de compromis, plus de transactions; criminel de lèse-nation quiconque oseixait parler de composer avec l’ennemi. Tous les esprits, vers cette époque, semblent se pénétrer de celte conviction qu’il n’y a plus qu’à vaincre ou à mourir. Le comité de Salut public, par mesure de sûreté générale, ordonna l’arrestation de tous les généraux destitués ou suspendus, et de tous ceux qui alors se trouvaient à Paris sans autorisation (3). Informé des manoeuvres

(i) Voy. le Moniteur du 5 aoûl 1793 et le Journal des débats et des décrets de la Contendon, numéro 319. C’est ici le lieu d’obsenrer avec quelle légèreté certains écrivains traitent Thisloire. Dans une compilation des oeuvres de Robespierre, publiée récemcient par M. Vermorcl , et qui fait regretter la consciencieuse édition des œuvres de Robespierre qu’avait donnée Laponneraye , les faits relatifs â cette séance du â août sont présentés sous un aspect complètement faux. De la rédactiondeM. Veruiorel (p. 111) il semble résulter que ce soit Robespierre qui ait imposé silence à Carra. M. Vcnnorel omet de signaler rintervention du président. U fuit dire è Robespierre : « Le décret d’accusation est assez justifié, » après avoir montré Guyomurd et Pons (de Verdun) parlant en faveur de Carra, tandis que ce fut tout le contraire qui eut lieu. Puis, U ajoute: « Et la mise en accusation est décrétée par la Convention; » de sorte qu’on pourrait croire que Robespierre seul soutint les conclusions du comité de Sulut public. Eh bien ! après Robespierre parlèrent successivement : Guyomard eu faveur de Carra ; Gaston pour réclamer son renvoi devant le tribunal révolutionnaire; Pons (de Verdun) pour attaquer Gaston ; un orateur, que le Moniteur ne nomme pas , et qui , après avoir déclaré que la présence de Carra souillait la Convention, demanda également que ce député fût traduit devant le tribunal révolutionnaire; et enfin l'ex-gironlin Lacroix , lequel commença par défendre Gaston contre les attaques de Pous (de Verdun) et conclut au renvoi de Lacroix devant le tribunal révolutionnaire. On peut juger par là dans quel esprit de dénigrement systématique a été faite cette édition tronquée des œuvres de Robespierre.

(:£) Rien d’embarrassé et d’évasif comme les réponses de Carra devant le tribunal ré* volutionnaire quand on lui demanda comment il avait pu proposer aux Jacobins d’appeler an trône de France le duc d’York et tracer un éloge exagéré du duc de Brunswick. Quant au duc d’York, c’était pour détourner d^la coalition le roi d’Angleterre, son père, et, pour ce qui était de Brunswick, c'était afîu de le brouiller avec la maison d’Autriche. Voy. le procès des Girondins, dans Vllistoire parlementaire, t. XXIX, p. 471, 47^.

(3) Registre des délibérations et arrêtés du comité de Saluipublic, Arc/itcej,434aa71.

contre-révolutionnaires dont la ville de Toulon était le théfttre, il manda à Paris les citoyens Puissant-Chaussegros, Saint-Julien et Troguff, cet étranger élevé par la Fi'ance à la dignité d’amiral el^ qui allait si puissamment contribuer it livrer aux Anglais notre premier port militaire En même temps devenait plus menaçant langage des orateurs. Entendez Daulon : « Il ii est plus temps d écüuler la voix de l’humanité qui nous criait d'épargner ceux qu’on égare. Nous ne devons ]ilus composer avec les ennemis de la Révolution; ne voyons en eux que des traîtres; le fer doit venir h l’apptii de la raison... » (2). Et Robespierre : « Une mesure essentielle est que le peuple, ranimant son énergie au .souvenir du dévouement do Lacédémone et d’.Vthènes, jure de .s’ensevelir sous les ruines de la République si jamais elle venait à être anéantie. » Des hk-hes seul.s d’ailleurs, selon lui, pouvaient être effrayés à l’aspect des périls de la situation, et ceux-lîi on pouvait les reléguer parmi les aristocrates, ajoutait-il aux applaudissements de la société. Ceci se pa.ssait le 9 août, aux Jacobins, dont la veille il avait été nommé président. Dans la matinée, un membre avait proposé à la Convention nationale de se séparer pour laisser sa [dace à une .Assemblée législative. Cette proposition avait paru insidieuse ît Robespierre. Uuoi! voulait-on substituer aux membres épurés de rA.s.semblée actuelle les créatures de Pilt et de Cobourg’/ Moins que personne il était partisan des longues législatures, et il l’avait suflisamment prouvé; mais la Convention pouvait-elle se dissoudre avant d'avoir .sauvé la patrie? — Non, non ! s’écria tout d’une voix la société. — Pour moi, avait dit Robcs|>ierre, nulle puissance liumaine ne saurait m’empêcher de faire connaître à la Convention la vérité tout entière, de lui signaler les dangers courus par la chose publique et de lui proposer les mesures cap.ibles de nous tirer de l’abîme entr’ouverl sous nos pas (:)). Quatre jours a))rès, descendant du huiteuil, il tonnait contre les généraux perfides et les folliculaires salariés dont la ])lume mercenaire distillait tous les jours sur la Révolution le venin de la calomnie.

Un membre ayant émis l’avis que les commissaires envoyés dans

Séance (lu ttSjuittet. Étaient présents : Barérc, Robespierre, Itérault-Sécheltes, Prienr (de la Marne et J. B. Saint-André.

(1) Registre des délibérations et arrêtés du comitéde Salut public, ArrAiccr, ASénnTI,

séance du 29. Présents ; Coutbon, Barére, Saint-Jnst, Robespierre, Thuriot cl IlérauJt- Séclielles. , ^

(2) Journal du débatt el de la correspondance de la sociélé des Jacobins, numéro 4fi2, séance du .Tt juillet.

(3) Ibid., numéro 470.

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