LIVRK XV. — MORT DE LE BAS
moignage complaisant d'un concierge, que Merda avait manqué Robespierre et que celui-ci s'était frappé lui-même (1). Mais les Thermidoriens ont eu beau faire, tout l'odieux de cet assa.ssinat pèsera éternellement sur leur mémoire, et la postérité vengeresse ne séparera pas leurs noms de celui de l'assassin dont Léonard Bourdon arma le bras et qui ne fut que l’instrument de la faction (2).
A peine Merda eut-il lâché son coup de pistolet que la horde conventionnelle fit irruption dans la salle du conseil général dont les membres surpris sans défense ne purent opposer aucune résistance. Quelques-uns furent arrêtés sui^le-champ, d’autres s’échappèrent à la faveur du tumulte; mais, trahis par la fatale liste de présence, dont se saisirent les vainqueurs, ils furent repris dès le lendemain. Saint-Just, s’oubliant lui-même, no songeait qu'à donner des soins à Robespierre (3). Le Bas crut blessé à mort celui à qui il avait dévoué sa vie, il ne voulut pas lui surv ivre. Jugeant d'ailleurs la liberté et la République perdues, il passa dans une salle voisine, dite salle de la veuve Capet, celle où siégeait le comité d'exécution ; là il s’empara d’un des pistolets apportés par l’ordre de ce comité et se fit sauter la cervelle (4). Il se tua sur le coup ; ce fut la mort de Caton .
(1) Rapport de Courtois aur les éTénements..., p. 70. Rien de curieux et de bêle à la fois comme )a déclaration du concierge Bochard ; e Sur les deux heures du matin dit-il, M un gendarme m*a appelé et m’a dit qu’il Tenait d’entendre un coup de pistolet dans la salle de l'Égalité. J’ai entré, j’ai tu Le Bas étendu par terre, et de suite Robespierre l'atné s’est tiré un coup de pistolet dont la balle, en le manquant, a passé h trois lignes de moi ; j’ai failli être tué. (Pièce XXVI , p. 201, à la suite du rapport. Ainsi il a vu Robespierre... sb manqubr et la balle passer à trois lignes de lui. Ce prétendu témoignage ne mérite même pas la discussion. Et voilé pourtant les autorités thermidoriennes !
(2) Merda, ce brave gendarme au dire de Léonard Bourdon, ne cessa de battre monnaie arec le menrtre de Robespierre. Nommé sous-licutenant au 5^ régiment de cbassenrs, dès le 25 thermidor, pour avoir fait feu sur les traîtres Couihon et Robespierre {Moniteur du 28 thermidor [15 août 1794]), il ne larda pas à se plaindre de l’ingratitnde des Thermidoriens. On lui avait donné, dit-il deux ans après, la place la plus inférieure de Tannée, lin jour même, paratt-il, faügnés de ses obsessions , Collot d'IIerbois et Barère lui avaient déclaré, furieux, qu’on ne devait rien h un assassin. (Lettre de Merda au Directoire en date du 20 germinal de Tan IV, de la collection de M. de Girardot, citée par M. L. Blanc, t. XI, p. 270.) Grèce à la protection de son ancien complice Barras, )il Bnitpar obtenir de Tavancemeut. Devenu, sous TKmpire, colonel et baron, il fnt tué h la bataille de la Moskowa.
(3) Extrait des Mémoires de Barras cité dans le 1*' numéro de la Revue du XIX* siècle. Disons encore que le peu qui a paru des Mémoires de ce complice des assassins de Robespierre ne donne pas une idée bien haute de leur valeur historique.
(4) Rapport de Raymond, fonctionnaire publie, et de Colmet, commis.saire de police de la section des Lombards^ assistés dn citoyen Rousselle, membre du comité rérolntionnaire de la section de la CiU, en l’absence du citoyen juge de paix. (Pièce de la
HISTOIRE UE ROBESPIERRE
Moins heureux fut Robespierre jeune. Ne voulant pas tomber vivant entre les mains des assassins de son frtre, il franchit une des fenêtres de l’Hôtel de Ville, demeura quelques instants sur le cordon du premier étage à contempler la Grève envahie par les troupes conventionnelles, puis il se précipita la tète la première sur les premières marches du grand escalier. On le releva mutilé et sanglant, mais respirant encore. Transporté au comité civil de la section de la Maison- Commune , où il eut la force de déclarer que son frère et lui n’avaient aucun reproche à se faire et qu’ils avaient toujours rempli leur devoir envers la Convention, il y fut traité avec beaucoup d’égards, disons-le à l’honneur des membres de ce comité, qui ne se crurent pas obligés, comme tant d’autres, d’insulter aux vaincus. Quand on vint le réclamer pour le transférer au comité de Sûreté générale, ils se récrièrent, disant qu’il ne pouvait être transporté sans risque pour ses jours, et ne le livrèreni que sur un ordre formel des représentants délégués par la Convention (1 ). Gouthoii, sur lequel Merda avait également tiré .sans l’atteindre, mais qui s’était gravement blessé ù la tète en tombant dans un des escaliers de l’Hôtel de Ville, avait été mené, vers cinq heures du matin, à l’Hôtel-Dieu, où il reçut les soins du célèbre chirurgien Desault, qui le lit placer dans le lit n° 15 de la salle des opérations. Au juge de paix chargé par Léonard Bourdon de s’enquérir de son état il dit : « On m’accu.se d’ètre un conspirateur, je voudrais bien qu’on pût lire dans le fond de mon ûine(2). » Le pauvre paralytique, ù moitié mort, inspirait encore des craintes aux conjurés, car Barras et son collègue Delmas enjoignirent à la section de la CM dlétablir un poste ù l’Hôtel-Dieu, et ils rendirent le commandant de ce poste responsable, sur sa tète, de la personne de Couthon(3). Peu après, le juge de paix Bucquet reçut l’ordre exprès d’amener le
collectioD Beuchot.) Le corps de Le Bas fui levé à sept heures du matio , et porté immédiatcmeui au cimetière de Saint-Paul , seclioD de l’iriauiL (!bid.) MM. Michelet ei de Lamartine ont donc commis une grave erreur en préteodanl que le cadavre de Le Bas avait été mené b la Convention pôle-mêle avec les blessés.
(1) Procès-verbal du comité civil de la èfataon- Commune, cité sous le numéro XXXYIII, p. 203, à la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 Thermidor.
(2) ProcèS'verhal de Jean-.4ntoiDe Bucquet, juge de pais de la section de la Ctfe. (Pièce inédite de la collection Heuchot.) La fameuse légende de Coutbon gisant sur le parapet du quai Pelletier et que des Aommes du peuple voulaient jeter à la rivière, est une pure invention de Fréron. (Voy. p« 72 du rapport de Conrlois sur les événements du 9 Thermidor.)
(3) « La section de la Cilé fera établir uu poste h rildtel^Dieu, où l’on a porté Cou* thon, représentant du peuple, mis en étal d’arrestation par décret de la Convention
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